Pourquoi la série « Bridgerton » me rend complètement folle

J’ai envie de chialer je suis au dernier épisode, j’ai envie de chialer que ce soit déjà fini je te jure.

Voilà ce que j’ai dit à mon mari il y a à peine deux jours.

J’ai vraiment chialé. Bon, j’ai pris comme excuse que le personnage principal, un faux roc d’insensibilité, rende lui-même les armes mais oui, j’ai pleuré d’avoir terminé Les Chroniques de Bridgerton. Deux ans d’attente pour 8 heures de jouissance, c’est trop long pour trop peu.

Cette série, issue des livres du même nom (que je n’ai pas lus), est un véritable phénomène. Avant Squid Game, elle avait été la série Netflix la plus visionnée de tous les temps. En terme de grand écart thématique, on peut difficilement faire plus fort (et j’ai beaucoup aimé Squid Game). Mais voilà, Les Chroniques de Bridgerton, c’est la série qui fait complètement chavirer 90% de la gente féminine. Qui arrache des rires un peu hystériques à la machine à café, qui fait que les copines s’envoient des sms Je suis à l’épisode 5 j’en peux plus Moi j’en suis au 7 Dis moi rien surtout, c’est la série où je fais des arrêts sur image et même des retours en arrière sur certaines scènes, oui je l’avoue et je te laisse deviner lesquelles.

Mais pourquoi? Oui, pourquoi? Qu’a donc cette série qui au mieux, soustrait un bref regard inintéressé à mon mari et très certainement à la grande majorité de la gente masculine? Cette série n’est pas un chef-d’œuvre. Mais cette série joue sur des ressorts qui parlent aux femmes, c’est évident. Comme un petit bonbon qu’on savourerait de manière coupable, car on sait, oui, on sait qu’il n’y a rien de franchement moderne ni de très féministe à se délecter de robes de bal et d’intrigues passionnées et contrariées. Et pourtant:

Bridgerton est une parenthèse sociale

Comment ne pas avoir envie de se glisser dans l’univers feutré de ces nobles bien nés qui ne foutent absolument rien? Comment ne pas avoir envie, nous aussi, de nous faire boutonner nos vêtements, tresser nos cheveux, servir nos repas et avancer notre calèche? Car évidemment, les questions tourmentées abordées dans cet univers n’existent et n’ont de sens que parce que le labeur en est totalement absent. D’ailleurs on peut prendre le mot labeur au sens large. Ce n’est pas pour rien que les personnages perdent tout intérêt et disparaissent au moment même où ils se mettent à faire des mioches.

Bridgerton est une parenthèse esthétique

Tout est splendide dans Bridgerton. L’Angleterre, verte, fleurie, où il fait miraculeusement toujours beau, sauf quand bien entendu un orage doit éclater pour permettre une scène amoureuse tragique. Les personnages, qui n’ont ni acné, ni dents jaunes, ni pied bot ou cheveux gras. Les toilettes, assorties, les coiffures, recherchées, et même les mots, de ces mots surannés qu’on entend peu, qu’on n’entend plus de nos jours et qui personnellement, glissent dans mes oreilles comme des perles sur un collier.

Bridgerton est une parenthèse thématique

Elle brasse de manière condensée dans chaque épisode tous les sujets susceptibles de nous frapper un jour: l’amour, la mort, l’amitié, la ruine, la vengeance, la bassesse, la jalousie, la générosité, l’humilité, la honte, la passion, l’oubli, le deuil et en ce sens, elle touche à l’universalité.

Bridgerton est une parenthèse émotionnelle

Dans son univers, les émotions sont fortes, multiples et tempétueuses. Les relations passionnées. Les échanges profonds. Les regards ardents et plein de sous-entendus. Le moindre bonjour peut revêtir une tonalité particulière. Les émotions sont contrariées, contenues, mais elles débordent par les pores de tous les personnages, chacun engagé sur une trajectoire personnelle forte. Comment ne pas faire une cruelle comparaison avec notre univers quotidien plat et standardisé? Cette série me fait vivre par procuration l’intensité émotionnelle que j’aimerais ressentir dans tous mes rapports, dans tous mes choix. Tous ces personnages tourbillonnants me paraissent bien plus vivants que moi poussant mon caddie ou réservant ma prochaine location de vacances estivale.

Bridgerton est une parenthèse passionnelle

Qui ne vendrait pas père et mère pour être regardé(e), respiré(e) et touché(e) comme Anthony regarde, respire et touche Kate? D’ailleurs je me demande qui a déjà eu dans son sillage un individu fermant systématiquement les yeux en respirant son parfum? Ça existe ça? Un individu qui vous demande de partir parce qu’il ne peut pas vous résister (bon Dieu cette scène!)? Ce qui est irrésistible dans la deuxième saison de cette série, à une époque où on s’envoie des nudes au bout de 48 heures, c’est la progressivité du rapprochement entre les personnages. Sa lenteur. Et sa subtilité.

Voilà, je l’avoue, je suis folle des Bridgerton. Cette série me projette dans un ailleurs spatio-temporel avec autant de force et d’effet qu’un film de science fiction. Peut-être est-ce parce que j’ai été biberonnée aux romans anglais du XIXème, Hurlevent, Orgueil et Préjugés. Cet univers résonne en moi.

Et toi, tu kiffes Bridgerton? Viens me raconter pourquoi!

19 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Ben dis donc, tu me donnes presque envie de la regarder alors que j’ai toujours considéré cette série avec condescendance. J’ai les mêmes goûts que toi en littérature anglaise, alors ça pourrait le faire… As-tu lu la saga des Cazalet ? Sinon moi, je regarde la saison 2 de En thérapie sur Arte.

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    1. Alors attention hein, on n’est pas du tout au niveau de mesdames Austen et Brontë hein! Mais autant je suis une snobinarde côté Littérature, autant côté séries et films je suis capable d’aimer les « best-sellers » et d’être très bon public! Ce sont mes fenêtres d’évasion coupables (ou pas!)
      Je ne connais pas la saga (j’adore le mot saga) des Cazalet, c’est quoi c’est quoi c’est quoi?
      En thérapie on m’en a déjà parlé, il faut que je regarde, c’est sur ma liste!

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  2. Morgane dit :

    Moi je n’ai jamais reussi à accrocher. Tout me debecte ! Ca doit être mon côté pointilleux (sur l’anachronisme de la cobdition des noirs en angleterre a cette époque), mon côté féministe (mais qu’est ce qu’elles ont ces minettes à fondre devant un bonhomme ?) et mon côté prolo (ces putains de riches qui exploitent les pauvres, c’est pas prêt de changer !)
    Bref, un mystère pour moi…

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    1. J’ai adoré lire ton avis! C’est tellement tranché et différent!
      C’est certain cette série n’a rien d’une chronique sociale comme peut l’être Downton Abbey, les domestiques sont inexistants, les gens du peuple quasiment autant, mais ce n’est clairement pas ce qu’on vient chercher dans cette série.
      Quant à l’anachronisme des personnages, il est recherché et assumé par la productrice (noire), il se retrouve dans les tenues, le choix des musiques aussi…ça va dans le sens d’un mouvement qui fait aussi apparaître beaucoup plus souvent les problématiques LGTB+ dans des séries où on ne les attend pas, on voit des choses qu’on ne voyait pas encore il y a 5 ans. Ce sont des choix peut-être discutables mais ils méritent d’être tentés.
      Et en te lisant je me dis que je suis une demi-féministe : enragée sur tous les sujets mais définitivement et sûrement trop idéaliste et sentimentale 😉

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  3. Miss Zen dit :

    Et bien pour tout te dire, je n’étais pas trop tentée. Je snobais un peu, ce que je considérais comme un sous Downton mais je me suis apparemment fourvoyée. Je crois que je vais me lancer . Ces scènes dont tu parles me font penser à mes deux scènes d’anthologie en la matière : Robert Redford qui danse avec Kristin Scott Thomas dans « L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux » et toujours Robert qui lave les cheveux de Meryl dans « Out of Africa ». Je sais c’est chaste mais de là vient cette délicieuse tension…

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    1. Ce n’est pas un sous Downton, c’est totalement, mais totalement différent. C’est moins qualitatif, c’est vrai. On est plus dans les intrigues que dans la chronique sociale d’une époque. C’est moins sage 😉
      Au sujet des scènes d’amour j’ai largement préféré la 2ème saison. Beaucoup plus subtile et moins subversive (moins sexuelle quoi). Beaucoup de scènes très chastes comme celles auxquelles tu fais allusion justement.

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  4. Maman Niki dit :

    Je suis en tout point en accord avec ton analyse ! Ce sont vraiment les mêmes ressorts qui ont fait que cette série m’a happée. Une façon de revivre – par procuration – l’intensité des émotions qu’on a connu à l’adolescence… Peut-être que la crise de la quarantaine me guette !

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    1. Tudieu j’ai déjà fait ma crise de la trentaine et je suis toujours sensible aux arguments de cette série! Je ne suis donc pas sortie d’affaire 😀

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  5. mamoundine dit :

    pas de biberonnage pour moi aux romans anglais et pourtant j’adore aussi cette série pour globalement les mêmes raisons que toi. Et oui, 8 épisodes c’est trop peu. d’autant plus qu’il faudra attendre encore 1 ans pour la suite. Heureusement, il y aura downton abbey pour nous faire patienter!!! ^^

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    1. Dowton Abbey j’adore aussi. Vraiment. Mais pas pour les mêmes raisons (mais que les baisers sont chaaaaaaastes!) 😀

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      1. mamoundines@yahoo.fr dit :

        petit update : j’ai fini la saison et j’avoue avoir quand même largement préféré la 1ere saison. Celle ci n’était pas nulle mais je trouve un peu redondante dans les actions surtout entre Anthony et Sharma. Chacune de leur rencontre était soit basée sur la confrontation dure et frontale, soit sur un désir ardent. Alors je comprends bien pourquoi mais au bout du 8eme épisode…j’avoue que je me m’en suis un peu lassée d’autant plus que le mystère était clair dès le 1er épisode. Il finiraient ensemble. J’aurais bien aimé un 8ème épisode sur leur mariage, leur amour, leur romance qui n’arrive que dans les 5 dernières min de la saison.

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      2. Moi la première je l’ai trouvée trop branchée sexe. Et contrairement à beaucoup, le physique du duc m’insupportait, je le trouvais trop lisse, sa bouche trop féminine (j’ai un truc avec les bouches, en plus des sourcils) du coup j’ai eu plus de mal à m’identifier au couple! Mais je comprends totalement ce que tu décris! Et le mariage, c’est comme les gosses hein: une fois une c’est fait, on dirait qu’il est impossible d’en tirer d’une intrigue digne d’intérêt! Le quotidien conjugal, c’est chiant.

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  6. Cynthia dit :

    J’avais bien accroché avec la première saison, mais j’ai eu la bonne idée de commencer la série Scandal il y a peu, 7 saisons… je garde le plaisir des Bridgerton pour plus tard du coup.

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    1. Non mais Scandal (même productrice)!! Totalement accro à cette série (même si elle s’essouffle bien sur la fin). Mon personnage préféré est définitivement Mellie. Quelle femme!

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      1. Cynthia dit :

        Tu as raison, je regarde la série en Vf mais quand Mellie s’énerve avec le président je mets en VO pour voir ce que ça donne, elle est vraiment bonne dans ce rôle.

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      2. Ahaha, et elle s’énerve souvent 😀

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  7. Mathilde dit :

    Tu me donnerais presque envie de la regarder ! Mais jusqu’à présent j’ai toujours résisté pour préserver mes nerfs, parce que j’ai une déformation professionnelle complètement idiote (je travaille dans le domaine de l’histoire) : je suis hyyyyper dérangée par les anachronismes ! (Il faut m’imaginer, devant la plupart des films historiques, sauter sur mon canapé en criant « nooon mais pourquoi l’héroïne sort sans chapeau, on est en 1857, où, enfin non, quand se croit-elle ?! », c’est assez pathétique)(imagine aussi mon apoplexie devant Chevalier si je le revoyais maintenant…)
    Alors je veux bien me dire que c’est un monde parallèle, etc. etc., mais j’arrive pas à m’empêcher de stresser parce que les imprimés, couleurs et autres paillettes des robes sont anachroniques (et pourtant, c’est vraiment pas les costumes les plus historiquement mal fichus du cinéma, y a plein de choses justes mais… voilà), et je suppose que les attitudes des personnages me feraient pareil haha !
    C’est une maladie problématique pour apprécier cette série du coup (et du coup, je comprends tout à fait que le reste du monde, sain d’esprit contrairement à moi, l’apprécie) (j’ai bien aimé Downton par contre !) !

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    1. Mais qu’est-ce que je ris en lisant vos commentaires! J’adore mes lectrices 😀
      Ne regarde SURTOUT PAS Bridgerton, tu ferais effectivement un AVC, sur-le-champ. Tout ou presque y est anachronique (à part les calèches, et encore)! Mais une fois qu’on est habitué, je trouve que le côté décalé ajoute du charme à la série! Elle ne se veut pas du tout historique, c’est sentimental tout ça (spéciale dédicace aux fans: « Vous êtes le fléau de mon existence et l’objet de tous mes désirs »: Voilààààààààààààà ahahahah)

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    2. Morgane dit :

      Ahhhhh je me sens moins seule sur ce coup là, je n’arrive pas du tout à faire abstraction de certains détails !

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