Inceste et abus sexuels: informer pour mieux protéger

Pendant longtemps, pendant très longtemps, l’inceste et les abus sexuels ont eu dans ma vie le statut de réalités très abstraites, connues mais évanescentes, pas très bien définies, de ces trucs horribles et inconcevables -attentat, accident d’avion, massacre, viol- qui n’arrivent heureusement qu’aux autres, par autres, j’entends autres lointains, inconnus, sans qu’il y ait des répercussions sur ma propre vie. Et puis un jour, une langue s’est déliée.

J’avais déjà pressenti quelque chose avant que cette personne proche ne se confie à moi. J’en avais même parlé autour de moi, émettant mes doutes, mes soupçons, on les avait balayés d’un revers de main, je voyais le mal partout, c’était évidemment impossible, qu’est-ce que j’allais imaginer. En réalité, à l’époque, cette personne m’avait déjà tendu une perche, mais je n’avais pas su la saisir. Parce qu’il avait fallu du temps pour que la possibilité que ce fût possible s’impose dans mon esprit. Quand ce proche m’a tendu une deuxième perche, je l’ai saisie au vol, je n’ai pas pris le moindre risque qu’elle s’écrase une nouvelle fois au sol. J’ai proféré le mot viol. On m’a répondu que c’était pire. Que peut-il y avoir de pire que le viol? L’inceste. L’inceste pédophile. J’ai pleuré. J’ai eu honte de pleurer, alors que le(la) principal(e) intéressé(e) de versait pas une larme en me racontant l’horreur.

Il (elle) ne m’a pas vraiment dit que je ne devais pas en parler. Alors j’ai lancé le sujet autour de moi. Un appel du pied, une corde jetée en contrebas. J’ai attendu de voir si une main se tendait pour la saisir. J’ai été abasourdie de constater que c’était arrivé à une autre personne extrêmement proche. Que jamais elle ne me l’avait dit. Que jamais elle ne m’avait mise en garde. Que cette réalité, l’inceste, était entourée de honte, de non-dits, de silence, de culpabilité, de traumatisme. Que ce traumatisme, loin de se circonscrire à la seule victime, se transmet, parfois sur plusieurs générations, étale ses ramifications sur les branches de toute la famille, sclérose la communication, exclut certains membres, répand son venin partout.

Le choc de la révélation initiale a eu de profondes conséquences sur ma façon d’élever mes filles. J’étais déjà sensible à la problématique. Je suis devenue hyper vigilante et sur-informée. J’ai glané, accumulé des informations que j’ai fait ruisseler sur mon mari, le haranguant, l’interpellant parfois violemment sur la nécessité de se réveiller, parce qu’il a trois filles, parce qu’il doit ouvrir les yeux et cesser de croire que je déforme la réalité par anticipation, parce que la seule personne dont on puisse se garantir, c’est soi-même.

Je me suis construit mes propres garde-fous, pour protéger et sûrement sur-protéger mes enfants. Jamais je ne les enverrai seules en colonie de vacances, ni en séjour linguistique. Jamais je ne les laisserai seules avec un adulte, fût-il un animateur, un ami de la famille, un père de copine ou un oncle. Je suis extrêmement réticente à les laisser dormir ailleurs. Je me suis mise à voir de potentiels abus partout. Et surtout pas ailleurs. Aujourd’hui, je sais que le danger n’est majoritairement pas du côté d’un Marc Dutroux ou d’un Michel Fourniret. Figures emblématiques du violeur d’enfant qui, j’en suis certaine, ont traumatisé ma génération, qui a suivi en temps réel, heure par heure, minute par minute, le dénouement de l’abjection suprême, figures qui ont imprimé dans son esprit un archétype du mal, du danger, projeté dans l’espace lointain, dans l’inconnu, dans le rapt et la disparition, alors que le véritable péril est le plus souvent là, tout près, dans l’intime, le connu et le tangible, ce sur quoi parfois on porte des yeux bien ouverts, mais totalement aveugles.

Je ne pourrai jamais tout maîtriser, tout contrôler et tout surveiller. Il ne s’agit pas non plus d’enfermer mes filles dans ma propre crainte de ce qui pourrait un jour arriver. Alors j’utilise la seule arme qui puisse avoir une certaine efficacité face au pervers: l’information. J’informe mes filles, pour qu’elles puissent reconnaître, identifier l’abomination si un jour elle se présente à elles. Pour que des signaux d’alerte puissent s’activer dans leurs esprits, pour qu’elles puissent pointer l’anormal, et surtout en parler, réagir et se protéger.

Je leur parle de leur sexe. Je nomme leurs parties intimes par leur vrai nom. Je décris précisément ce qu’est un viol ou un abus sexuel, ce qu’on touche, ce qu’on pénètre, ce qu’on montre ou ce qu’on rentre quand il y a viol. Je leur explique que le danger est davantage dans la sphère proche que dans la possibilité qu’un inconnu leur demande de monter dans sa voiture (Fais attention. N’ouvre pas la porte à un inconnu. Ne monte pas dans la voiture d’un inconnu. Assertions qui ont bercé mon enfance, injonctions que je connaissais par coeur et appliquais doctement. Assertions qui ne m’auraient servi strictement à rien si un grand-père ou un cousin avaient abusé de moi). Je leur explique que les secrets entre les adultes et les enfants n’ont pas lieu d’être. Que si un jour, on leur dit n’en parle pas (à tes parents), sinon…une lumière rouge doit immédiatement clignoter dans leur cerveau et qu’il faut alors faire l’exact contraire de ce que le pervers leur intime de faire. Que nous les croirons toujours, que nous serons toujours là pour les protéger. Que la sexualité est quelque chose de merveilleux, mais strictement réservée aux (jeunes) adultes consentants. Je leur explique la notion de consentement. Je leur lis des livres, je passe par des bandes-dessinées, des articles, pour varier les formulations, les façons de dire et de désigner une même réalité.

L’inceste est un poison. Un poison qui détruit la victime, imprime son empreinte venimeuse sur elle pour le reste de sa vie, modifie son rapport au corps, aux autres et à la réalité. L’inceste est une chaîne, dont chacun tient un maillon, le fait tourner et cliqueter entre ses doigts, parfois on ajoute un anneau, parfois on en retire un, c’est une chaîne froide, silencieuse, violente et insensible, qui enserre et qui étrangle, c’est une chaîne qui emprisonne, c’est une chaîne qu’on peut briser, avec la puissance des mots. Les mots qui révèlent, les mots qui dénoncent, les mots qui préviennent, les mots qui éclairent, les mots qui libèrent, ou pas, les mots contre le silence.

#Meetooinceste.

26 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Chatelain dit :

    Merci L pour cet article qui me touche profondément, particulièrement et personnellement… J’aurais aimé que mes parents m’en parlent de manière aussi transparente et déculpabilisante que tu le fais ! Je suis comme toi, je verrouille énormément, j’y pense tout le temps et informe régulièrement. Cela choqué mon conjoint les termes utilisés ou les thèmes abordés mais je ne peux m’imaginer les offrir à la perversité potentielle par manque d’information…
    Je me suis vue un jour, dans la voiture, en route pour Montparnasse d’où partait la colo, me retourner et dire « Et si un animateur ou qui que ce soit vous touche, vous hurlez, vous partez et vous parlez ! » Ce n’etait pas forcément le bon moment, ni très rassurant mais je n’ai pas pu m’en empêcher !
    Ma réalité m’a rattrapée cette année, à 43 ans, et oui c’est de notre devoir de faire en sorte que ce ne soit jamais la leur !
    Bravo, tu es une super amie, une super maman, et une super écrivain ! continue comme ça, tu nous fais du bien

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    1. De rien Morgane. J’en parle de façon très transparente, oui, déculpabilisante, sûrement, mais peut-être aussi anxiogène. Mais sur ce sujet, je préfère pécher par excès que par défaut.
      Les spécialistes disent qu’il faut en faire un discours de fond, distillé sur le long terme, pour éviter justement les associations colo = danger, dormir chez une copine = danger (je te rassure, j’ai fait la même que toi!)
      Pour le reste, on en a parlé par sms, on en reparlera…je suis persuadée que c’est par une parole circulant plus librement que les choses pourront changer en profondeur, dans les mentalités et dans la loi.

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  2. mamoundines dit :

    Sujet difficile mais pas impossible. Ni impossible que ça arrive à nos enfants, ni impossible de leur en parler en amont pour que, comme tu le dis, la petite lumière rouge s’allume dans leur tête et qu’elles ou ils se disent « alerte ».
    J’avoue avoir parfois pensé que ça pourrait leur arriver en allant dormir chez l’une ou l’autre. Ça arrive rarement mais ça arrive. Je ne suis jamais allée dans le détail comme tu l’as fait mais ça ne me choque pas. L’important c’est d’en parler et que les enfants sachent venir nous en parler si besoin. Qu’ils sentent que ce n’est pas tabou comme sujet de conversation.

    Merci pour cet article!

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    1. Oui, bien-sûr, il est impossible de se prémunir de tout risque et de tout évènement. Mais je suis incapable d’avoir un comportement simplement vigilant et détaché sur le sujet. Je suis une véritable Cerbère, et je suis persuadée « qu’en parler » ne suffit pas, justement parce que l’inceste n’est pas un « simple » viol et qu’il met en jeu des mécanismes d’emprise et de non-dits très puissants, justement parce qu’il se déroule dans le cadre de la famille, avec ses conflits de loyauté. Il faut aller à la pêche aux infos. Régulièrement interroger ses enfants sur le sujet. Partir du principe qu’ils ne disent rien parce que tout va bien, ce n’est pas suffisant (la preuve, les victimes se taisent pendant des dizaines d’années).

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      1. mamoundines dit :

        Oui je suis d’accord avec ça et à croire que les astres t’ont entendu : un des animateurs de l école des enfants m’a demandé si je voulais bien intervenir auprès d’enfants de 8-12 ans sur ce sujet. Vulgarisation de sujet bouillant? J’ai dit oui of course! Je viens juste de terminer un sujet sur le harcèlement que je dois présenter à des collégiens cette semaine. Autant continuer sur ma lancée.
        Du coup, ta biblio m’intéresse qu’elle soit pour adulte ou enfants. Quels sont les livres que tu me recommandes, que tu valides sur ce sujet? Merci!!!

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      2. Oh trop bien!! Il sait que tu es psy? Tu m’étonnes que tu aies dit oui, tu es et a été dans cette démarche de vulgarisation sur d’autres sujets, c’est tout naturel que tu poursuives dans cette voie!

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      3. mamoundines dit :

        je ne peux pas répondre à ma réponse alors je réponds là. Je viens de lire ton commentaires suivant avec les réf bibliographique. Du coup je vais regarder ça attentivement. Merci ^^

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      4. De rien 😊 pour la primaire les livres de Bayard sont vraiment géniaux!

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  3. Fredjs dit :

    Bonjour,
    Article très intéressant et j’aurai justement deux questions :
    A partir de quel âge dire quelle chose ?
    Sur quel livre/article/document t’es tu appuyé pour t’informer/les informer ?
    Merci d’avance pour tes réponses

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    1. Merci beaucoup pour ton retour. Selon moi, il n’y a pas d’âge. Dès que l’enfant est en capacité de comprendre, lui expliquer que personne n’a le droit de lui toucher les parties intimes (avec les mots appropriés à cet âge), que son corps lui appartient, et que personne n’a le droit de le toucher. Plus tard, élargir le vocabulaire, faire prendre conscience de l’éventail des risques et des stratégies utilisées par les pervers (faire croire que c’est de l’amour, faire croire que tout le monde fait ça, mettre l’inceste sous le sceau du secret…). Très important aussi: la notion de consentement. Le silence vaut un non. Le silence vaudra toujours un non. Un consentement, c’est un oui éclairé et assumé.
      Côté livres, pour les plus grands (6/10 ans), je te conseille l’excellente série déclinée chez Bayard « Le petit livre pour dire « stop aux violences sexuelles faites aux enfants » et « le petit livre pour dire non aux abus sexuels » qui présentent sous forme de petites BD un ensemble de situations possibles, les réactions que peuvent avoir les enfants et les aides à aller chercher.
      Pour les plus petits, tous les albums qui traitent de l’intégrité physique: « ça suffit les bisous », « qui s’y frotte s’y pique », « petit doux n’a pas peur… ».

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      1. Fredjs dit :

        Merci beaucoup

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  4. Merci pour cet article que je viens à l’instant de classer dans mes « favoris » et y compris pour la liste des ouvrages conseillés. Louloutte a 5 ans et il est temps je pense d’aborder ce sujet avec elle.

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    1. Merci Cécilia pour ce retour et oui, il faut commencer tôt, les pédophiles, eux, n’attendent pas…

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  5. Cindy dit :

    Coucou L. !
    Merci pour ce message courageux et digne qui vient traiter d’un sujet tellement délicat. J’ai deux filles et autant de possibilités qu’elles croisent un jour un ou des pervers dans leur vie. Je t’avoue ne pas avoir encore abordé le sujet avec elles. Mais ton article agit ce soir comme un électrochoc. Comme quelque chose d’évident voire d’urgent. Il m’a rappelé ce film « Les chatouilles » qui m’avait mise face à l’indicible, l’impensable. Je prendrai le temps et choisirai les mots pour le dire à mes filles. Je te remercie pour ce bel article. Bien à toi. Cindy

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    1. Merci Cindy d’être toujours là après plus de 10 ans de blogging. Quel bonheur de continuer de te lire ici!!
      Statistiquement, en effet, les filles sont plus exposées, même si le fait d’avoir un garçon ne protège en rien des abus. Je suis sûre que tu sauras trouver les bons mots, de plus en plus de livres et d’articles nous y aident. J’avais vu la pièce de théâtre de laquelle Andréa Bescon a tiré son film. A l’époque, je ne savais encore rien de ce que ce proche m’a avoué. J’avais fini debout dans les gradins, en larmes, aux côtés de Morgane qui a écrit plus bas. Ce genre d’œuvre est nécessaire, salutaire, tout comme celle de Camille Kouchner.
      A très bientôt Cindy ❤️

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  6. Merci pour cet article, courageux. Le problème principal de l’inceste est l’emprise, comme tu le réponds à une commentatrice. Emprise qui fait que très souvent il n’y a ni violence, ni menace, ni demande de silence. C’est si honteux que le silence est automatique. A mon avis, la prévention valable pour les abus sexuels « extérieurs » n’est pas trop applicable à l’inceste. Car se retourner contre un auteur d’inceste, c’est se retourner contre sa famille, donc contre soi : dénoncer un auteur de faits incestueux c’est détruire sa structure familiale, et c’est un choix atroce qui s’offre aux victimes et potentielles victimes.
    Je vois qq moyens de prévention : dopper la confiance en soi des enfants, car les abuseurs ne s’attaquent pas à n’importe qui; et verbaliser clairement l’interdit de l’inceste avec les enfants : on n’a pas de rapport sexuel ou de contact sexuel, ou d’attouchement / baiser sur la bouche avec une personne qui a un lien familial avec soi, point final. C’est interdit et c’est la règle des humains. Très souvent, l’inceste n’est pas verbalisé dans les familles.

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    1. Je te rejoins totalement pour la description des mécanismes de l’inceste et également pour le fait de doper la confiance des enfants (tout comme pour le harcèlement): les pervers ne s’attaquent pas aux enfants informés et qui savent se défendre.
      Quant à l’interdit de l’inceste, tu as encore une fois tapé dans le mille: il est trop peu désigné en tant que tel, mais pour moi, la faute se trouve aussi du côté de la société et du législateur…quand tu apprends qu’une relation entre cousins n’est pas considérée comme incestueuse, tu comprends qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire pour mieux définir, prévenir et punir ce type d’abus.

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  7. Cynthia dit :

    On entend ce sujet qui tourne en boucle en ce moment et ce n’est qu’en lisant ton billet que je me rends compte que je n’en ai jamais vraiment parlé à Valentine. On tourne autour du sujet parfois mais on ne le touche jamais. Et bien je vais réfléchir à la manière d’aborder la chose avec elle mais aussi avec Maxence. C’est vrai qu’il est difficile de voir le danger quand il vient d’une personne en qui on a confiance. Donc merci pour cet éclairage et ce rappel.

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    1. Merci Cynthia pour ton retour! J’ai rebondi sur l’actualité en vile blogueuse que je suis, mais franchement, ce sujet est quasi constamment présent à mon esprit. Tu as raison, il ne faut pas se contenter de tourner autour du pot.
      On considère que 2 à 3 enfants sont touchés par classe. J’avais souri de façon amère en lisant certains commentaires de l’actualité « oh, moi et ma femme en avons discuté, ni l’un ni l’autre ne connaissons de victime, tout ce tapage est vraiment exagéré ». Si l’on ne connaît pas de victime dans son entourage, ça ne veut pas dire qu’il n’y en a pas. Ça veut juste dire qu’on n’est pas (encore) au courant.

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  8. Miss Zen dit :

    Merci pour ce billet. Et je me rends compte que c’est un sujet que je n’ai pas assez abordé avec mon fils. Du coup je te remercie aussi pour tes recommandations de lecture. Merci !

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    1. Merci pour ton retour! Ce n’est pas naturel d’en parler. Les tabous, la sensation que ça concerne les autres, le manque d’information et de billes, le manque d’occasion, la peur d’entacher leur innocence…c’est loin d’être évident!

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  9. J’ai lu ton article sur l’inceste tout à l’heure. J’ai écrit aussi quelques phrases sur ça sur Instagram récemment car je m’étonnais de cet « engouement » soudain, que je sais être lié à l’actualité. Cet engouement est important mais il m’agace un peu car quand, par exemple, Charlotte Pudlowski a sorti à l’automne le podcast « Et peut-être une nuit… », les gens s’exclamaient « c’est un sujet important mais moi je ne suis pas capable d’écouter ça ». Dans un article, récemment, j’ai lu qq chose comme « ce n’est pas la parole qui s’est libérée, c’est l’écoute, car les victimes parlaient, mais personne ne les écoutait ».

    Ton article est essentiel et j’espère qu’il fera réagir tes lecteurs; je voudrais juste mentionner que je trouve que ça fait plus écho à la dimension de viol sur mineur, à la pédophilie, qu’à l’inceste. L’inceste a cette dimension très particulière qui est de se passer dans la sphère familiale. Ce sont des viols commis par des personnes en qui les enfants ont théoriquement confiance, qu’ils aiment. C’est ce sur quoi s’appuie l’emprise. Bien sûr quelque part c’est une dynamique qui peut se retrouver dans le cadre d’un entraîneur qui abuse des enfants qu’ils entraînent, comme on a pu retrouver ces dernières années dans l’actu, puisque les liens sont certainement assez proches dans ce cas de ceux qu’on peut avoir avec un père par exemple. Mais si tu prends l’exemple d’un père de famille qui abuse d’une de ses filles, les profilages ont montré qu’il ne va généralement pas s’en prendre à une amie de sa fille par exemple. C’est toujours en raison de cette emprise, et de ce lien sur lequel ces violeurs incestueurs jouent, et qui ne peut pas fonctionner sur une étrangère.

    J’ai par contre un peu ton approche, j’essaie de marteler ce qui ne se fait pas, de sur-informer mes enfants. J’ai une espèce de politique du « tous coupables », qui fait que je ne fais confiance les yeux fermés à personne (à aucun homme, soyons honnête), à commencer par les gens de ma famille. Je confie les enfants, mais non sans avoir rappelé avant que personne n’a le droit de les toucher sauf elles-mêmes. Au-delà de l’acte, il y a le traumatisme du silence, de ne pas pouvoir se confier, de ne pas pouvoir être entendu, qui est parfois pire que l’acte lui-même. J’essaye d’ouvrir au maximum le dialogue, et comme toi d’aller à la pêche aux infos.

    Quant aux colos, aux pères des copines, il n’y a pas plus de risques qu’ailleurs. Il n’y en a pas moins non plus. Personnellement, dans les autres familles, ce sont les ados dont je me méfie. En tout cas, merci pour ton article, c’est une bonne piqûre de rappel.

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    1. Comme prévu Lexie j’ai copié-collé ton mail ici. Il m’a amenée à modifier le titre de mon article, car dans la foulée de PRGR tu re-précises des choses que je n’ai pas forcément voulu creuser dans mon article (j’en parle, mais de façon plus vague qu’elle et toi l’avez fait). J’ai voulu dans mon article mettre l’accent sur la prévention. Elle est plus complexe quand il s’agit d’inceste, mais je reste persuadée qu’un discours de veille bien implanté, des discussions sans tabous protègeront tout de même un peu plus nos enfants que pas de discours du tout.

      Quant au fait qu’il faille se méfier des ados au même titre que les adultes, je te rejoins et abonde, on en a parlé en privé.

      Je pense que l’engouement dont tu parles a justement lieu parce que les gens aujourd’hui sont « mûrs », mûrs pour écouter comme tu le dis si bien, les mouvements précédents et notamment #meetoo ont déblayé le terrain, rendu la prise de parole non seulement possible, mais acceptable. J’ai lu un article du Monde hier qui disait que lorsqu’en 1985, une émission de radio connue avait abordé le thème de l’inceste pour le dénoncer, des pères de famille outrés avaient appelés l’antenne, revendiquant des relations sexuelles avec leurs propres filles et s’indignant que l’on veuille « s’immiscer dans la vie privée des gens » et être des « peine à jouir ». On ne peut que constater et se réjouir grandement de l’immense chemin parcouru en 35 ans.

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  10. 3kleinegrenouilles dit :

    Merci pour cet article qui me touche particulièrement car une amie vient de dénoncer ce qu’elle a vécu, d’oser faire changer la honte de côté. J’aborde régulièrement ce thème difficile avec mes enfants, avec mon fils comme avec mes filles.

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    1. Merci pour ton retour, cette démarche est exactement ce que tu décris: faire changer la honte de camp. Mais malheureusement, la honte, la mauvaise estime de soi poursuivent très longtemps les victimes, même après des aveux…

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