Pourquoi tu ne devrais jamais oublier ton périnée

Aujourd’hui, je vais te parler périnée (aussi nommé plancher pelvien). Si tu es un homme, et que par miracle tu me lis, ne fuis pas: le périnée de ta meuf te concerne aussi, et de bien plus près que tu ne le penses.

La première fois que j’ai entendu vraiment parler de mon périnée, je venais d’accoucher de mon premier enfant. On m’a prescrit une ordonnance, à faire exécuter par un kiné ou une sage-femme, on ne m’a pas expliqué pourquoi, ni comment, ni par qui il valait mieux passer. J’ai donc fait comme la plupart des mamans novices de l’époque: j’ai pris rendez-vous chez le premier praticien que j’ai trouvé, j’étais crevée, ça me faisait suer d’y aller, j’ai fait ça par-dessus la jambe, hop tac boum, ce fut plié.

Après mon deuxième accouchement, j’étais déjà plus au fait de certaines choses. Mais comme mon périnée se portait plutôt bien, je ne me suis pas renseignée plus avant. Je ne me souviens même plus de mes séances de rééducation. Je sais que je les ai faites avec une sage-femme, mais c’est tout. Comme pour la première fois, j’ai pris mon papier, je suis allée de mauvaise grâce faire mes 10 ou 15 séances et cric crac boum, je n’ai plus jamais pensé à mon périnée.

Utérus illustration

Mon troisième accouchement a tout changé. Déjà, je m’y étais préparée: pendant toute ma grossesse, j’avais bossé mon périnée. Tous les jours. Je ne faisais pas dans la sophistication, mais j’y pensais, je contractais, je musclais. Je m’épargnerais ainsi sans doute, me disais-je dans ma naïveté, des séances de rééducation, ou alors, elles dureraient moins longtemps. Et puis j’ai sorti mon bébé. Avec une telle rapidité, une telle violence, une telle brutalité, que mon périnée a été détruit. Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite (il faut dire aussi que personne n’a pris la peine de m’en informer, bien que des signes fussent visibles). J’ai continué à vivre ma vie, à porter mon bébé, à porter le cosy avec mon bébé dedans, à courir partout avec mes trois gosses. Jusqu’à ce qu’un jour, environ deux semaines après mon accouchement, je ne puisse plus rester debout au delà de 15 heures de l’après-midi. Urgences. Verdict: mon utérus se faisait tout simplement la malle. Oui, tout simplement. Ça s’appelle un prolapsus. Chez moi, c’était l’utérus. Chez d’autres, c’est la vessie, le rectum, voire les trois en même temps. Il faut savoir que la plupart des femmes ont une descente du col de l’utérus après un accouchement. Je mettrais ma tête à couper que la plupart des femmes ne sont pas au courant.

C’est pas grave madame, vous apprendrez à vivre avec. Voilà ce que m’a lancé le gynécologue -un homme, évidemment- alors que je pleurais toutes les larmes de mon corps, abrutie par le diagnostic. Vivre avec. Et donc renoncer au sport, à ma féminité et accessoirement, à une vie sexuelle normale. J’avais 32 ans.

Tu commences à me connaître. Cette phrase m’a révoltée. Je me suis réfugiée auprès de ma sage-femme, comme un petit enfant. Je me suis recroquevillée dans son giron, j’ai pleuré, je voulais qu’elle me rassure, qu’elle s’occupe de moi, qu’elle me dise que tout irait bien. C’est ce qu’elle a fait. Elle ne m’a pas lâchée. Elle a compris qu’il m’était physiquement et psychologiquement impossible d’attendre le délai normal d’un mois/un mois et demi pour commencer la rééducation. Alors on l’a commencée immédiatement. Elle m’a dit appris non seulement à réparer totalement mon périnée, mais aussi à le reconsidérer, à le connaître, en prendre soin et le préserver.

Elle m’a appris à comprendre et envisager ce que toute fille et toute femme devrait comprendre et envisager, non pas à 30 ou 35 ans, un bébé dans les bras, assommée par le manque de sommeil et le périnée déjà abîmé, mais à 10, 15 et 20 ans, pour prévenir. Je ne comprends pas qu’aujourd’hui, en 2021, on parle encore si peu de périnée aux femmes. Comme si les destructions qu’il va immanquablement subir étaient une fatalité. Comme s’il était normal qu’une femme ait des fuites urinaires à 40 ans, voire moins pour certaines. Comme s’il était normal de dépenser des centaines de milliers d’euros en remboursements de frais de rééducation, voire d’opération, plutôt que d’en mobiliser une partie en amont, afin de minimiser les dommages par la suite.

Alors aujourd’hui, je vais te parler de périnée.

illustration médicale périnée

Le périnée, c’est comme un hamac. Un hamac qui tapisse le fond de ton bassin et sert de socle à tes organes: vessie, rectum, utérus, mais aussi intestins. Ce hamac s’appelle le périnée profond. Il y a aussi le périnée superficiel, qui entoure ton vagin et tes sphincters, celui-là forme un 8, c’est celui qui entre autre, te permet de contracter ton vagin, ton anus et d’avoir une vie sexuelle satisfaisante. Voilà. On parle d’un muscle essentiel. Fondamental, c’est le cas de le dire. Ce muscle est totalement invisible. Pour le contracter, il faut le mentaliser. Certaines femmes en sont incapables au départ, signe qu’elles n’ont même aucune conscience de l’existence de ce muscle.

Ce muscle, il faut non seulement l’entretenir, mais avant tout le protéger.

Ton périnée avant la grossesse, quand tu es une jouvencelle

Avant la grossesse, ça passe essentiellement par le fait de lui éviter les chocs et les traumatismes. Je t’en ai déjà parlé, je te le redis: tous les sports à impact sont très mauvais. La course à pied en fait partie. Trop de femmes se lancent dans le running sans prendre aucune précaution, en ignorant tout de ses effets délétères sur leur périnée. Or, chaque impact au sol lors d’un footing fait peser sur le périnée trois fois le poids du corps. Je ne te parle même pas de la mode du fitness, avec les squats et les fentes sautés, qui sont une véritable calamité. Je mentionne aussi les abdos de type crunchs, à éviter absolument, même si ta coach préférée sur YouTube te dit que c’est génial pour avoir la tablette. Les crunchs poussent les organes vers le bas à chaque relevé et font subir un véritable massacre à ton périnée.

footing femme

Alors bien-sûr, tu peux faire ce type de sport. Mais pas sans muscler quotidiennement ton périnée à côté. Oui, quotidiennement.

Protéger ton périnée, c’est aussi éviter le port de charges lourdes, et ne jamais pousser en allant au toilettes. Jamais. Si tu as des difficultés à aller à la selle, relève les genoux. Mais ne pousse jamais. Quand tu éternues ou quand tu tousses, essaie de contracter ton périnée juste avant.

Ton périnée pendant la grossesse

Tu es enceinte, superbe nouvelle, la vie est belle. La grossesse est en elle-même un facteur de risque pour le périnée, pour des raisons évidentes. Poids du bébé, du placenta, du liquide amniotique pèsent pendant plusieurs mois, et de façon exponentielle sur le précieux hamac. Il est donc fortement conseillé de contracter ton périnée tous les jours, plusieurs fois par jour pendant la grossesse. Ce sera toujours ça de pris, même si, on l’a vu, ça ne garantit rien.

Ton périnée pendant l’accouchement

Te voilà arrivée à l’accouchement. Grand moment pour ton périnée qui va morfler sa race. Si tu as accouché par césarienne, tu es une veinarde du périnée (certains pays font d’ailleurs de la césarienne le mode d’accouchement automatique, par défaut. Avant, je criais au scandale. Depuis, mon point de vue a largement évolué). Ça ne veut pas dire que tu ne devras pas faire de rééducation, mais ton périnée aura été relativement épargné. Tes abdos, moins, mais c’est une autre histoire.

Il faut savoir que si l’accouchement par voie basse est en lui-même un traumatisme pour ton périnée, plusieurs facteurs peuvent être aggravants: un accouchement rapide et brutal, une macrosomie (un très gros bébé), une déchirure grave du périnée, et plus simplement, le fait que ce soit ton deuxième, troisième, ou quatrième accouchement (et caetera).

femme enceinte illustration

Contrairement aux apparences, tu peux avoir un rôle pour limiter la casse. En poussant correctement. Tu peux pour cela te former auprès d’une sage-femme expérimentée, qui t’apprendra à pousser avec le ventre et les abdominaux plutôt qu’avec le périnée. Le fait d’avoir déjà pratiqué les abdos hypopressifs peut être d’une grande aide dans cet apprentissage.

Ton périnée après l’accouchement

Cette phase est primordiale, et j’enrage de voir que si peu est dit ou fait pour informer les mamans après l’accouchement.

Dans de nombreuses cultures, après l’accouchement, la femme fraîchement « délivrée » reste allongée. Pendant plusieurs semaines. Ce sont les autres femmes qui s’occupent des soins du bébé et de la tenue de la maison. La position allongée est le premier geste curatif post accouchement. J’ai bien dit curatif. Après l’accouchement, c’est comme si tes organes n’avaient plus de filet et se balançaient au-dessus du vide. Donc si tu le peux, fais-en tout simplement le minimum. Oublie le ménage. Mets à contribution au maximum le papa, la tata, les grands-parents, la voisine, la copine. Porte ton bébé le moins possible et évidemment, porte ton bébé dans le cosy le moins possible. Ne porte pas de charges lourdes. Et reste allongée dès que tu le peux. Evidemment, ne cours pas. Oublie le sport, les pleins au supermarché. Ne pousse surtout pas aux toilettes. Eternue et tousse le moins possible.

FAIS. TA. REEDUCATION. Même si c’est un premier bébé. Même si t’as accouché par césarienne. Même si c’est chiant. Même si c’est loin. Même si ton bébé chiale à tous les coups. Même si t’es crevée. Je te conseille fortement de la faire auprès d’une sage-femme plutôt qu’un(e) kiné, et de privilégier dans tous les cas quelqu’un qui ne te mettra pas seulement une sonde dans le vagin (même si ça peut être très utile dans un premier temps pour retrouver une tonicité de base), mais ses doigts. Alors oui, c’est plus gênant. C’est moins confortable. Mais il n’y a que les mains et les doigts d’une sage-femme qui te feront réellement prendre conscience de toutes les composantes de ton périnée et qui te conduiront à une rééducation optimale. De toute façon, après une grossesse et un accouchement, t’es plus à ça près: tu sais que ton vagin peut être un véritable hall de gare.

Ton périnée pour toute ta vie

Ce n’est pas terminé. Evite les sports à impacts. Continue de faire chez toi les exercices appris par ton ou ta praticienne. Tu peux télécharger des applications, tu peux aussi commander des sondes, ou des appareils (boules de geisha , Kegel balls notamment) connectés, vibrants ou non, pour des prix très raisonnables. Les exercices de Kegel sont une bonne base pour entamer puis poursuivre le travail. La Bible de Bernadette de Gasquet peut devenir ton livre de chevet. C’est aussi une manière de mieux connaître et de mieux maîtriser ton intimité. L’effet Kiss cool, c’est que certains appareils connectés peuvent évidemment être utilisés à des fins plus…ludiques.

boules Geisha

La protection de ton périnée doit faire partie intégrante de ta vie. Tu dois le contracter plusieurs fois par jour, dès que tu y penses. C’est comme ta crème hydratante, ou ton brossage de dents. C’est une hygiène de vie.

Non, il n’est pas normal de ressentir des lourdeurs dans le bas ventre après une position debout prolongée. Non, il n’est pas normal d’avoir des fuites urinaires ou une incontinence par impériosité (envie brutale et irrépressible d’aller aux toilettes). Non, il n’est pas normal d’avoir un vagin distendu qui n’offre plus de plaisir pendant les rapports. Non, les femmes ne sont pas obligées de subir et d’accepter tout ça en silence. Sache que tu peux te faire prescrire n’importe quand des séances de rééducation du périnée. Quand tu en sens le besoin. Même à 45 ans. Même si ton bébé ne porte plus de couches depuis longtemps.

Si ça peut te motiver, un périnée en bonne santé est primordial pour une vie sexuelle épanouie (c’est valable pour les hommes aussi d’ailleurs). Ce n’est pas pour rien que les boules de Geisha s’appellent les boules de Geisha.

Aujourd’hui, je n’ai plus aucune séquelle de mon troisième accouchement. Je n’ai jamais eu de fuites urinaires, et mon utérus a repris sa place après des mois d’efforts et d’abnégation. Mais je sais que mon périnée garde une fragilité, comme une cicatrice. Je sais qu’il m’est impossible de le délaisser et de l’oublier. Je sais que je devrai y penser toute ma vie. Je sais qu’il est désormais un compagnon fidèle, qui sait récompenser mes efforts.


15 réflexions sur “Pourquoi tu ne devrais jamais oublier ton périnée

  1. c’est là ou je me rend compte que j’étais hyper bien tombée lors de ma première grossesse, avec une sage femme en or, qui a fait ma préparation à l’accouchement en piscine ( piscine d’un cabinet de kinés) on était en petit groupe. et pour la rééducation, c’était elle aussi, et on retournait dans la piscine ! pas les mêmes exercices tu te doutes ! c’était aussi un moment d’échanges entre mamans, certaines amenaient leurs petits si il ne pouvait être gardé, c’était un bon moment, et je l’ai toujours fait. elle nous avait beaucoup parlé du périnée elle aussi. ma maman a dû se faire opérer d’une descente d’organe à 60 ans… je pense qu’à l’époque de ses grossesses on parlait encore moins de la rééducation du périnée…

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    1. Je connais une amie qui a aussi fait sa préparation et sa rééducation en piscine, elle en garde également de bons souvenirs! C’est super d’avoir pu bénéficier de ces moments, mais c’était du post partum. On devrait nous en parler bien avant…quant à ta maman, je pense que les femmes de sa génération ont dû subir les conséquences de ce tabou bien plus que nous…ma mère a fait des rééducations, mais c’était moins abordé qu’aujourd’hui. Mon ancienne prof de gym et de fitness, une femme musclée comme jamais a dû être opérée à 45 ans d’une descente d’organes (elle n’a jamais eu d’enfant). Elle avait fait trop de crunchs et de sauts. Au Moyen Âge on pendait les femmes tête en bas!!

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  2. Je me souviens qu’à l’époque où j’avais accouché (2008), la rééducation du périnée était au choix du gynéco : il vérifiait le périnée et disait si oui ou non la maman en avait besoin…
    Mais ça devrait être systématique, cette rééducation !
    perso je suis passée par une kiné qui m’a fait faire les exercices avec la sonde mais je l’ai trouvée géniale et très pédagogue, elle m’a beaucoup aidée !

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    1. Il me semble que maintenant c’est systématique (mes gynécologues n’ont jamais vérifié l’état de mon périnée avant de me faire l’ordonnance), par contre de nombreuses femmes estiment ne pas en avoir besoin de leur propre chef. Et oui il y a de très bons kinésithérapeutes aussi sur ce créneau, même si pour ma part j’ai été vaccinée…

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  3. J’ai toujours fait avec beaucoup de sérieux ma rééducation du périnée, et hier soir justement nous parlions boules de geisha et tonicité pelvienne avec les chroniqueuses des fabuleuses au foyer. Le truc à savoir aussi, c’est que le périnée se ramollit à la ménopause et que le risque de fuites urinaires est accentué. Donc ton article est d’autant plus juste : il FAUT entretenir son périnée, pour la santé sexuelle actuelle et future. Les sages-femmes sont les meilleures interlocutrices pour cela.

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    1. Vive les boules de Geisha 😂
      Oui c’est vrai que je n’ai pas parlé du relâchement des tissus avec l’âge et pourtant…des femmes qui se pensent bien loties, ou pas trop amochées peuvent récolter plus tard les effets…tu as raison, on parle de santé sexuelle. Je pense que quand on en a conscience ça change la perspective.

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  4. C’est vrai qu’on ne nous parle de notre périnée qu’au moment du post partum. Et alors la rééducation est un grand moment de solitude quand ta sage femme te tâte le périnée en disant allez on écrase la canette de coca, on fait l’escargot, on sert le tampon…. lol. Mais c’est vrai qu’après ça tu visualises assez bien de quelle manière tu peux le muscler.
    D’ailleurs en lisant ton billet je suis en train de contracter, merci pour ce rappel.

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    1. Oui, on dirait qu’avant il n’existe pas, et quand il est bien défoncé, allez hop, on nous dit enfin tout ce qu’il ne faut pas faire!
      MDR pour ta description des séances! Vachement underground ta sage-femme avec sa canette de coca! Ici c’était plus…bucolique: « Fermez le pétale gauche » « ouvrez l’aile droite du papillon » 😀
      Et de rien pour le rappel, moi aussi je m’y suis remise plus sérieusement depuis l’article 😉

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  5. J’ai fait la rééducation les deux fois, mais ici, contrairement à la France, ce n’est pas systématique. J’en profite pour dire que les hommes aussi en ont un, contrairement à ce qu’ils croient souvent, et l’entretenir est aussi très important pr eux.

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    1. Je savais que la France était assez progressiste sur le sujet, en même temps le taux d’accouchements par voie basse y est beaucoup plus important que dans d’autres pays.
      Pour les hommes: oui c’était le sens de ma phrase et on ne va pas y aller pas 4 chemins pour ceux qui me lisent: un périnée faible chez un homme, c’est des troubles de l’érection et des éjaculations précoces. Voilàààà.

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