Comment j’ai quitté le métier de prof (4)

Tu t’en doutes, je ne suis pas allée chez une psy pour parler de mon métier. Pas du tout, même. Je n’avais aucune conscience de la profondeur de mon désarroi. J’y suis allée en pleine crise existentielle et personnelle et pendant de nombreuses semaines, j’ai évoqué avec elle des sujets qui n’avaient strictement rien à voir avec ma vie professionnelle. Et puis un jour, je lui ai dit: « Je ne sais pas si j’aime mon métier. »

Comment j’ai quitté le métier de prof (3)

Alors quoi? Pourquoi? Comment est-il possible, comme on m’a un jour posé la question, que ça se passe bien avec les élèves, que ça se passe bien tout court, et j’aie pu pourtant vouloir quitter ce métier?

Comment j’ai quitté le métier de prof (2)

J’en étais là. Il me fallait passer un concours, réputé difficile et exigeant (à l’époque, il fallait en moyenne trois essais pour l’obtenir). Pas si sélectif que ça, quand on y regarde bien, mais à l’époque, je n’ai rien analysé de ces paramètres. Je me suis jetée dans la préparation de ce concours comme je me suis jetée dans l’idée de ce métier: à corps perdu.

Comment j’ai quitté le métier de prof

Je suis donc devenue prof par défaut, mais sans en avoir conscience, en ayant véritablement le sentiment d’avoir toutes les cartes en main pour choisir mon métier.

Ma première classe passe son bac

Aujourd’hui, Bakari, Eva, Lyana, William, Youcef et les autres ont l’âge de passer le bac. C’est tombé sur eux, cette année amputée, cette année pourrie, cette année tronquée. Je pense régulièrement à eux. Je me demande ce qu’ils sont devenus. Je les remercie encore, presque quinze ans après, d’avoir laissé mon envie, mes illusions et motivation intactes pour entrer dans le métier. 

Une séparation (4)

Assise dans ma cuisine, je pleurais. Je tournais le dos à la fenêtre, là où la table faisait un retour tout juste suffisant pour glisser une chaise dessous, et je pleurais. Dans ma vie, j’avais déjà vécu des tsunamis émotionnels. Certains avaient laissé mes yeux à sec et pulvérisé mon coeur, mon cerveau et tous mes organes en mille morceaux. Ce jour là, les larmes n’étaient pas silencieuses, je pleurais d’énormes sanglots, bouillonnants, débordants, qui charriaient tous les sentiments qui avaient déferlé sur moi en moins de vingt-quatre heures. Je pleurais le choc, l’incrédulité, la colère, la haine, la désillusion, la culpabilité, la peur, la détresse, la tristesse, le dénuement. Je pleurais qu’on m’oblige à te quitter en me nuisant.

Une séparation (3)

Cet aveu, je ne l’avais d’abord fait qu’à moi-même. Il était enfermé dans ma boîte crânienne, étouffé, dérobé, protégé de tous les coups qu’il recevrait immanquablement en se dévoilant au grand jour. Tant que cette réalité n’était pas dite, pas nommée, pas mise en mots, elle m’appartenait, je pouvais encore en faire ce que je voulais, revenir en arrière, changer d’avis, personne n’en saurait rien, c’était entre elle et moi.

Une séparation (2)

Notre première année ensemble, ce fut vraiment n’importe quoi. Je ne sais pas à quoi je m’attendais. Comme d’habitude, j’avais été naïve, de cette naïveté qui souvent me laissait me bercer doucement dans des projections cotonneuses aux contours pourtant parfaitement définis. J’avais encore une fois magnifié la promesse d’autre chose. Avec du recul, je considère celle que j’étais à l’époque avec un rictus apitoyé. J’étais si confiante.

Une séparation (1)

L’idée de toi a germé sur les ruines d’un renoncement. C’est ça. J’aimerais dire que notre rencontre a été un coup de foudre, une évidence, la légendaire jonction de deux âmes faites l’une pour l’autre, mais il n’en est rien. J’ai renoncé, puis je t’ai trouvé.