J’ai 37 ans: 5 choses que tu ignorais toujours sur ma sérénissime personne

Oui, j’ai décidé que 37 ans, ça autorisait de passer d’auguste à sérénissime. Ça compense cette année en plus qui, horreur et dépravation, me rapproche affreusement des 40. Pour la peine, tu as le droit à cinq nouvelles infos, totalement exclusives et brevetées, que tu ne retrouveras nulle part ailleurs sur le net.

J’ai compris au lycée qu’il y avait de l’immigration en France

Ouais, ça craint n’est-ce pas? Mais faut que je te repose le contexte. Jusqu’au CM2, j’ai été scolarisée en école privée catholique ultra favorisée. Dans ma classe, des Marie-Eugénie et des Agathe, des Pierre-Marie et des Jacinthe. Il y avait certes quelques noirs. Très peu. Quelques asiatiques. Très peu. Tous adoptés. Le seul maghrébin dont je me souvienne, c’est Mohamed, notre surveillant, dont le prénom revêtait pour moi une consonance française des plus classiques. Je ne me posais même pas la moindre question: tous mes camarades basanés ou bruns de peau étaient forcément adoptés, arrachés à la malnutrition et à la famine, propulsés dans mon espace-temps grâce à la générosité et à l’abnégation de bonnes âmes chrétiennes.

Au collège, ça n’a pas évolué, même si j’ai intégré à cette occasion le public. Il s’agissait d’un collège de campagne très favorisé. Il devait y avoir dans les effectifs, en tout et pour tout, une dizaine de noirs-arabes-asiatiques. Tous adoptés, évidemment, dans ma logique-reliquat d’esprit chrétien. Je commençais à avoir conscience de quelques mélanges, de quelques métissages, mais voilà, tout ce café-au-lait n’éveillait guère chez moi la moindre analyse sociétale et migratoire. Pour moi, on était tous des Pierre et des Marie, au fond.

C’est assez flippant, si on analyse cette amnésie sous le prisme des cours que j’ai forcément dû recevoir en Histoire et en Éducation civique et qui n’ont jamais fait sens pour moi durant ma pré-adolescence. C’est assez rassurant et tout à l’honneur de ma famille et de mes éducateurs, en revanche, de me dire que je suis arrivée dans mon lycée de ville ultra mixte, à 15 ans, sans aucun à priori sur les Rachid et les Fatima que je n’ai pas manqué de côtoyer par la suite. C’est édifiant de voir à quel point la ségrégation sociale peut couper des réalités, même les plus larges, même les plus visibles. C’est réconfortant, enfin, de ce dire que ce vase clos délirant serait impossible de nos jours, que les immigrés et leurs enfants ont à présent traversé toutes les classes sociales, et qu’ils ont heureusement pris racine dans les écoles privées et les campagnes favorisées.

Ma grand-mère a fait de la résistance

Je n’ai pas écrit « ma grand-mère était résistante » parce que ça n’aurait pas été tout à fait exact. Ma grand-mère a fait de la résistance, donc, et je l’ai appris fortuitement il y a 4 ans en découvrant sa carte de combattante des FFI (forces françaises de l’intérieur). Elle ne nous en avait jamais parlé, comme si ça n’avait jamais existé, comme si ça n’avait compté pour rien. Son surnom était Charmante et elle était chargée de distribuer des tracts, à vélo. Elle était  agent de liaison , pour faire sérieux.

Mon père pense que ma grand-mère n’a pas vraiment saisi la portée de ce qu’elle faisait, qu’elle a rendu service à mon arrière-grand-père, communiste convaincu, qu’elle s’est laissée porter par l’occasion, l’époque, les relations, mais qu’au fond, il n’y avait pas de sa part d’engagement conscient et politisé.

J’ai réellement du mal à projeter sur cette carte rognée par le temps l’image que j’ai gardé de ma grand-mère, petite, fragile, un peu souffreteuse, j’essaie de l’imaginer, jeune, cheveux au vent ou retenus par un fichu, avait-elle peur? Avait-elle le coeur qui battait? Ou bien ces tournées s’étaient-elles fondues dans ses habitudes quotidiennes, perdant de leur portée emblématique?

Il n’empêche: elle l’a fait. Et la mention en italique, en bas à gauche, m’interdit de penser qu’elle ignorait totalement ce qu’elle risquait alors, à même pas 20 ans, sur sa bicyclette.

J’ai déjà signé à la place de mes parents (option blanco)

Oui, je l’avoue, j’ai fait ce que tout être humain normalement constitué a déjà fait une fois dans sa vie à l’âge où il commence à se couvrir de poils et de boutons: j’ai signé à la place de mes parents. C’était au collège. Je ne me souviens même pas pourquoi. Ça ne devait pas être objectivement bien grave, puisque j’ai toujours été une enfant respectueuse des règles, mais suffisamment important sur mon échelle de valeurs pubère puisque j’ai décidé, dignement, qu’il fallait prendre la sentence qui s’imposait alors: imiter la signature de mes ieuv.

Il a fallu arbitrer entre celle de ma mère et de mon père. Celle de ma mère paraissait de premier abord plus simple à contrefaire -il faut dire que mon père n’avait pas eu encore l’inconscience, à l’époque, de disséquer chaque étape de son émargement devant moi afin de m’en expliquer le sens (l’imprudent).

J’ai donc opté pour le graffiti maternel. Je me suis entrainée, évidemment. Et puis, je me suis lancée, hop, comme ça, sous le mot du prof. J’ai dû trouver que j’aurais pu faire mieux, car j’ai eu la lumineuse, perspicace et sécurisante idée de rectifier mon erreur. A coup de blanco. Je t’ai recouvert toute cette merde avec application. A l’époque, c’était encore les blanco fluides, en pot, avec pinceau, tu sais, les trucs qui faisaient des pâtés et des grumeaux dégueulasses. Ça a donc fait un pâté grumeleux et dégueulasse, vaguement boursouflé. J’ai resigné par-dessus. Ni vu ni connu. La suite, mon cerveau a préféré le reléguer dans les bas-fonds des oublis traumatiques. Une chose est certaine: dans la famille, tout le monde se souvient de l’anecdote de la signature blanquotée.

Je ne voudrais pas gagner à l’Euromillion

Tu as bien lu: pour rien au monde, je ne voudrais gagner à l’Euromillion. Bien évidemment, 2-3 millions au Loto national, je dis pas non, je cracherais pas dessus, mais 140 plaques à l’Euromillion, non, ça, jamais. Avec 2-3 millions, je me mettrais en sécurité financièrement sans que ça se voie trop et donc, sans rien devoir ou presque à personne (l’enfer, c’est les autres).

140 millions, ce serait le purgatoire. 140 millions, t’es trop riche pour que ça ne se remarque pas, et donc pour qu’on te foute la paix. T’es trop riche pour être certain que tes relations soient désintéressées. T’es trop riche pour que les gens ne soient pas jaloux. T’es trop riche pour que les gens à qui t’as déjà donné ne reviennent pas te réclamer de la thune encore et encore, en te faisant passer pour la dernière des raclures. T’es trop riche pour que ça ne modifie pas tes loisirs, tes préoccupations, tes priorités, ton cercle social et ta façon de considérer le monde.

Ça tombe bien, tiens, je joue jamais.

Je dors avec des doudous

Tu me suis depuis 2018, il est donc temps de faire tomber une ultime barrière entre nous: je dors avec des doudous. Bah ouais, ça te pose un blème? Mais faut que je te repose le contexte.

Quand je suis née, j’avais l’ongle du pouce incurvé. Dans le sens inverse. J’avais tellement sucé mon pouce dans le ventre de ma mère que mon ongle en était limé, en forme de coque. Mes parents ont évidemment très vite compris ce qu’il allait advenir de mon pouce à l’avenir (je m’en abîmais la peau), sans parler de mes dents. Ils ont donc dès mon premier mois d’existence enfilé sur mon pouce un tissu en forme de chaussette, espérant que je le sucerai à la place de mes phalanges.

Je n’ai jamais sucé le tissu. Je l’ai plaqué contre mon nez et ma bouche. Ce morceau de tissu est devenu mon doudou. Je n’ai jamais eu de vraie peluche, non, juste un carré de coton, qu’on a renouvelé au fil des années quand il était élimé, déchiré, déchiqueté. J’ai fini par en avoir deux, pour faire une espèce de passage de relais entre les anciens et les nouveaux.

Je dors toujours avec. Cette habitude n’a aucune fonction rassurante. Peut-être est-ce la résultante d’un complexe-pré-oedipien-psychanalytico-pathologique. Toujours est-il que ces doudous sont, dans mon lit, une extension de mon bras, de ma main, ils me sont internes, inhérents, naturels, ils font partie de mes manies d’endormissement, au même titre que me tourner sur le côté gauche, ou donner la main à mon mari. Je suis capable de m’endormir sans, mais uniquement par accident. Je crois que je mourrai avec des doudous sous mon oreiller.

Voilà, on peut dire que nous sommes liés à la vie-à la mort, toi et moi. Heureusement que ce blog est anonyme. Et vivement l’année prochaine.

23 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Picou dit :

    Et dire que j’ai vécu tout ce temps sans savoir ça^^!

    Aimé par 2 personnes

    1. Tut’ rends compte!! 😀

      J'aime

  2. un doudou. UN DOUDOU, TOI. Ca me troue le…. enfin je reste pantoise; je partage ton avis sur l’Euromillions, c’est beaucoup d’emmerdes. D’ailleurs, n’y a-t-il pas des études démontrant que les gagnants des gros lots ne sont pas forcément plus heureux après ? il me semble bien. Ca me semble tellement logique.

    Aimé par 1 personne

    1. Ouais madame. Même les meilleurs ont leurs failles 😀
      Pour l’Euromillion il y a surtout des études qui montrent que les gagnants perdent beaucoup d’argent faute de se faire correctement accompagner…on ne devient pas riche parce qu’on a gagné le pactole. Moi aussi ça me semble logique qu’ils ne soient pas plus heureux!

      Aimé par 2 personnes

      1. je me rends compte que j’ai oublié un truc, quand même : BON ANNIVERSAIRE !

        Aimé par 2 personnes

  3. mamoundines dit :

    exactement l’article qu’il me fallait pour finir cette journée…avant d’en commencer une autre. Un petit moment tranquille où j’apprends quelques trucs (parce que les doudous je le savais déjà. Et je confirme que c’est hautement pathologique comme comportement!!! ^^).

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ton retour 🙂 Eh ben nan, tout sauf pathologique, il a même été démontré que pour les gens angoissés comme moi, ça limite le recours aux anxiolytiques et autres merdes…vive les doudous 😀

      J'aime

  4. Elvire dit :

    😊 Je suis surprise que le doudou en coton cohabite avec la taie d’oreiller en soie. Pas de risque de grosse marque sur la figure ? Tu noteras, qu’à travers cette question, je prouve mon assiduité de lecture de ton blog et la mémorisation des anciens articles… 😂

    Aimé par 1 personne

    1. Ils ne sont pas à hauteur de mon visage, dieu merci, ça détruirait tous mes efforts anti-rides 😀

      J'aime

  5. maman délire dit :

    moi je veux bien gagner à ta place, si tu veux. c’est sur que ça bouscule, mais je me sens prête (lol!) et effectivement, il faut être très bien accompagné au niveau financier, et surtout mettre le nez dedans pour comprendre ce qu’on te conseille de faire, histoire de ne pas se faire carotter… je suis admirative de ta grand mère… je pense qu’elle avait quand même conscience du niveau de dangerosité ! je me demande parfois ce que j’aurais fait à cette époque… extrêmement difficile de savoir en y étant pas confronté directement. et pour le doudou.. c’est trop mignon ! même si j’ai du mal a imaginer toi, le doudou, plus ton mari dans le même lit !!!!!
    37 ans c’est beau, c’est jeune ! moi j’en ai 10 de plus, mais honnêtement, je ne les sens pas ! donc tranquille, tu verras, la quarantaine c’est que dalle en vrai.

    Aimé par 2 personnes

    1. Ahahaha, je me sens prête 😀 Oui tu passes de « je boucle mes fins de mois » à « je gère mon patrimoine » franchement ça ne m’étonne pas que beaucoup se plantent…
      Moi aussi j’ai beaucoup d’admiration pour elle. Mon père, en tant que père, a tendance à dire que mon arrière-grand-père était inconscient et égoïste de l’envoyer comme ça en avant-garde, mais je ne sais pas si à cette époque, dans ce contexte, on se posait les même questions qu’aujourd’hui.
      Oh tu sais mes doudous sont hyper discrets, ils ne prennent pas beaucoup de place et puis on vient d’investir dans un lit 180, ça devrait aller 😀
      Tout le monde me dit que 40 c’est un bel âge donc je le vois venir assez sereinement, du moins par rapport à ma vie, là où j’en suis aujourd’hui…

      J'aime

  6. Commençons pas le commencement : Joyeux anniversaire ! Quelle chance tu as : j’adore le chiffre 7. De là à dire que je m’impatiente de taper les 47 ans, il y a un pas que je ne sauterai pas. En revanche, les 57 et les 77 me font terriblement envie (parce que j’adoooore les chiffres impairs avec une large préférence pour le 7). Et puisqu’on en est à parler numérologie mais moi je rêve de gagner 1 million d’euros : quel bonheur ce serait de se mettre à l’abri du besoin sans tomber dans l’opulence. Et contrairement à toi je joue, sans succès hélas.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci 🙂 J’espère qu’il m’arrivera plein de bons trucs cette année, au moins la reprise des voyages ce serait sympa!
      Oui, un million c’est très bien. Je connais quelqu’un qui a gagné 2 millions en vendant son entreprise. Il vit très bien, mais il n’est pas « ultra riche » dans le sens où il n’a pas un hôtel particulier, un jet, un yatch, des résidences secondaires…il réfléchit quand même à ses dépenses…En vrai on est toujours le riche et le pauvre de quelqu’un…

      Aimé par 1 personne

  7. Joyeux anniversaire avec un peu de retard! 37 quel bel âge!
    Ce fut une belle année pour moi alors oui je chéris un peu les 7 depuis.
    Quelle idée de vouloir gagner des millions! Et puis qu’est-ce que j’en ferai! Par contre 1 pourquoi pas, histoire de se dire que financièrement je n’ai pas grand chose à craindre, pouvoir travailler pour le plaisir seulement et pouvoir gâter un peu plus ceux que j’aime et ceux qui en ont besoin.
    Signer à la place de mes parents je l’ai fait une fois, je m’en souviens encore, en primaire. Par contre je n’ai pas pensé au blanco! Mais ça s’est su bien entendu.
    Belle journée et merci pour ces partages fort sympathiques!

    Aimé par 1 personne

    1. J’espère que ce sera une belle année également mais il n’y a aucune raison pour que ça ne le soit pas!
      On a la même conception du million à ce que je vois 😉
      C’est fou, même quand on met pas de blanco on se fait griller! 😀
      Merci à toi d’avoir commenté!

      Aimé par 1 personne

  8. 37 mais que tu es jeune !!! Bon anniversaire !

    J'aime

  9. Miss Zen dit :

    Joyeux anniversaire jeunette ! les doudous je te confirme que ce ne s’arrange pas avec l’âge. . Par contre si par hasard tu gagnes à Euromillions, je suis toute prête à te rendre service en te débarrassant du chèque (et je ne dirai rien à personne – promis. reconnaissante mais discrète)

    Aimé par 1 personne

    1. Ahahah je ne joue pas, malheureuse! 😀

      J'aime

  10. J’ai failli ne pas commenter, maintenant que je suis une quadra je ne m’adresse plus aux petit(e)s jeunes 😉 Et bien encore un point commun, j’ai mon doudou depuis que j’ai 4 mois… Et je l’ai toujours avec moi ! Je l’ai même emmené en déplacement pro – en bagage à main toujours, au cas où il y ait un problème avec la valise, et j’ai toujours un petit frisson en passant au portique : pitié, ne me demandez pas de vider mon sac et de sortir mon doudou devant mes collègues… Jusque là, ça n’est heureusement jamais arrivé (et puis maintenant j’ai des enfants qui seront toujours la meilleure des excuses) (et bien que la pauvre peluche fasse bien ses 40 ans (contrairement à moi évidemment)) 😉

    Aimé par 1 personne

    1. OOOOOOH enfin une copine de doudou!! C’est très rare qu’on me l’avoue 🙂 Moi aussi je les emmène en voyage, dans le bagage à main aussi ahahah, heureusement j’ai pas de collègue en embuscade!

      J'aime

  11. lexieswing dit :

    Tu continues à me surprendre! Joyeux anniversaire en retard?

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s