Pourquoi j’aime mon nouveau métier (et je ne regrette pas du tout le précédent)

Je vais te dévoiler un petit secret, cher (chère) lecteur (lectrice): en coulisses, de nombreuses personnes m’ont déjà contactée concernant mon ancien métier et surtout sur la façon dont je m’y suis prise pour en trouver un nouveau. Voilà deux bons mois que j’ai commencé mon nouvel emploi. J’ai déjà dit à de nombreux proches à quel point ça avait été un choc, positivement parlant et notamment concernant les conditions de travail. Aujourd’hui, plus les jours passent et plus j’apprécie mes fonctions, que ce soit dans leur essence même ou dans la façon dont je les exerce. Et tu vas vite comprendre pourquoi.

J’organise mon temps autrement

On ne va pas se mentir, mes anciennes vacances ont pesé dans la balance de mon choix, et c’est d’ailleurs l’argument numéro un qui m’a été systématiquement opposé quand je faisais part de mon envie de changer d’emploi. Alors certes, mes congés ont été amputés de moitié. Mais je ne le sens pas du tout. D’une part, parce que ma fatigue physique et mentale a été divisée par dix. Au moins. D’autre part, parce que l’année n’est plus du tout découpée en « tranches » égales qui amènent à faire des décomptes réguliers aux mêmes périodes de l’année. Le temps ne s’écoule plus de la même façon. Moins exténuée, je ne pense plus aux vacances comme le Graal à atteindre, si possible en à peu près en bon état.

J’apprécie énormément de pouvoir organiser mon temps comme je le souhaite. De pouvoir commencer plus tard ou finir plus tôt en cas de besoin. De pouvoir poser une après-midi pour un rendez-vous médical ou une journée après un déplacement en province. J’ai perdu en quantité, mais tu l’as deviné: j’ai gagné en qualité, en souplesse et en modularité.

Mes conditions de travail se sont améliorées

Ça a été mon plus gros choc, celui qui m’a laissée totalement déconcertée les premières semaines, un peu perdue: la découverte de mes nouvelles conditions de travail. Dans mon nouvel emploi, j’ai (enfin) la sensation d’être considérée comme un personnel à part entière. Mon espace de travail est pensé. Mon confort pris en compte. Mes besoins anticipés et considérés. Je travaille dans le calme. Je peux faire des pauses quand je le souhaite et me rendre aux toilettes quand j’en ai envie. Et surtout, surtout: j’ai enfin cessé de courir. Au sens propre du terme. De m’agiter dans tous les sens. La sensation d’avoir couru un marathon quotidien, physique et psychologique a tout simplement disparu. Je rentre chez moi dans un état normal.

Finies les montagnes russes

Ce qui a disparu, aussi, c’est cette sensation d’être en permanence sur des montagnes russes. Dans mon ancien métier, alternaient des journées qui se ressemblaient beaucoup, mais pouvaient être radicalement différentes quant à l’empreinte psychologique qu’elles laissaient. Tel jour, ça coulait, mon public avait été sympa et je rentrais à la maison plutôt contente de moi, tel jour, il y avait eu un déclic et c’était l’euphorie d’avoir pu trouver une clé qui avait ouvert une porte et d’autres jours enfin, c’était la descente aux enfers, l’impression d’être pire qu’une merde, d’être un drap qu’on aurait lessivé et tordu des dizaines de fois, jusqu’aux pleurs, même après dix ans, des pleurs et puis je remontais la pente pour quelques temps, je réussissais quelques séances et ma confiance se regonflait un peu, pour être pulvérisée la semaine d’après par des circonstances diverses.

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Aujourd’hui, je rentre chez moi d’humeur égale. Bien-sûr, j’ai parfois de petites contrariétés, mais rien qui remette en cause ma valeur intrinsèque, ma valeur humaine, j’arrive à séparer la personne qui travaille de mon moi, les deux sont enfin dissociés, et c’est tellement reposant, c’est tellement rassurant, cet équilibre que je n’avais jamais connu.

Je ne sais pas toujours de quoi ma journée sera faite

Il faut que tu saches qu’avant, je savais à quoi aller ressembler ma journée, heure par heure. Semaine par semaine. Et mois par mois. Aujourd’hui, j’apprécie non seulement la variété de mes journées (travail à mon bureau, réunions, séminaires, déplacements, visites de terrain), mais le fait que je ne sache pas forcément de quoi elles seront faites. Parce que des demandes impromptues surgissent régulièrement et que je suis amenée à interrompre une tâche pour en accomplir une autre, qui n’était pas prévue et qui devient prioritaire. Ça me plaît beaucoup.

Je bosse sur des sujets à enjeux

Pas un jour ne passe sans que je me dise que j’ai extrêmement bien choisi mon poste. Il correspond tout à fait à ce que je souhaitais. Je travaille sur des sujets à enjeux. Je ne suis pas du tout cloîtrée entre quatre murs, je suis amenée à travailler sur des dossiers, à les analyser, à les porter, les défendre et les mettre en perspective, auprès de multiples interlocuteurs, dont de grands manitous. Je ne m’attendais pas à ce que mon poste soit aussi polyvalent et m’amène à réfléchir sur des sujets stratégiques, avec des personnes stratégiques. Je kiffe. Grave.

Je ne fais pas une dépression quand la météo annonce de la pluie ou -5 degrés

Je ne regarde presque plus la météo. Sauf pour savoir s’il faut mettre des bottes aux gosses. Car je sais que désormais, il n’y a plus aucun risque que je passe cinquante minutes dehors par trois degrés. Ni trente minutes dans une salle commune surchauffée et survoltée quand une douce pluie s’abat sur l’asphalte. Je n’ai plus froid. Mes mains ne sont plus détruites par les crevasses. Je suis beaucoup moins malade.

Je m’habille comme je veux

Corollaire du paragraphe précédent et basculement jouissif s’il en est: je m’habille comme je veux. Comme je veux bordel. Je ne crains plus de mettre certains vêtements délicats. Je ne mets plus dix couches de vêtements quand je sais que je serai dehors plusieurs fois par jour. Je porte des talons si je veux et quand je veux.

J’ai (déjà) des retours sur mon travail

Je ne dois plus attendre cinq, six voire sept ou huit ans pour avoir un retour d’expert sur mon travail. J’ai des conseils, des aiguillages et des remarques quotidiens qui me permettent d’ajuster ma pratique. Je sais très rapidement quand ou si je vais dans le mur. Mon travail est (déjà) reconnu, et valorisé. On m’a déjà fait comprendre que ma capacité à travailler vite était très appréciée. Bref, je suis face à une multitude de feed-back qualifiés, plus ou moins importants, plus ou moins formalisés, qui me permettent de me situer par rapport à mon poste et à moi-même. La base, et pourtant, cette base n’existait pas dans mes précédentes fonctions et me faisait constamment douter de ma propre valeur.

Je claque la porte

Et enfin, avantage mis en avant par de nombreux ex-collègues reconvertis: quand je claque la porte de mon travail, rien ne me poursuit. Ni côté contenu, ni côté humain. Mes vacances sont de vraies vacances. Mes week-end, de vrais week-end. Je n’ai rien à planifier, rien à anticiper ni à préparer, même mentalement. Je suis libre.

Il faut avoir exercé mon précédent métier pour comprendre toute l’étendue des points que je décris. Pour saisir à quel point des aspects qui peuvent paraître évidents ou banals à certains, sont pour moi une véritable révélation. Mon travail a repris la place qui doit être la sienne: un simple travail. Il a enfin cessé de me sucer le corps et l’esprit. Non, rien de rien. Non, je ne regrette rien.

J'ai testé pour toi (6)


19 réflexions sur “Pourquoi j’aime mon nouveau métier (et je ne regrette pas du tout le précédent)

  1. Je crois que je comprends ce que tu veux dire. Je n’ai pas exercé ton ancien métier mais les feed-back reçus de mes amies qui le pratiquent me donnent un aperçu. Par ailleurs, ce sont les raisons pour lesquelles je travaille au privé : besoin de reconnaissance, d’avoir un pouvoir de négociation, des possibilités d’évolution, de façonner un poste à ma mesure. C’est sûr que la différence de congés est folle, surtout si tu prends en compte qu’ici je n’ai que 3 semaines, mais je troquerais jamais des congés contre la légèreté de mon pas quand je vais au boulot … je suis contente pour toi que tu te sentes à ta place 🙂

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    1. Totalement. Les gens ne comprennent pas mes motivations premières. Ils me disent: « c’est à cause des élèves, hein? » mais les élèves sont l’une des dernières raisons qui m’ont amenée à changer de métier! Je n’en pouvais plus de ce manque de perspective, d’évolution, de retour, je mourais à petit feu, je m’éteignais!
      Les congés je m’en fous, mais je m’en fous tellement. Quelle mauvaise raison pour rester. Je suis contente de m’être écoutée.

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  2. Voilà, j’ai la chanson dans la tête^^. C’est fou de réaliser à quel point ton ancien job ne te convenait pas. Tu sembles si bien dans cet enrichissement intellectuel permanent et cette reconnaissance qui t’a tant manquée. Profite, le meilleur est encore à venir !

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    1. De rien 😁
      C’est exactement ça: ce job ne me correspondait pas/plus, à tous niveaux, de ses fondements jusqu’à ses répercussions les plus futiles.
      Et je suis tellement sereine à l’idée de me dire qu’à présent, je change/j’évolue si je veux et quand je veux!

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  3. Ravie pour toi. Tu vas donner envie aux gens qui te lisent de changer de boulot, lol. Mais c’est vrai qu’on ne se rend pas bien compte des contraintes de ton ancien métier, on en a toujours une idée de je me la coule douce parce que j’ai plein de vacances, on en oublie tous les à côté…

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    1. Les 10 ans de REP/zone violence ont laissé des traces. Les montagnes russes, je ne pense pas qu’on les vive partout et aussi souvent. J’ai déjà été poussée dans mes pires retranchements. Tu sais, quand j’étais encore au cœur du métier, je n’avais aucun recul. Mon plus grand choc, je l’ai vécu en septembre: je me suis rendue compte à quel point prof est un métier épuisant. A quel point les conditions de travail sont mauvaises. Je me demande parfois comment j’ai fait pour tenir aussi longtemps. Je ne reviendrais en arrière pour rien au monde.

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  4. Récit exaltant, et attisant la curiosité
    Étant toujours dans ton ancien métier, et réfléchissant depuis 2 ans à 1 reconversion, que dis je….. une PORTE DE SORTIE !!!!! Je suis intéressée pour savoir comment tu as trouvé cette sortie et comment tu as eu le déclic du choix….. (vacances peut-être, mais aussi salaire, gestion familiale…..)
    Merci d’avance

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    1. Merci, ravie qu’il déclenche autant d’enthousiasme chez mes lecteurs 😁 rendez-vous sur ma boîte mail pour des infos plus détaillées (je t’avoue avoir pré-rédigé un mail, je finissais par me répéter à longueur de temps), je t’y donnerai des infos sur mon fameux « déclic », car oui, il en a fallu un. Ça faisait des années que je réfléchissais à cette reconversion.

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  5. :), comme quoi il faut trouver le courage de se lancer… et le temps, et l’énergie, et l’organisation parentale qui s’appuie souvent beaucoup sur le membre du couple enseignant, en tout cas chez moi….je comprends tellement le choc d’être considérée!
    L’avenir sourit aux audacieux! Bravo! Et sincèrement contente pour toi!

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    1. ❤️ Merci beaucoup pour ce retour et je t’assure: tout paraît difficile quand on est au pied de la montagne. Chez moi aussi, c’est sur ma personne que s’appuyait toute l’organisation familiale. Une fois que le sommet est franchi, on se demande pourquoi on s’est mis si longtemps des barrières.

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  6. Mais que tu me fais rêver! Enseignante dans le 2nd degré, je reconnais en grande partie ce que tu décris de ton ancien métier. Enceinte de mon 3è, j’ai été profondément déçue et vexée par le manque de considération de ma hiérarchie. Aucun mot, aucun geste au sujet de ma grossesse. Nous ne sommes que des numéros…Me voilà désormais à la maison (repos forcé) et, plus que jamais, je ne souhaite pas retourner dans mon établissement. Alors à moi de prendre mon avenir en main!

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