Coquille: la tradition de Noël cht’i qui me manque en Ile de France

L’un des souvenirs les plus emblématiques de mon enfance en période de Noël, c’est la coquille (« du Nord » pour les « étrangers », coquille tout court pour les autochtones).

Une sorte de brioche à « trois ventres », symbolisant un bébé emmailloté, qu’on nous donnait à l’école quelques jours avant les vacances, emballée dans du papier étoilé, accompagnée de petits Jésus pastels en meringue.

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Je rentrais, ma coquille sous le bras, les joues glacées, dans ma maison qui sentait bon l’épicéa frais, tout juste décoré avec les boules peintes à la main de ma grand-mère maternelle, une bleue, une jaune, une rouge, une verte. La maîtresse nous l’avait donnée à la sortie de la classe, et je me sentais bénie de la recevoir chaque année, avec un émerveillement presque étonné, une gratitude sans cesse renouvelée.

Je la détaillais. Je la demandais toujours nature, évidemment, je ne voulais pas de celle aux raisins. Elle était gonflée, harmonieuse, généreuse et brillante. Elle embaumait même l’air autour de moi.

Je savais que mon frère et ma sœur allaient aussi ramener la leur, je savais que nous allions les brandir comme des trophées, les comparer, les rassembler comme un trésor.

C’était un moment de pur et intense bonheur, cette coquille.

Je ne la mangeais pas tout de suite, contrairement à de nombreux camarades. Je la gardais intacte pour la maison, ma mère la coupait en tranches pour le goûter et nous la tartinions généreusement, sous la lampe de la salle à manger, heureux et excités car nous savions que la coquille sonnait les tous derniers jours avant Noël.

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Les trois coquilles étaient dégustées tout au long de la semaine, le reste était congelé et ce pain brioché est resté et restera à tout jamais pour moi un synonyme de félicité simple, d’autant plus précieux que je le sais relié profondément à mes racines.

Je croyais que je me fichais de ne plus être nordiste. Hier, ma région m’a manqué comme c’est rarement le cas. Elle m’a manquée car j’ai pris conscience au détour d’une conversation que jamais nos filles ne rentreront avec une coquille sous le bras. Que je ne pourrai même pas en acheter en boulangerie. Que ce souvenir de mon enfance ne pourra pas leur être légué.

En faire à la maison n’aurait pas la même saveur. Ce qui faisait tout le piquant de cette tradition, c’était qu’elle était institutionnalisée par la ville, l’école, par la société en somme.

La coquille. Le Nord. Ma région. Mon enfance.

Et vous, avez-vous une tradition de Noël à laquelle vous tenez?


15 réflexions sur “Coquille: la tradition de Noël cht’i qui me manque en Ile de France

  1. C’est beau cette tradition dis donc ! (et tu me donnes faim !) Tous ces souvenirs d’enfance sont si précieux… Je comprends ton ressenti pour les filles. Il ne tient qu’à toi de la faire revivre en fabriquant toi-même ta jolie coquille de Noël ! Des bisous à tous en cette période de fêtes !

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    1. Les filles connaissent très bien la coquille: elles en mangent chez mes parents et dès que ces derniers viennent, ils en ramènent (et notamment au sucre 😍😍😍)
      Ce qui me manque surtout, c’est ce rituel qui avait lieu à l’école (le mari a d’ailleurs connu le même), c’était institutionnalisé, annualisé, ça faisait partie de toute la magie dégagée par cette période (d’ailleurs à ce sujet j’ai des images bénies de l’école privée où j’étais scolarisée et où la préparation de Noël revêtait une importance énorme, j’ai de très doux souvenirs à ce sujet)! Mais je crois que j’en ferai une, tu as raison 😊

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  2. Comme je te comprends! C’est mon petit plaisir aussi à cette période. Samedi, on est allé récupéré celle offerte par la ville pour Noël. Tess a préféré le Père Noël en chocolat mais moi c’est bien pour la coquille que je venais! Ça fait jours qu’on la déguste au petit déjeuner, je penserai à toi demain matin 😉 Tess aura celle de l’école vendredi matin autour d’un petit déjeuner avec un chocolat chaud. C’est quand même vachement bien le Nord ^^
    Et tu m’as donné envie de ces petites meringues que je vais courir acheter à la boulangerie ce soir 😉

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    1. Tu m’as fait rêver. C’est exactement ce que tu décris: tous ces petits rituels institutionnels! Qu’est ce que ça me manque. Ils ne savent pas ce qu’ils ratent, ici! Le pire c’est que l’autre jour mon boulanger m’a dit
      – Je fais de la brioche au sucre! 
      – WHAT?? Où ça? Montrez?!!
      En fait, c’était une brioche-chouquette, avec de vulgaires billes de sucre disposées par dessus. Nul à chier.
      Savent pas ce que c’est qu’une vraie brioche avec de gros cristaux de sucre DEDANS. Snif. Miam.
      Régale-Toi 😍

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  3. Je comprends bien ce que tu veux dire. Chez nous c’était le mannele (un bonhomme en brioche) qu’on recevait du Saint Nicolas en primaire et même à la fac… On peut en trouver dans quelques boulangeries ici mais c’est sûr que ce n’est pas aussi bon….

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  4. Rien qu à lire ton article j’ai l odeur dans les narines et je salive grave ! Avec des raisins secs dedans c est bon aussi ! Parce qu’il existe aussi la coquille au sucre ET raisins 😁.
    Quand j etais encore à l école, il y avait en plus de la coquille, une orange ! Elle sentait bon et était juteuse à souhait.

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