Pourquoi vous devriez tous lire et offrir « Les joies d’en bas » sur le sexe féminin

J’ai de la chance: j’ai une super binôme au travail. Elle est plus âgée que moi, a donc plus d’expérience et avec elle, je parle régulièrement de sexe, relativement sans tabous. D’ailleurs je ne sais pas si t’as remarqué, on a une facilité à parler de sexe avec certaines personnes, et pas du tout avec d’autres. Bref, au détour d’une conversation, cette collègue m’a conseillé un livre qui s’appelle Les joies d’en bas (éditions Acte Sud). Je l’ai lu. Toutes les femmes devraient le lire. Tous les hommes devraient le lire. Tous nos ados devraient le lire. Voici pourquoi.

Ce livre a été écrit par deux étudiantes en médecine norvégiennes, qui, après avoir tenu un blog sur la sexualité des femmes pendant plusieurs années, ont été saisies par le nombre de carences informationnelles sur le sujet, par le nombre de demandes de femmes en recherche d’éclairages, et par le nombre de fausses informations circulant (encore) sur l’appareil génital féminin.

Je ne sais pas s’il y a des lecteurs à tendance complotiste présents ici, mais je précise tout de suite: NON, ces femmes ne sont pas vendues aux intérêts des lobbys pharmaceutiques, non, on ne les a pas fait passer d’office leur quatrième année de médecine pour faire circuler tel ou tel message dans leur livre, elles ne se sont pas non plus corrompues auprès des laboratoires, bref, ce sont des femmes instruites, médecins en devenir qui ont voulu vulgariser leurs connaissances accumulées au fil des mois et des années. C’est accessible, drôle et salutaire.

Les joies d’en bas: l’appareil génital

Tu y apprendras que l’hymen, et donc la virginité, sont des mythes (pour lesquels on tue encore chaque jour des femmes dans le monde), qu’il existe des tas d’hymens différents et que plus de la moitié des femmes n’ont pas saigné, ne saignent pas et ne saigneront pas à leur premier rapport (j’en fais partie, je croyais être une exception, je me situe en réalité dans la majorité).

Tu y apprendras également que le point G n’existe probablement pas, que l’orgasme vaginal exclusif non plus, et que le véritable instrument de plaisir de la femme est évidemment le clitoris. Il te sera décrit en long, en large et en travers, comme pour rattraper tous les cours d’éducation à la sexualité où il a été placé (volontairement) sous silence. Tu sauras qu’il s’agit non seulement du point le plus sensible du corps féminin, mais que son jumeau, le gland du pénis (puisque clitoris et pénis sont issus du même bourgeon génital) innervé en même quantité, a la malchance d’être moins sensible, puisque ses cellules nerveuses à lui sont réparties sur une plus grande surface. Dans sa tronche.

Tu y apprendras que la femme est l’une des seules espèces au monde à avoir ses règles, avec quelques autres malchanceuses comme une espèce endémique de chauve-souris. Les règles en soi ne sont pas une nécessité pour procréer. Ballot, hein? Les autres espèces fabriquent de l’endomètre uniquement après fécondation, nous, on en fabrique tous les mois comme des connes au cas où, la plupart du temps pour rien. Youhouhou. Tu sauras pourquoi dans le livre.

Les joies d’en bas: la sexualité

Tu sauras qu’en matière de sexualité, il n’y a pas de norme. Que la norme est ce qu’on en fait. Que les rapports d’un soir avec un inconnu sont très souvent merdiques et qu’il est très rare de déclencher un orgasme à cette occasion. Qu’il est tout à fait normal de faire moins l’amour avec un partenaire de longue date et que la moyenne des rapports se situe, dans le monde entier, non pas autour de trois ou quatre rapports par semaine comme on peut le lire sur de nombreux sites, mais plutôt un voire deux grand grand maximum.

Tu apprendras que si chez les hommes, le désir pré-existe à l’acte sexuel (les hommes ont globalement envie de faire l’amour, on parle du type « spontané »), plus de 30% des femmes ne ressentent jamais de désir sexuel (elles n’ont jamais envie de faire l’amour, mais ont des rapports sexuels tout à fait satisfaisants, voire jouissifs une fois qu’elles sont lancées, on dit qu’elles sont de type « réactif »), et qu’encore 30% oscillent entre les deux, elles ressentent parfois du désir, mais fonctionnent aussi régulièrement sur le type réactif. Et pan. Donc le mythe de la femme anormale parce qu’elle n’a jamais envie de son homme, ou de la femme frigide parce qu’elle n’a jamais envie de faire l’amour en prend aussi pour son grade. Dans nos sociétés, trop de paramètres sont encore envisagés selon le strict point de vue masculin. Si les hommes ont un désir spontané, les femmes devraient en avoir aussi. En réalité, le désir réactif est un mode de fonctionnement chez de nombreuses femmes, non une maladie ou une infirmité qu’il faudrait régler ou combattre à tout prix.

Tu découvriras qu’en 1740, le médecin de la reine elle-même lui conseillait d’utiliser son clitoris pendant les rapports amoureux, et que c’est Freud qui a flingué tous nos acquis en Occident en faisant circuler l’idée idiote, mais opportunément dominante, que les femmes qui maniaient le clitoris était des névrosées, hystériques ou folles, bloquées à l’âge immature d’adolescente et qu’une « vraie » femme devait tirer son plaisir uniquement de la saine pénétration. La reconquête du clitoris a commencé et se poursuit lentement.

Les joies d’en bas: la contraception

Tu sauras que si la mode est à la « détox hormonale » et à la contraception naturelle, la prise de température et autres méthodes hasardeuses de contraception ont un taux de ratés assez effarant et que les deux auteures les déconseillent purement et simplement (une ovulation peut « bouger » sous le coup d’un stress, d’une maladie), que la méthode de contraception la plus sûre au monde reste l’implant hormonal et que la pilule est très injustement décriée.

Plus largement, et malgré l’hystérie ambiante que de mon côté, je mets un peu dans le même sac que celle des anti-vax, les auteures écrivent un véritable plaidoyer en faveur de la contraception hormonale: elle protègerait contre les cancers les plus répandus chez la femme (côlon, ovaires et endomètre), donne des règles moins douloureuses moins longues et réduit ainsi le risque d’anémie, protège des infections gynécologiques, diminue le risque de tumeurs bénignes du sein et est un excellent médicament contre les ovaires poly-kystiques et l’endométriose. Cette liste doit être gardée en tête à une époque où l’on présente la contraception hormonale, dont la pilule, comme l’ennemie des femmes.

A titre personnel, je souffre du syndrome des ovaires poly-kystiques. Je suis -évidemment- sous pilule, l’ai prise en connaissance de cause grâce (oui, grâce) aux conseils de ma gynécologue, la prendrai probablement jusqu’à la ménopause, et je suis ravie que cette dernière diminue mes risques de développer: un cancer des ovaires, un cancer de l’endomètre, une insulino-dépendance pouvant déboucher sur un diabète de type II, l’acné, les règles irrégulières, avantages potentiels (excepté la lutte contre le diabète) que produit d’ailleurs la pilule sur tout type de femme, qu’elle ait ce syndrome ou non.

Si je mets l’accent sur cette partie du livre, ce n’est pas pour décrier les autres méthodes de contraception, mais bien pour réhabiliter une méthode injustement clouée au pilori. Rappelons qu’être enceinte occasionne bien plus de désagréments (relâchement du périnée, hémorroïdes, vergetures, prise de poids, risque de phlébite décuplée…) que la simple prise de contraception hormonale sur toute une vie.

Les joies d’en bas: la question de la fausse-couche

Personnellement, je n’ai jamais attendu les trois mois supposément règlementaires pour annoncer mes grossesses. Je partais du postulat que si je perdais un bébé, je serais de toute façon tellement ébranlée que je ressentirais de façon certaine le besoin d’en parler à mes proches, voire à des moins proches. Et que perdre un enfant n’a rien d’un échec qui doit être caché.

Mon choix semble rejoindre la position des auteures: selon elles, attendre systématiquement les fameux trois mois ou en tout cas faire croire que c’est la norme à adopter revient à valider qu’aux yeux de la société, la fausse-couche est un évènement potentiel honteux, qu’on doit en ressentir de la culpabilité, qu’on doit cacher son chagrin, ne pas en faire porter le poids aux autres, montrer un visage combatif. Elles saluent à ce titre toutes les initiatives des célébrités (très récemment, c’est Meghan Markle qui a fait part de sa fausse-couche) qui contribuent à lever le voile sur un phénomène courant. La règle des trois mois, partant d’une bonne intention (ne pas rajouter l’exposition à la douleur) cultive les préjugés au lieu de normaliser l’existence du phénomène dans l’espace public.

C’est moi qui ai choisi de mettre en exergue ces passages du livre, parce qu’ils ont fait particulièrement écho en moi. L’ouvrage aborde bien d’autres thèmes, allant de l’identité sexuelle à l’excision, en passant par les douleurs de règles et les maladies sexuellement transmissibles. Ce livre dépasse les thèmes qu’il embrasse et se veut rassurant, tout sauf partisan: il s’agit d’une véritable Bible d’éducation sexuelle, à mettre entre toutes les mains des femmes, des hommes et des adolescents, pour leur apprendre à connaître, respecter et aimer la merveille que constitue l’anatomie féminine.

A aimer le sexe au féminin.

16 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Je l’ai déjà lu. Très intéressant en effet. J’ai bien qq objections dont je te ferai part quand j’aurais lu ton article (je me suis arrêtée au chapeau, en bonne professionnelle des réseaux sociaux). A+😜

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    1. Mais toi t’as tout lu ma parole!! 😂 J’arrive jamais à te prendre par surprise! Hâte de lire tes objections (t’as toujours de bonnes objections)! A+ 😜

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  2. Cynthia dit :

    Ça a l’air intéressant, et les points que tu soulèves sont tellement vrais. Je me dis souvent qu’il vaut mieux naître homme, ils ont beaucoup moins de pression que les femmes !
    Tu as raison, tout le monde devrait être averti sur ces sujets.

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    1. Dans notre monde, tout est pensé par et pour les hommes. Jusqu’à la taille des smartphones, adaptés pour une prise en main masculine. Les sièges de voiture. Alors le sexe, cette chose à la fois intime et publique qui contribue entre autre à gouverner le monde??
      Je vais refiler le livre aux filles quand elles auront…disons…13 ans? 😉

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  3. maman délire dit :

    intéressant ! c’est vrai que je me suis parfois demandé comment ça se passait pour les animaux type chien ou chat , je pensais que les femelles avaient leur règles mais que je ne le voyais pas.. ( vu que je n’en ai jamais eu !) ( et en même temps que j’écris je réalise que j’ai eu 2 femelles cochons d’inde sous mon toit pendant 4 ans !!!!) moi aussi j’ai eu les ovaires polykystiques, et on m’a mis sous pilule à l’époque pour ça et pour la contraception aussi bien sur. j’ai arrêté la pilule vers 38 ans je crois, car effectivement je ne voulais plus prendre d’hormone ( après près de 15 ans de pilule) . il faut dire que ma collègue de bureau qui avait fait une embolie pulmonaire ça m’avait refroidi.. la pilule s’est très bien, il faut juste prendre en compte le ratio risque / bénéfices, surtout quand on a un terrain génétique à risque. moi je n’en avais pas.. bref, j’ai quand même été heureuse de cet arrêt, et moi qui n’avais jamais de cycle ni de règles à 25 ans, j’ai retrouvé un cycle tout a fait classique depuis… fou non ? mes ovaires ont donc retrouvé un fonctionnement normal une fois que je ne cherchais plus à procréer … mmmm.. maintenant, j’attends de voir ce que donnera la prochaine étape, la ménopause !! bref, je vais peut être bien l’acheter ce livre, et l’offrir à ma fille ! ( mon fils je vais attendre un peu, il veut déjà pas lire zizi sexuel… :-))) )

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    1. Moi je ne m’étais jamais trop posé la question non plus pour les animaux, je me disais aussi qu’ils saignaient et puis voilà, ils s’essuyaient sur des feuilles et ça se voyait pas 😂😂😂

      Pour la pilule tu as bien pointé l’enjeu: bénéfices/risques. Exactement comme pour les vaccins. Et quand on souffre des SOPK, la balance est clairement du côté des bénéfices. Le cancer des ovaires guette avec cette saloperie.
      Et moi aussi, j’ai retrouvé des cycles normaux après 2 enfants! Pour la conception de la dernière, j’ovulais tous les mois, les trucs qui ne m’était jamais arrivé de ma vie!! Par contre attention Sophie, parce que les miens d’ovaires sont encore couverts de kystes malgré tout…(j’avais espéré mais nan…)alors garde tout ça sous surveillance rapprochée 😉

      Moi aussi je vais donner ce livre aux filles en tant voulu. J’aurais eu un garçon je le lui aurais collé dans les mains aussi. Zizi sexuel ❤️😂

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  4. Miss Zen dit :

    C’est effarant toutes ces idioties inventées pour culpabiliser les femmes, leur faire peur, leur faire perdre confiance….

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    1. N’est-ce pas? Le sexe a été et est encore un moyen de contrôler et de dominer les femmes.

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  5. Alors oui, effectivement, ce livre est très intéressant et mon mari l’a lu également avec beaucoup d’intérêt (bon, en fait, il a quand même choisi ce qui l’intéressait le plus : la libido féminine). C’est un excellent guide, très complet, qui apprend beaucoup de choses.

    Mon objection principale provient justement du parti pris pour la contraception hormonale. Je comprends bien qu’avec un SOPK, la contraception hormonale pour toi est un traitement médicamenteux autant qu’une contraception. C’est un cas où c’est totalement approprié. Mais je trouve curieux la façon dont les autrices balayent l’effet sur la libido féminine. Les femmes, par milliers, se plaignent d’une libido annihilée par les hormones. Ce qui n’est pas étonnant puisqu’on empêche l’ovulation et que le désir chez les femmes est lié à l’ovulation. Même si nous ne sommes pas des chiennes (au sens femelle animale, hein), l’effet lié à l’ovulation reste présent même si le désir est en grande partie cérébral. MAIS étant donné que les hormones sexuelles agissent directement sur le cerveau, je trouve ça un peu léger d’évacuer cette problématique en disant qu’aucune étude ne l’a jamais prouvé. Cette partie ne m’a pas du tout convaincue.

    Après évidemment aucune méthode contraceptive n’est idéale et toutes demandent un effort. Je trouve juste que la contraception hormonale est une contrainte extrême pour la femme. Je l’ai prise très peu de temps et j’ai réussi à l’oublier plein de fois avant de l’arrêter sauvagement en plein milieu de la plaquette. Mais sûrement, certaines femmes s’en accommodent mieux.

    Concernant les méthodes naturelles, bien que j’ai été tentée je n’ai jamais sauté le pas car l’idée de passer ma vie le nez au fond de ma culotte à scruter mes pertes vaginales ne m’a jamais enchantée. Et puis la vérité m’oblige à constater que toutes les personnes de ma connaissance pratiquant ces méthodes ont des familles très nombreuses ;-p

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    1. Je vais relire le chapitre (car il me semble qu’elles parlent de libido) et je reviens 😁

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    2. Bon, j’ai relu le chapitre en question et pour une fois je ne suis pas d’accord avec toi: je ne trouve pas que la question de la libido soit balayée, les auteures y consacrent 4 pages, essentiellement pour dire qu’effectivement, il n’y a aucune étude sérieuse sur le sujet et que les « ressentis » des femmes ne sont pas suffisants pour établir une relation de cause à effet. On peut le regretter et y voir encore une fois le peu d’intérêt que la recherche porte aux causes féminines…de mon côté je sais aujourd’hui que ma libido n’est absolument pas liée à ma prise ou non de pilule, mais à mon état mental et fanstasmatique, qui varie en fonction du stress, de la fatigue, de la disponibilité et de la richesse de ma vie extérieure et sociale. Beaucoup de choses qui n’ont rien à voir avec les hormones. Je les rejoins quand elle disent que l’état psychologique joue sûrement autant que les hormones sur le désir. Mais tu as raison, la question mériterait d’être creusée.

      Et je suis d’accord avec toi sur le fait qu’une contraception, pour être efficace, doit nous convenir, à la fois côté bénéfices/risques et côté pratique. Si j’ai apprécié de scruter le fond de ma culotte quand je cherchais à avoir un bébé, tu te doutes qu’aujourd’hui, j’ai d’autres chats à fouetter 😉

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  6. Merci pour ton commentaire qui me permet de découvrir ton article. Ce livre a l’air passionnant pour tous en effet! Il est temps que les femmes puissent s’exprimer sur le sujet, un sujet qui les concerne tout autant que les hommes.

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    1. Il l’est, et vraiment accessible! Tu as raison, il faut que les femmes s’emparent de la question, elles en ont été spoliées trop longtemps!

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  7. Ariane dit :

    Noté sur ma liste donc, merci ! Là, je suis sur les Enfants de minuit ! 😉

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    1. Ariane, je te conseille également « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur », véritable petit bijou de sensibilité et d’écriture, que je viens de terminer! Mais aussi les 3 livres de Mona Chollet (Beauté fatale, chez soi et Sorcières: la puissance invaincue des femmes). Tu aimes les enfants de minuit?

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