Je suis formatrice pour adultes

La première fois que l’idée d’être formatrice pour adultes m’a effleuré l’esprit, c’était dans un train en rentrant d’une réunion dans la capitale, il y a 18 mois environ. Ma collègue de l’époque me racontait son expérience et je me disais waouuuuuh mais ça a l’air trop bien mais laisse tomber je vais laisser passer du temps, je vais pas arriver comme ça et hop devenir formatrice ce serait abusé ça fait vraiment la meuf dans ses pantoufles non vraiment c’est pas possible. Jusqu’à ce qu’un matin de janvier 2021, alors que je jonglais entre une note et un potin avec ma binôme, je tombe sur un appel aux volontaires pour devenir formatrice occasionnelle, pour l’épreuve du concours que j’ai passé (et obtenu, si t’as bien tout suivi).

Bah ouais, que je me suis dit. Allez hop, on y va. Faisons comme les hommes (je sais, je l’ai déjà placée cette phrase, c’est pas que j’aime me répéter, mais j’affectionne de distiller ça et là quelques piques féministes), faisons comme les hommes, disais-je, n’attendons pas d’avoir 100% des compétences pour postuler, allons-y avec une jauge de 70%, tranquille, cool.

C’est donc tranquille, cool, que j’ai envoyé ma lettre de motivation, avec tout plein de mots comme pédagogie et relationnel dedans. Je te fais une confidence: pour devenir prof des écoles, j’en ai chié, mais pour devenir formatrice, on peut dire que je suis entrée parce que la lumière était allumée. Venez, qu’ils m’ont dit. J’y suis allée. Ils m’ont bichonnée. J’ai été formée à être formatrice, tu te rends compte? Faut dire que dans mon nouvel emploi, dès que je demande une formation, hop, je l’obtiens. Ça me change des vaches maigres de mon ancien boulot. J’ai donc bénéficié de trois ou quatre formations et surtout, d’une valise pédagogique. On m’a vraiment tenu la main. J’ai même eu une binôme. Nan, franchement, j’aurais eu tort de ne pas essayer.

Ensuite, j’ai envoyé un tas de papiers avec mon numéro de sécu et ma dernière fiche de paie et encore d’autres papiers, pour déclencher ce qu’on nomme pudiquement un cumul d’activité, ou pour parler plus crûment, une petite pluie de thune dans mon porte-monnaie. Au départ, je t’assure que je pensais faire ça pour la gloire, comme une stagiaire dans une boîte de comm des années 2000, genre nan, ok, je suis pas payée mais qu’est-ce que j’en apprends sur moi-même, tu peux pas savoir! Mais en réalité ils prévoyaient de me rémunérer, une idée qui ne m’a guère déplue, comme tu l’auras deviné, et qui n’a guère déplu au mari également, qui a tout de suite calculé combien ça me ferait gagner si je faisais disons…quatre formations par an, c’est bien ça quatre formations, c’est faisable?

Puis j’ai eu la joie d’animer pour la première fois une classe virtuelle, à distance. Comme ça j’aurai vécu ce qu’ont vécu tous les profs même en n’étant plus prof. J’aurais préféré du présentiel (oui, je sais, ce mot est moche, mais il est fraîchement rentré dans le dictionnaire, je te rappelle), mais à l’époque, on n’avait pas encore le droit d’enlever le masque en extérieur.

Je crois que sur le long terme, je vais être une formatrice chiante. J’ai deviné très vite que je ferai partie de cette catégorie à la tronche de mes stagiaires quand je leur ai dit qu’il serait souhaitable, que je les obligeais pas hein mais que ce serait mieux pour tout le monde, dans un souci de qualité de service et blablabla, qu’ils laissent leur caméra allumée. Il y a eu un moment de silence, qui voulait dire, si, si, ça s’entendait à travers l’écran Ooooh la relou. Je leur ai expliqué les vertus pédagogiques et même prophylactiques de la caméra, z’ont pas eu l’air plus convaincus, alors j’ai lancé des petites vannes par-ci par-là, j’ai réussi à en dérider certains. Enfin, je crois, parce que leurs visages étaient dans un carré tout petit et que même en plissant les yeux ils restaient tous un peu pixélisés, les stagiaires.

En résumé, j’ai kiffé. J’ai déroulé, même. Parfois, j’avais jusqu’à l’impression de devenir un peu lyrique. En tout cas, ils n’ont pas moufté, et j’en ai pas vu un seul regarder vers le bas avec l’air de lacer négligemment ses souliers (le mot souliers n’ayant plus d’existence tangible et réelle en 2021, tu peux remplacer la phrase par regarder vers le bas son portable comme un gros bâtard qui écoute que dalle alors que je me suis cassé le cul à lui préparer ce cours). Ce qui témoigne bien évidemment de l’excellence du contenu dispensé, mais surtout du suprême charisme de la formatrice sus-décrite. Ou alors, ils étaient tout simplement résignés.

Et puis le bonheur ultime, mes amis: j’ai. Corrigé. Des. Copies. Avec du rouge, des trucs soulignés et des annotations dans la marge. Un rêve s’est réalisé. Nan, parce que quand t’es prof des écoles, à fortiori en maternelle, le maximum que tu puisses t’autoriser, c’est un rond vert, orange ou rouge et un petit Vu tout en haut ou tout en bas. Du coup je m’en suis donnée à coeur joie, à coups de impeccable (j’aime bien, ça change, nan?), Lesquels? Trop vague, très bien (plus classique, je te l’accorde), et – 1 point pour absence de tableau (ouais, c’est vache, mais c’était dans la grille d’évaluation). J’ai ponctué le tout d’une note sur 20 écrite comme font tous ces gars des jurys, en haut à gauche, et puis j’ai entouré la note parce que j’ai trouvé que ça faisait plus professionnel, plus la meuf qui a corrigé 1000 copies dans sa life.

Mais quel sentiment d’accomplissement, de puissance, que dis-je, de souveraineté! J’aurais dû être prof au lycée, ça devient une évidence. Plus sérieusement, j’ai coché toutes les cases du tableau qui demandait si je voulais encore être formatrice à l’avenir par le plus grand des hasards, et même celles qui me proposaient de former des gens au concours que je prévois moi-même de passer dans un futur plus ou moins proche. Vas-y, relis cette phrase. Une auto-altruisto-formation, en quelque sorte. Je suis sûre qu’on n’a jamais inventé mieux. Du grand art.

Bref. Je suis officiellement formatrice pour adultes, et il semble bien que j’aime ça.

11 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Mummy dit :

    Se peut-il que tu reviennes à tes 1ères amours….mais avec un autre ministère ?

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    1. Mes premières amours c’est un grand mot mais oui, je sens quand-même que j’ai quelque chose à faire de ce côté là…la preuve j’y retourne! Il faut dire que les conditions (et la rémunération) n’ont strictement rien à voir 😉

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  2. Cynthia dit :

    Contente de lire que ça te plaît. C’est vrai que ça doit changer de faire « classe » a des adultes. Fais toi plaisir…

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    1. Rien à voir. De la promenade à côté. Et puis bon ce sont des adultes qui ne sont pas obligés d’être là, ils sont dans une démarche volontaire (même si je ne les ai pas sentis débordants d’enthousiasme au départ, ils ont fait le job!), pas de discipline à faire, un sujet que je maîtrise…j’étais dans mes pantoufles 😅

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  3. Mais bravo ! où t’arrêteras-tu ? Tu as la patience (il en faut des paquets pour avoir enseigné en maternelle) et la clarté d’esprit, qualités indispensables pour être formatrice. En plus si ça te fait des sous en plus, pourquoi s’en priver ! Des mois de disette de shopping à rattraper !

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    1. Oh merci!! Je ne sais pas, je teste en tout cas, je fais ce que mon ancien métier ne me permettait pas de faire: aller voir à droite à gauche et capitaliser d’autres expériences! Et oui je ne crache pas sur les sous en plus, surtout dans les conditions de travail qui ont été les miennes! 😊

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  4. maman délire dit :

    mais tellement que tu peux être formatrice pour adultes !!!! hallucinant que tu aies douté à un moment. et contente que tu y sois allée comme un mec ! tu as géré une trentaine de mômes, alors des adultes, c’est sur que ça allait le faire ! je suis contente que ça te plaise, tu t’épanouies de plus en plus, c’est chouette à voir ! 🙂

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    1. Yes comme un mec. Ce changement de métier m’a libérée quelque part, parce que c’est un job où on a beaucoup moins ce sentiment d’abandon, cette sensation de toujours faire de la merde. Les résultats sont tangibles, on voit très vite si on va dans la bonne direction. Du coup je fonctionne un peu comme ça maintenant: j’y vais et on verra bien. Et oui les adultes volontaires c’est un vrai cadeau! Merci pour tes mots Sophie 🥰

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  5. Bonjour Maman Lempicka.

    Je suis super contente pour toi. Et hyper jalouse aussi. Je bave devant en fait. Tu vois le genre ?

    J’ ai découvert la formation pour adulte il y a 3 ans. Je donne 12h de cours par an. J adore. C est trop peu. Et cette année ils ont revu la plaquette de l ecole d ing où je donne les cours, et ils n auront besoin de moi qu en 2022.

    Est ce que tu veux bien m expliquer comment tu as eu accès à cette mission ?

    Je cherche vraiment à m orienter en formation et en conseil. Je suis en pleine réflexion pro.

    Je te remercie d avance, tu m inspire énormément. En plus de ton humour insolent et de ta façon d écrire.

    Bonne soirée,

    Stéphanie, qui est bien contente que tu n ai pas arrêter d écrire finalement.

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  6. Bienvenue au club !
    Lors de ma dernière inspection… oups… nan… Mon Plan de Carrière !!! L’inspecteur m’avait demandé si je souhaitais être formatrice. J’ai fait un long plaidoyer pour lui expliquer le pourquoi du comment que NON ! 😉 Par contre former un collègue stagiaire oui. Il a noté/gribouiller/fait semblant d’écouter… comme tu veux.

    Mais qq semaines après mon collègue qui lui est formateur ( non officiel car nous n’avons pas la certification) depuis plus de 10 ans m’annonce qu’il lui manque une personne et qu’il voudrait que ce soit moi. Alors même si c’est super flatteur j’ai refusé. Puis pendant 15 longs jours il a insisté allant jusqu’à poser son genou à terre et me faire du chantage affectif 😉
    Du coup voilà ♡♡♡
    Si je surkiffe avoir un stagiaire (car je l’ai eu aussi :)) j’ai encore du mal à me trouver légitime comme formatrice. J’adore travailler avec mon collègue et clairement je ne continuerai certainement pas sans lui.

    Bonne continuation et continue de surkiffer ce que tu fais ♡♡♡

    Gtoch

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  7. C’est super, parce que c’est une forme de reconnaissance de ton travail et de tes compétences et dieu sait qu’on en manque dans ce métier, et c’est aussi une ouverture vers autre chose, ça doit rebooster…je t’avoue que je n’ai jamais pensé à le faire dans le cadre de l’EN…je ne voulais plus rien faire dans le cadre de l’EN. Moi aussi je ressens un peu ce syndrome de l’imposteur, mais tout ça va se lisser avec le temps n’est-ce pas? Toi aussi, continue de kiffer ce que tu fais 😉

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