Je doute de plus en plus de l’éducation que nous donnons à nos enfants

Ce n’est pas la première fois que je me pose des questions. Je me revois, à table, il n’y a pas si longtemps, face à ma soeur et à mon beau-frère, nous racontant nos malheurs parentaux et concluant avec sincérité, sans faux-semblants: peut-être, oui, peut-être que nous, notre génération, nous nous égarons quelque peu avec nos enfants.

Mon mari a vécu une enfance très, très différente de la mienne. Dans sa famille, le quotidien, son poids, ses impératifs, ses obligations pesaient sur la vie au jour le jour et la communication, la prise en compte des émotions, leur verbalisation n’avaient que très peu, pour ne pas dire pas du tout de place. Mon mari a grandi en gérant seul ses problèmes. Je ne parle pas des problèmes matériels. On subvenait évidemment à tous ses besoins, y compris ses besoins affectifs. Je parle des problèmes personnels. Intimes. Psychologiques. Mon mari se posait des questions. Mais il ne les posait pas à son entourage. Il trouvait les réponses lui-même. Mon mari ressentait des émotions. Mais il ne les extériorisait pas, il apprenait à les gérer, à se rassurer seul. Mon mari avait évidemment des questionnements et des bouleversements psychologiques. Mais il savait qu’il n’y avait aucune place pour qu’il les exprime, alors il ne les exprimait pas.

De mon côté, j’ai toujours pu et su exprimer mes émotions et mes sentiments au sein mon cercle familial. Mes préoccupations, mes angoisses, mes questionnements étaient pris en compte, on leur accordait de l’importance, on y répondait, on donnait des conseils pour y répondre, on m’emmenait voir des gens qui pouvaient y répondre. A 10 ans, je ne dormais plus à la perspective de rentrer au collège. On m’a emmenée voir une psy, un homéopathe. J’écrivais des mots à ma mère, je finissais dans le lit de mes parents, littéralement et physiquement rongée par mes angoisses. Mon mari aussi a eu peu d’entrer au collège. Ca s’est traduit par une poussée d’eczéma. Il n’a fait le lien que plus tard. Une chose est certaine: entre lui et moi, c’est moi qui ai le plus souffert de la perspective d’un même évènement.

Et c’est toujours moi qui souffre le plus aujourd’hui. Je suis l’angoissée, la névrosée de service, je suis celle qui fait des crises inexpliquées avant de dormir, qui prend des cachets aux plantes, qui consulte des psys, qui se pose sans arrêt des questions sur le sens de la vie, celle qui a encore, à 37 ans, des difficultés à gérer ses émotions et son anxiété. Mon mari, lui, dort bien. Il n’est jamais angoissé. Jamais. Je ne dis pas qu’il n’est pas sensible à la déprime, qu’il n’a pas vécu des coups durs psychologiquement, des coups dont il a parfois eu du mal à se remettre. Mais, même s’il demande des conseils, même s’il se confie, au final, il sait se prendre en main, seul. Il sait trouver des solutions, seul. Il sait gérer, seul. Je gère seule, moi aussi. Personne ne peut régler mes problèmes à ma place. Mais à côté de lui, j’ai le sentiment d’être toujours celle qui a besoin d’un tuteur, d’une béquille, qu’elle soit humaine ou matérielle.

Si je m’évoque tout cela aujourd’hui, si mon mari et moi confrontons nos souvenirs, c’est parce que nous avons fait le choix d’être une famille qui fonctionne comme a fonctionné la mienne. Nous accordons énormément de place à la communication et à l’expression des émotions. Je ne sais pas si c’est un bon choix. Au fond de moi, je suis convaincue que c’est la voie à suivre, qu’il n’y en a pas d’autre de souhaitable ni d’acceptable. Et pourtant, les résultats que ce choix produit ne me convainquent pas. Mes filles communiquent. Enormément. Elles nous font confiance, se confient à nous. Tous les jours. Quand elles se questionnent, qu’elles sont confrontées à un problème, elles savent qu’elles peuvent compter sur nous.

Mais à côté de cela, ce sont des petites filles angoissées, ultra-sensibles, qui ont des problèmes pour s’endormir, qui me donnent l’impression de ne pas être autonomes pour gérer leur vie intérieure. Pas souvent. Pas toujours. Mais régulièrement. Et je suis convaincue que le discours éducatif actuel, même si je n’y adhère pas totalement, a infusé dans nos esprits, dans nos façons de fonctionner et dans notre quotidien. On ne cesse de nous seriner que nos enfants ont des besoins, et que nous devons à tout prix, j’ai bien dit à tout prix y répondre. Que nos enfants ont besoin d’être entourés, stimulés, rassurés, encadrés, que lorsqu’ils font une crise, ce n’est pas parce qu’ils abusent, oh non, c’est forcément parce qu’ils sont en souffrance/en carence, qu’ils ont une hypersensibilité, un trouble ou un haut potentiel. Je doute de plus en plus de ces analyses.

J’en ai déjà parlé avec ma meilleure amie. Désabusée, elle faisait le constat qu’autour d’elle, tous les enfants ou presque de ses amies/copines/collègues/voisines étaient suivis par un psy. Les siens compris. Et dans son bilan, une question non exprimée surnageait: est-ce réellement un progrès? Faut-il y voir une meilleure prise en compte des besoins de nos enfants, ou une sur-interprétation, un surinvestissement de leur sphère psychologique, des problèmes « de riches »?

Autrement dit, notre éducation actuelle a-t-elle révélé la nature profondément et naturellement névrosée de nos enfants, de tout être humain, ou notre éducation actuelle a-t-elle créé une partie de ces névroses?

Je ne sais pas répondre à ces questions. Mais de plus en plus, j’ai tendance à suivre mon mari dans ses réactions et ses raisonnements. Je ne suis plus du tout convaincue que je doive absolument répondre à chaque angoisse, à chaque crise, à chaque problème relationnel, à chaque question existentielle de mes filles. Aujourd’hui, j’y réponds systématiquement, physiquement, par des câlins, des caresses, des enlacements, et moralement, par des discussions, des recherches communes de solutions, des accompagnements internes ou externes. Mes filles devraient être les êtres les plus sécurisés de la Terre. Elles me donnent l’exact sentiment inverse. Pour moi, c’est toute une façon de penser et de fonctionner à interroger et peut-être, à déconstruire.

Je sais, pour en avoir parlé autour de moi, que nous sommes plusieurs parents, mamans, papas, parents de l’ombre, à nous poser ces questions. A ne pas oser les faire surgir, parce qu’elles révèlent nos doutes, nos fragilités, nos erreurs, autant de concepts qui n’ont pas le droit de cité dans la société, et dans le discours parental hyper-normé actuel. J’espère que mes mots trouveront un écho chez toi, lecteur, lectrice. Qu’on pourra en discuter, réagir ensemble, ouvrir une fenêtre de réflexion sur nos pratiques, convaincus que nous sommes d’être sur le bon chemin, mais doutant absolument de sa destination.

32 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Maman Niki dit :

    Bonjour Maman Lempicka,
    Je suis ton blog depuis peu mais le contenu m’a tellement plu que je me suis vite inscrite à la newsletter. Et je ne le regrette pas car ton article d’aujourd’hui est en plein dans les questionnements qui se trament dans ma famille aussi… J’ai 2 enfants. Mon fils a 8 ans, ma fille 5. Je suis aussi l’anxieuse aux 1000 questions existentielles qui bouffe des gélules de plantes (as-tu essayé le passiflore? 😉 ). Mon conjoint est le tranquille du duo. Son enfance ressemble en tout point à celle de ton mari. Des angoisses, il en a eu mais il a géré tout seul sans les extérioriser. En ce qui me concerne, j’étais dans une famille où la parole était permise et encouragée mais je me souviens très bien que je gardais quand même beaucoup de mes angoisses pour moi.
    Aujourd’hui nous avons, comme vous, fait le choix avec nos enfants de parler de tout. Toutes leurs émotions, leurs angoisses, leurs questions existentielles etc. On les encourage à tout sortir parce que c’est ce qui nous semblait être le plus sain. En plus, au cours de ma vie d’anxieuse, j’ai développé des trucs et astuces et je me suis dit, « cool, je vais faire gagner du temps à mes enfants ». Mais aujourd’hui on est aussi en train de questionner cela… Trouver un équilibre psychologique n’est-il pas un travail que chaque individu doit faire par soi même ? Le cheminement vers l’équilibre n’est il pas aussi indispensable que l’équilibre lui même? De notre côté aussi, avec mon conjoint, on en a discuté et on est arrivés à la conclusion qu’on devrait leur laisser plus de place pour gérer leurs angoisses par eux même. Tout en maintenant le filet de sécurité sous le trapèze en cas de grosse chute hein!
    Le deuxième point que je voudrais amener est qu’un de mes trucs et astuces pour lutter contre mon anxiété est de détourner mon regard d’elle. De faire diversion. Trop l’analyser, la regarder, essayer de la comprendre lui donne de l’importance et la cristallise. Des fois il faut savoir regarder ailleurs. Faire comme si elle n’existait pas. Alors en toute logique, je ne veux pas coller une étiquette d’anxieux sur mes enfants, je ne veux pas que la gestion de l’anxiété devienne le défi de leur vie (comme c’est le défi de la mienne…). Je veux attirer leur attention sur le positif, sur le concret, sur le factuel. Que l’action les détourne de l’introspection. Fake it till you make it.
    Et enfin troisième point, je crois qu’on surestime l’impact de notre éducation sur nos enfants. Mon fils est très anxieux et ma fille ne l’est pas du tout. Peut-être que nos conjoints sont physiologiquement moins anxieux que nous. Et peut-être que quel que soit la façon dont on les éduque, mon fils sera anxieux toute sa vie et ma fille jamais. La part de l’inné est, à mon avis, très importante alors faut se détendre aussi avec nos remises en question de parents 😉
    Et ben, pour un premier commentaire, c’est un beau pavé !
    Au plaisir de te lire !

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    1. maman niki dit :

      Je viens de penser qu’il y a un album jeunesse qui a fait des merveilles chez nous, tant sur mon fils que sur moi d’ailleurs 😉 Il s’appelle « Comment ratatiner les idées noires ? » de Catherine Leblanc et Roland Garrigue. Il aide à gérer et dédramatiser l’anxiété. C’est un bijou. Est-ce que trouver le chemin de la sérénité par la lecture est un moyen plus actif et autonome que de se confier à ses parents et d’attendre d’eux qu’ils apaisent nos angoisses ? Peut-être…

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      1. Je ne connaissais pas mais vais investir. Autant pour mes filles que pour moi, si j’ai bien compris 😉 Merci pour cette référence!

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    2. Bonsoir Maman Niki, et d’abord un grand merci de t’être abonnée au blog, je suis honorée que mes contenus t’aient touchée au point de vouloir me suivre. J’ai essayé le passiflore. Et tant d’autres. Je me prends des gélules cocktail, ahaha!
      Je rejoins évidemment totalement ton constat, et tes conclusions. Tu as raison, le chemin est aussi important que le résultat et je crois que de nos jours, nous oublions que nos enfants ont et auront à parcourir ce chemin seuls. On voudrait qu’il en soit autrement, mais c’est impossible. Je crois aussi que nous sommes une génération qui accorde une importance énorme à la santé psychique. Nous sommes documentés, peut-être sur-documentés, les découvertes psychologiques se sont vulgarisées.
      Merci beaucoup pour tes mots d’analyse sur l’anxiété. Globalement, ta technique fonctionne aussi pour moi. Le grand malheur des anxieux est la rumination. Mais ça reste compliqué d’être dans l’action au fin fond de son lit 😉 Le soir est naturellement un moment compliqué à gérer pour les anxieux que nous sommes! Mais tes mots sont très justes et je souligne ta volonté de ne pas vouloir coller des étiquettes à tes enfants. L’une de mes lectrices m’avait déjà dit que tout n’était pas conséquence de nos choix parentaux. Je le sais, mais ça fait du bien de se le faire rappeler régulièrement 😉
      N’hésite pas à revenir commenter, au plaisir de te lire également!

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  2. Une réflexion très intéressante!
    Je me pose beaucoup de questions moi aussi et je crois que c’est ce qui nous fait évoluer, voir les choses sous un nouvel angle.
    Pour en revenir aux enfants, je me demande si il n’y a pas un peu des 2. Les accompagner, oui, les sécuriser sans pour autant les surprotéger et en les laissant finalement accueillir et digérer certaines émotions seuls. Les doutes font aussi partie de la vie.
    Je n’ai pas de réponse toute faite, mais je sais dans mon cas que pour mon fils, le psy n’a pas du tout fonctionné. Du coup on parle, on essaie de trouver des solutions ensemble. Et parfois il doit trouver tout seul.
    Emmener son enfant chez un spécialiste qui pourra l’aider, je trouve que c’est une avancée, il y a des enfants en grande souffrance. Toutefois, ça ne devrait pas être la seule solution. On ne pourra pas tout éviter à nos enfants…

    Après concernant nous adultes, hommes et femmes, je crois que nous avons aussi des façons différentes de gérer les aléas de la vie. Est-ce que ce n’est pas plus ou moins une question de personnalité?

    Je suis curieuse de voir les retours des uns et des autres. Merci à toi pour ton partage.
    Très beau weekend à venir!

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    1. Mes filles ne sont pas en grande souffrance, globalement elles vont bien, mais elles sont toutes les 3 déjà allées consulter un psy, et je dois reconnaître que ça a été très efficace. Très court aussi. Avec des « trucs » à appliquer au quotidien, des techniques…On peut essayer de voir les choses sous cet angle: faire en sorte que notre éducation « arme » nos enfants de solutions, de conseils, de choix possibles, mais qu’on les laisse ensuite se débrouiller avec.
      Et oui, évidemment, on réagit tous différemment face à un même évènement. Je vais être très vite bouleversée, choquée, révoltée, alors que pour d’autres personnes de mon entourage, ça peut couler comme de l’eau…C’est certain qu’il y a de l’inné, mais je ne voudrais surtout pas alimenter cet inné, le faire grossir, lui donner trop de légitimité.
      Merci beaucoup pour tes mots et ton commentaire et bon week-end à toi aussi!

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  3. x dit :

    A mon avis, l’important est d’être à l’écoute mais de montrer que quoi qu’ils disent, on peut gérer, on ne va pas s’inquiéter mais leur faire confiance car on sait qu’ils ont la ressource pour gérer le problème.
    On peut donner des conseils, mais au final ils gèrent eux-mêmes avec les profs, les amis… On n’intervient pas. En gros : »T’inquiètes mon chéri, ça va aller comme toujours ».

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    1. Je reconnais bien-là ta sagesse, ton recul et ton intelligence d’analyse. Faire confiance. Se faire confiance. C’est l’apprentissage de toute une vie mais il est difficile d’y arriver si on a un adulte qui sert de tuteur psychologique à longueur de temps. Conseiller, écouter sans intervenir, ou en intervenant pas tout le temps, avec parcimonie, en fonction de la gravité du problème aussi: je retiens. Je le fais déjà, mais c’est certain, pas suffisamment.

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  4. Réflexion très intéressante en effet. Je n’ai pas de réponse à tes légitimes interrogations. Entretenons-nous les névroses de nos enfants en prêtant trop d’attention à leurs états d’âme ? L’équilibre n’est pas simple à trouver. Je crois qu’il faut aussi apprendre aux enfants que l’inconfort, le doute et l’angoisse font partie des sentiments normaux et que parfois il n’y a pas spécialement de réponse ou de solution, en dehors du temps.

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    1. Tu pointes comme d’habitude une dimension fondamentale qui dépasse le cadre de ce simple article: nous sommes dans une société qui glorifie le bonheur, le bien-être et crée une myriades de coachs et de pros en tout genre pour y parvenir, mais aussi dans une société qui ne supporte pas qu’il faille attendre, faire des efforts pour atteindre un objectif, et même parfois au final pour ne pas l’atteindre. Le temps. je vais l’évoquer plus souvent avec mes filles, tiens. Merci Marie.

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  5. Marion dit :

    Bonjour, je tombe ici suite à un partage Instagram. Je suis percutée par votre texte. Ma fille, 3 ans devrait aussi être la plus rassurée du monde, cododo, allaitement long, portage +++, verbalisation des émotions, j’ai tout fait  »comme il faut »et elle est incapable de s’endormir seule, elle se ronge les ongles avant de s’endormir… Votre réflexion est vraiment intéressante. Merci pour ce partage qui m’ouvre une porte.

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    1. Je ne sais pas qui a partagé sur Insta mais je remercie cette lectrice car elle fait exploser mes vues, ça faisait longtemps que mon blog n’avait pas frétillé autant 😀

      C’est exactement ça. On fait « tout comme il faut ». Cette phrase qu’on serine aux mamans/papas depuis une dizaine d’années: répondez à tous les besoins de vos enfants (quitte à vous oublier parfois au passage), ils seront sécurisés, capables de se rassurer seuls par la suite. Il semble que ça ne soit pas aussi simple et qu’on favorise chez nos enfants le besoin de recourir constamment à une aide extérieure pour trouver une solution. C’est vraiment comme ça que je le ressens, et ma plus grande fille va sur ses 11 ans. J’ai du recul, enfin, un certain recul.

      Mon mari me dit « peut-être qu’ils nous paraissent être des enfants angoissés parce qu’on les écoute beaucoup/plus qu’avant, mais que ça fera des adultes équilibrés et sereins ». Par ma propre expérience, je me permets d’en douter.

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  6. 3kleinegrenouilles dit :

    Ta réflexion est très intéressante. J’ai grandi dans le même type de famille que ton mari : une grande pudeur dans les sentiments et les émotions (voire le silence autour de ceux-ci). Je pense qu’un suivi avec un(e) psy à l’adolescence m’aurait bien aidée mais ce n’était pas accessible ni compréhensible dans les villages.
    Mon mari a grandi dans un autre contexte socio-culturel mais je n’ai pas l’impression qu’il parlait beaucoup plus de ses sentiments avec ses parents.
    J’ai emmené l’aîné pendant six mois chez une psychologue à deux reprises : à la naissance de la petite car il angoissait énormément par rapport à ses problèmes de santé et quand nous avons eu le diagnostic de sa maladie. Il avait peur qu’elle meure enfant. Les séances l’ont beaucoup aidé à évacuer ses peurs et sa colère.

    Je ne sais pas trop comment nous faisons, je crois que je me pose assez peu de questions sur l’éducation que nous donnons à nos enfants. Avec mon mari, nous nous disons régulièrement que nous avons des enfants très mignons et que nous sommes de bons parents.
    Ce qui est peut-être particulier, c’est qu’avec les deux grands, nous relativisons beaucoup notre vécu. Je parle énormément d’histoire sociale et politique avec eux, nous comparons les sociétés à différentes époques avec la nôtre. Avec le covid, nous avons beaucoup parlé de la peste noire et de la grippe espagnole. Ils sont rassurés aussi par le fait d’avoir une grande famille.
    Bref, nous essayons d’être à leur écoute, d’être attentifs à un éventuel changement de comportement mais je me dis que nous louperons forcément quelque chose à un moment. Il y aura forcément des reproches, des regrets. Cela fait partie des expériences humaines.

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    1. Merci beaucoup pour ton commentaire.
      Je pense que le psy peut être tour à fait indiquer pour répondre à des problèmes ponctuels et bien identifiés. Chez nous aussi ça a bien fonctionné.
      J’adorerais, comme vous, me poser peu de question sur l’éducation que je donne. Je pense aussi que nous sommes de bons parents, mais maintenant que les filles grandissent, nous mesurons aussi davantage les effets de nos choix passés et présents.
      Nous aussi parlons énormément d’histoire avec elles, nous recherchons des mises en perspectives, car il n’y a que de cette manière que la prise de recul est possible, quelque soit le domaine.

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      1. 3kleinegrenouilles dit :

        Vous êtes des gens sensés, gentils et qui avez à coeur de prendre les meilleures décisions pour vos filles. Un autre modèle éducatif aurait aussi eu des conséquences positives et négatives qui vous auraient peut-être conduit à remettre ce choix en question.
        Nos choix passés et présents, quels qu’ils soient, ont forcément des conséquences. Mais les enfants grandissent et ils ont de plus en plus la capacité de remettre certains de nos choix en question, ce qui est nécessaire.

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      2. C’est certain, en tant que parents on fait des erreurs à la minute même où nous devenons parents. Mais ce que j’essaie d’interroger dans cet article, au-delà de mes propres choix, c’est le modèle éducatif prôné depuis une dizaine d’années.

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  7. Marie H dit :

    Un petit parallèle avec mon vécu: en Allemagne, la plupart des jardins d’enfants ont une période d’adaptation comme ce qui se fait à la crèche. Dans le nôtre elle se réduit au minimum: une matinée où le parent reste deux heures dans le couloir, une où l’enfant reste deux heures seul. Dans d’autres, c’est évolutif. Et bien, j’ai souvent entendu que les enfants s’habituaient à ce que leurs parents restent où à ce qu’ils soient appelés quand l’enfant pleurait trop. Et cela rendait les débuts difficiles. Et j’ai aussi l’impression que cela déclenche plus d’angoisse que si finalement on pense: je te laisse ici, je sais que tu vas y arriver. Car finalement, donner confiance en eux aux enfants, c’est d’abord avoir confiance en leur capacité.

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    1. Merci Marie pour ce retour qui rejoint absolument mon vécu et mes nombreuses rentrées en petite section: je conseillais aux parents de partir le plus vite possible (tout en disant bien à leur enfant qu’ils allaient revenir). A chaque fois que les parents s’éternisaient, que ce soit des heures ou des jours, ça finissait en carnage.

      Je lisais hier une phrase qui disait: plutôt que de systématiquement fournir des conseils et des solutions aux parents, faisons-leur gagner en confiance. Je crois qu’on peut le transposer aux enfants.

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  8. Est ce que plus encore que ce que nous faisons ou disons pour prendre en compte leurs émotions il n’ y a pas aussi toute la part de non dit ? Nos enfants sont (plus ou moins suivant leur personnalité) des éponges et absorbent aussi nos émotions, que nous les partagions ou pas avec eux, et effectivement ds une même fratrie la même éducation peut produire des résultats très différents en terme de équilibre psychique. Finalement ce qui compte je pense c est de donner l’ éducation la plus en accord avec nos valeurs propres et de se dire qu on fait de notre mieux avec ce qu’on a comme ressources (psychiques), et aussi abandonner l idée de tte puissance mais aussi celle d’un coup de tte responsabilité l’ éducation n est pas que l’affaire des parents les enfants sont également éduqués par leurs interactions sociales, les autres adultes et les « pairs » et une petite phrase entendue au moment opportun peut « réparer » ou « déconstruire » des schémas familiaux. Bref merci beaucoup maman lempika de ce post je suis ravie que tu ais décidé de continuer ton blog tjs très pertinent et tjs matière à réflexion. Bises pour vos journées les mamans de choc !!! 🙂

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    1. Euh de notre mieux avec ce qu’on a saloperie d’autocorrecteur je lui en foutrait des baffes… 😉

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      1. Je vais corriger dans le texte 😉

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    2. Merci beaucoup pour cet apport qui vient encore enrichir la réflexion. Il y a les non-dits, c’est certain, et peut-être aussi ce qu’on leur montre de nos fragilités. Je parle beaucoup des miennes, elles ne sont pas tabou, aussi mes filles se sentent-elles plus autorisées à angoisser, vu que maman le fait bien…
      Ton deuxième point rejoint un autre commentaire: nos enfants ne sont pas que le produit de notre éducation et heureusement. C’est sûrement plus vrai chez les enfants plus grands, qui gagnent peu à peu en indépendance et revendiquent de se construire hors du cercle familial.
      Reviens commenter quand tu veux!! A bientôt!

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  9. Nath dit :

    Salut! Je ne saurais pas trop quoi ajouter après cet article et les commentaires tout aussi passionnants!

    Tous ces échanges illustrent bien à mes yeux, notre illusion de toute puissance… comme si il existait une méthode magique qui permettrait d’éviter toute angoisse à nos enfants…

    et comme si tous les enfants étaient les mêmes, même éducation, même résultat… que nenni… les enfants, c’est plus comme une boite de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber… par pure curiosité, j’aurais bien fait collection, mais l’énergie demandée nous a limités à 2 exemplaires.

    Me concernant, je crois que ma méthode se résume à la technique de la flemme extrême… ma foi, bon an mal an, ça n’a pas trop mal fonctionné jusqu’ici.

    Aussi un petit mot pour te dire à quel point je suis heureuse d’avoir découvert ton blog! J’espère te lire encore longtemps!

    Nath

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    1. Et encore, beaucoup ont commenté sur Insta, j’en ai eu un aperçu par mon amie qui m’a relayée mais j’avoue que c’est un peu frustrant de ne pas pouvoir y répondre! Beaucoup ne se sont pas reconnues dans le côté : éducation qui n’a pas permis d’exprimer ses émotions = pas d’angoisses. Certaines ont aussi soulevé le fait que les filles étaient plus encouragées à exprimer leurs sentiments. Et enfin, que nous sommes passés de « exprime tes émotions, communique », à « il faut absolument gérer/circonscrire/résoudre tous les problèmes et soucis qui découlent de l’expression de ces émotions ». Ce qui rejoint totalement ton constat sur la toute puissance parentale. Bref, un riche débat qui mériterait plus qu’un article ici. La flemme, j’aimerais trop essayer 😀
      Merci beaucoup pour ton commentaire, n’hésite pas à revenir laisser un mot!

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  10. mamoundines dit :

    point de vue intéressant!! Il est important parfois de remettre en question certaines de nos habitudes, aussi positives soient elles sur le papier. L’expérience, la singularité de chacun nous pousse à plus de souplesse, d’ouverture. C’est un remaniement constant. C’est chouette, même si c’est parfois usant!

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    1. Oui c’est chouette de se dire qu’on évolue, mais je pense que c’est compliqué d’avoir ce recul, pris dans le quotidien, et aussi parce que le discours éducatif est tout de même très, très uniformisé.

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  11. Miss Zen dit :

    Qui ne doute pas, qui ne se pose pas mille questions enfin je veux dire quelle maman ?
    Je crois que malgré tout l’époque est aussi plus anxiogène et plus dure. Je ne veux pas dire que le monde de notre enfance était tout rose mais quand même plus clair, moins complexe, moins sombre . Enfin c’est l’impression que j’ai.
    Etre parents est un sacré numéro d’équilibriste. Je crois quand même que la bienveillance et l’écoute donnent de meilleurs résultats que la sévérité à l’ancienne. Le tout est de parvenir à mettre quand même dans ce cocon des rails, des barrières, des règles sur lesquelles les enfants peuvent se structurer et puis parfois leur lâcher la grappe. Plus facile à dire qu’à faire. Et puis demain je douterai encore, je m’interrogerai encore, je changerai d’avis… et je culpabiliserai prise entre toutes les injonctions du moment ! Et cela fait toujours énormément de bien de lire les doutes des autres mamans !

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    1. Ton message prend un sens particulier quand on le lit à la lumière des récents évènements…Oui, tu as indéniablement raison. Moi aussi je suis persuadée que modèle éducatif basé sur l’écoute est de loin préférable, mais je ne veux pas que mes filles vivent dans un cocon, je ne veux pas les protéger de tout, parce que ce n’est ni possible, ni souhaitable. Qu’il est compliqué d’être parent!

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  12. Cynthia dit :

    Ce qui est « rassurant » c’est qu’on est nombreuses à se poser les mêmes questions et à douter de l’éducation de nos enfants. C’est vraiment difficile d’être parents, on se compare aux nôtres, aux autres, on essaie, on se trompe, c’est un éternel recommencement… Je pense effectivement qu’on devrait laisser nos enfants se débrouiller un peu, en leur donnant des clés. On s’en est bien sorti nous, ils devraient y arriver aussi.

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    1. Mes parents me disaient encore récemment qu’ils n’aimeraient être parents aujourd’hui. Ca en dit long sur leur perception des enjeux éducatifs d’aujourd’hui et sur le fait qu’eux devaient avoir moins de doutes, tout simplement parce qu’ils se posaient moins de questions. L’enfant a vraiment conquis une place centrale dans les foyers…parfois trop. La débrouillardise c’est hyper important. Se faire confiance, compter sur soi-même…à cultiver, bien plus important que la bienveillance à tout va, selon moi.

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  13. Ton article est criant de vérité, je suis absolument sans voix … j’ai l’impression que tu as mis par écrit quelque chose qui était en moi sans que je m’en rende compte … Je suis dans la même situation que toi avec mon conjoint (peu ou proue), et quand ma famille (ou lui, ou la sienne) me disent que l’éducation « d’avant » était mieux, je réponds tout de suite « mais non, il y a des études ! », mais ton article … je commence à ressentir la même chose … je pense qu’avant tout il faut se libérer du « parent parfait », on ne l’est pas et ne le sera jamais, par contre on est parfait pour nos enfants … lâchons un peu prise … Merci pour ce partage, merci pour tes mots qui ont résonné en moi comme rarement 💛

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    1. Merci mille fois pour ton retour, je suis ravie que cet article résonne à ce point en toi. Je ne suis pas convaincue que notre époque ait trouvé LA bonne voie éducative, pas du tout. Il y a eu de nombreuses avancées, c’est indéniable, mais je pense aussi que le concept de l’enfant érigé comme individu central et suprême de la famille (de la société?) n’est pas une totale réussite…gageons que nos enfants sauront prendre la relève de nos prises de tête parentales quand viendra leur tour 😀

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