Mes trois expériences estivales de ouf

Non, ne me mens pas. Nous entrons dans le dernier tiers du mois d’août, 75% des gens sont à peu près rentrés de vacances, et comme ton voisin, je suis sûre tu raconteras au premier venu tes supers activités de cet été: kitesurf, bateau, paddle, jetski, parapente, ascension d’un volcan et peut-être même baignade avec des baleines. Moi je te dis: c’est surfait. Vu et revu. Out. Démodé. Et si j’ai envie d’être bien chiantasse: anti-écologique. Viens plutôt lire mes incroyables et inédites aventures estivales. Frissons, surprises et sensations fortes garanties.

Survivre 48 heures sans smartphone

Je sais, je commence fort avec ce teasing sensationnel. Car je l’ai fait, à mes dépends, mais je l’ai fait: survivre deux jours sans Iphone.

Tout a commencé après que mon précieux eût été malencontreusement plaqué face contre eau lors d’une sortie en célibataire. Le pauvre a souffert. Il a hoqueté, agité les bras, cligné des yeux, mais c’était trop tard: son organisme était imbibé. Noyade sèche, paraît que ça s’appelle. Quand j’ai enfin remarqué sa détresse, j’ai saisi la main désespérée qu’il me tendait, je l’ai secoué, espérant un signe de vie, il a pitoyablement proféré un signal lumineux. J’ai hurlé. Le serrant fébrilement dans ma main, appuyant sur toutes les parties de son pauvre corps gonflé, je lui criais Non!!! Non!!! Pas ça!!! Ne me quitte pas!! Réponds!! Non, c’est pas possible, pas ça, pas lui, pas maintenant!! Reviens à toi!!! Bats-toi!! C’est qu’on a en vécu, des choses ensemble. Accouchement. Voyages. Urgences. Premiers pas. Rentrées. Concours. Gifles. Heureuses nouvelles. Je voulais qu’il marche encore des années à mes côtés.

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Je lui ai appliqué le régime drastique qu’on applique à tous les naufragés de son espèce: une immersion de 24 heures dans un bain de riz. De temps en temps, j’allais lui rendre visite dans sa petite boîte hermétique, prenant son pouls, lui murmurant Ne me laisse pas, tu peux le faire, caressant l’écran constellé de petites gouttes, le coeur serré en voyant qu’il ne manifestait aucun signe de rétablissement.

Parallèlement à ces instants déchirants, je devais gérer un sentiment nouveau, violent et inattendu: le manque. J’avais bien récupéré un téléphone de 2008, mais il ne me servait qu’à appeler péniblement en cas d’extrême nécessité. Plus de contacts. Plus d’internet. Plus d’applis. J’ai déclaré une dépression sévère fulgurante. J’errais comme une âme en peine, mimant des gestes automatiques dans le vide, cherchant des yeux mon précieux, sachant pertinemment qu’il était dérobé à mon regard, luttant chaque seconde pour sa vie.

J’ai fini par l’emmener chez le meilleur neuro-chirurgien du coin, qui m’a confirmé que quinze jours supplémentaire d’immersion en riziculture n’auraient rien changé. Il l’a opéré en urgence, mais n’a pu récupérer que les fonctions vitales de base: l’écran, notre fenêtre d’échange, étant quasi irrécupérable. J’ai miraculeusement guéri de mon épisode dépressif, ce qui m’a permis d’accompagner mon précieux dans sa rémission. Il émet une lumière faiblarde. Le coeur a lâché, on a dû lui greffer un nouvel organe central. Je dois plisser les yeux pour écrire un SMS. Mais je le suivrai jusqu’à son dernier clignotement. Ou plutôt jusqu’à mon premier nouveau salaire.

Passer petite dernière en lit classique sans barrière

Nous sommes des aventuriers. Tu en doutais peut-être, mais tu en seras définitivement convaincu face à cette vérité: nous sommes partis en Italie sans lit parapluie. Arrivés sur place, comme dans Man versus wild, nous avons fait converger tous les atouts de nos incroyables intelligences pour nous adapter à notre nouvel environnement hostile et lacunaire. Dans un effort lumineux et désespéré, nous avons décidé de plaquer un lit classique contre un mur, de lui accoler un deuxième lit, d’ériger une frontière d’oreillers entre les deux pour que notre fille de deux ans et demi survive pendant la nuit. Ca a fonctionné, preuve que nous sommes prêts pour un combo Kho Lanta-Pékin Express.

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Rentrés à la maison, nous n’avons pas succombé aux sirènes du confort. Etonnés par notre propre audace, nous avons retiré les barreaux du lit évolutif et mis notre propre enfant, la chair de notre chair à dormir dedans, sans barrière. Tu as bien lu, sans barrière. Toujours pleins de ressources, nous avons préféré border notre descendance avec un drap de deux personnes. Serrée comme dans un maki entre deux tranches d’avocat, elle a juste la possibilité de mouvoir ses deux membres supérieurs pour déplacer ses doudous à sa guise. Ce qui relève de la nécessité vitale, j’en conviens. Pour le reste, elle demeure dans la même position durant ses onze heures de repos et, tu t’en doutes: elle ne tombe pas. Encore une mission parentale menée parfaitement à son terme dans des conditions extrêmes.

Diminuer le sucre

Je termine par le plus violent, l’épisode interdit aux moins de 16 ans: la diminution du sucre dans mon alimentation. C’était prémédité. J’y pensais depuis un moment, surtout en voyant mon abdomen produire du gras, camouflant ainsi des mois d’efforts abdominaux. Il faut dire que les vacances sont propices aux débordements les plus immoraux: Magnum, glace trois boules, tiramisu, cocktails et biscuits apéritifs deviennent les complices d’un immonde trafic de stupéfiant auto-nourrissant son pouvoir de dépendance.

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Pour une fois, je n’y suis pas allée franchement, ce qui ne me ressemble guère. J’ai opté pour du sursis plutôt qu’une peine ferme: la progressivité, n’ayant pas de méthadone sous le bras. En outre, je n’ai supprimé que les glucides simples. Exit les glaces, les crèmes, les biscuits et les gâteaux, mais bienvenue au pain, aux pâtes et au riz. Faudrait pas que j’aie faim non plus, hein, je deviendrais franchement violente. Je m’autorise un apport sucré raffiné par jour, genre un carré de chocolat, un yaourt sucré, une part de gâteau.  Avant, c’était à chaque repas. Ouais, j’étais grave droguée.

Pour l’instant, je tiens sans trop de difficultés. Je te mentirais si je te disais que je n’ai pas, plusieurs fois par semaine, des pulsions totalement obscènes et orgiaques, mais la diminution sensible de mon tour de ventre fait office de bracelet électronique. Et puis, horreur et damnation, paraît qu’en plus de donner le diabète, le cancer et autant de dépendance qu’à l’héroïne, le sucre fait vieillir la peau et donne des rides. Tu me connais: il s’agit de l’argument choc que j’évoque quand je me tiens au bord du gouffre, prête à craquer. Nan, parce qu’un bourrelet glucido-graisseux, passe encore. Mais des rides évitables: plutôt crever (de manque).

Je t’imagine facilement pétrifié(e) devant ton écran, à la lecture de ces fantastiques aléas estivaux. Les meilleurs comptes Instagram peuvent remballer, hein? C’est ici que ça se passe. Allez, à ton tour, raconte moi tes aventures de vacances, tes bonnes vieilles odyssées du quotidien. Les meilleures.

questions existentielles

 

 


25 réflexions sur “Mes trois expériences estivales de ouf

  1. Aïe aïe aïe, le coup du portable c’est violent ! On sait qu’on trouve ça aussi important que notre vie et on s’en rend compte encore plus quand il nous arrive ce genre de bricoles … puis niveau financier ça provoque aussi une grosse crise de panique lol 😀
    Quant au sucre, courage !!! je suis passée par-là avant tout pour des raisons de santé qui m’ont poussées à éliminer tout sucre raffiné de mon alimentation (en tout cas le plus possible). Le sevrage est très dur mais une fois les premiers temps passés on s’en déshabitue très vite. En revanche c’est fou comme ça revient. Dès que je mange une viennoiserie, des biscuits, un vrai gâteau ou autre, dans les heures et pendant les 2 jours qui suivent mon corps en réclame et je me jetterai sur plein de choses (une étude a quand même démontré sur des souris que c’était plus addictif que de la drogue quand même !) 😮
    Sinon hé bien moi je prends mes congés en septembre. Célibataire et sans enfant (faut bien que ça ait aussi des avantages …) j’évite juillet/août 🙂 Maintenant que j’ai vu tout le monde partir, revenir, certains même repartir et re-revenir, je vais enfin pouvoir me casser 3 semaines !!! tout ça en pleine rentrée. Quand tout le monde va s’activer, se réveiller, sortir les dossiers. Même pas honte, chacun son tour après tout … ils se débrouilleront très bien sans moi lol

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    1. Pour le portable j’ai paniqué, car bien-sûr de nombreuses photos et vidéos dedans: le but de la réparation était surtout de pouvoir les récupérer.
      Pour le sucre je te rejoins totalement: que c’est dur!! Et pourtant je mange équilibré à côté, mais je suis une vraie bouche sucrée…et encore je n’ai pas tout supprimé, j’ai juste réduit, et rien que ça c’est compliqué! Et oui, aussi addictif que l’héroïne, ça a été prouvé et je le crois plutôt dix fois qu’une!
      Sache que je suis ravie qu’une célibataire sans enfants se retrouve dans mes écrits: un véritable honneur! Passe de très bonnes vacances alors, et au plaisir de te relire bientôt!

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      1. Coucou ! Pour tes photos normalement tu peux les retrouver enregistrées dans l’icloud ?? Et pour le sucre, ah quelle drogue celle-là ! Mais c’est vraiment magique comment l’envie de sucre au quotidien disparaît vraiment une fois qu’on a fait le plus dur.

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      2. Je les ai récupérées et enregistrées, ouf!
        L’envie n’a pas encore disparu, sûrement parce que je ne l’ai pas supprimé radicalement, mais je suis plus vite rassasiée quand je fais un écart, c’est certain!

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  2. Quand je pense que j’allais la ramener en parlant de mon expérience en parc aquatique où j’ai failli définitivement péter mes cervicales sur un toboggan incliné à 90°, sans parler du risque de se choper un staphylocoque doré dans ce bain de microbes. J’avais aussi penser à vous raconter mon expérience pédalo ou me vanter d’avoir fait presque TOUTES les attractions du Futuroscope même celles où l’on sort tout mouillé.
    Mais là je m’incline, je renonce surtout devant le passage au lit sans barreaux qui m’a rappelé des souvenirs pleins de frisson. Quant au sucre, j’en tremble c’est une de mes grandes ambitions mais je crains tellement de ne pas être à la hauteur….

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    1. Mouahaha, je serais tellement du genre à m’aventurer sur ce genre de toboggan aussi, et de le regretter après 😀 N’hésite pas à raconter tout ça en détails, ça doit être bien croustillant!
      Le sucre ça doit être comme le tabac: plus on essaie et plus on a de chance de réussir, non? 😉

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  3. Quand je pense que je croyais pouvoir me la peter avec ma nouvelle routine meditation-yoga a 7 du mat (de manière à avoir la paix 20 minutes hein, rien à voir avec le lever du soleil toussa toussa), ou avec le découpage en règle d’un orteil de num3 façon sashimi, ou encore avec ma résolution toute fraîche de ne manger QUE quand j’ai faim (ça rejoins un peu ton sevrage de sucre, et c’est tout aussi facile à tenir en pleine saison officielle de l’apéro)…
    Le niveau est trop élevé, je ne peux que m’incliner devant tant de péripéties de dingo ! Et spécial big up pour les 48h sans portable, je ne sais pas si je m’en serais remise 🙂

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  4. Qu’est-ce que tu as contre les sorties avec les baleines ??? C’était un message subliminal à mon attention, c’est ça ? 😉 Bon, moi, ce qui m’épate, c’est le coup du sucre, donne-moi ta recette fissa et mes cuisses/mon ventre t’en diront merci ! Je prends la me^me résolution à chaque début d’année, mais je ne la tiens pas !

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    1. Alors là pour le coup j’ai totalement zappé, c’est ce qui m’est venu mais je n’ai pas du tout voulu te viser, crois-moi, et je veux voir tes photos!! 😀
      Pour le sucre je crois que ce qui marche cette fois-ci c’est la progressivité. D’habitude je passe du tout au rien, là je m’autorise encore les sucres naturels et un plaisir par jour, et je vois déjà le résultat, preuve que je carburais à haute dose. Mais bon, au final je vais perdre 1, 2 kilos, pas plus, j’ai toujours le même bon coup de fourchette, je le fais surtout pour l’argument santé.

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  5. Non mais je cours moi maintenant le matin. T’y crois ça toi ? Vacances en France, + 2 kilos. Je flotte sans aide. Merci pour ses savoureuses péripéties, je dirais pas que tu m’as manqué mais si quand même. On a eu la même lumineuse idée concernant le couchage de secours, avec la grande sœur de la barrière. Hurlements et plaintes garanties. On n’a pas pu réitérer l’exploit en périmètre connu – aka la maison – numéro 2 courant chaque nuit un marathon épuisant entre ses deux barrières IKEA de lit évolutif.

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    1. Courir le matin. Courir tout court en fait. Mais le matin. Moi, le matin, je pense qu’à bouffer alors m’infliger ça…Tu me bats à plates coutures, je m’incline. Pour le lit de grande, notre dernière est miraculeusement coopérative. Je mesure la part d’injustice génétique dans notre réussite.

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  6. T’as raison, c’est très surfait tous ces récits de voyage ! cela dit, rafraîchis moi la mémoire : tu y es allée en patins à roulettes, au Lac de Côme ? ou en véhicule qui pollue, hmmm …? petite intrigante !
    Bon, je compatis pour ta détox forcée par noyade. En as-tu profité pour lire ?
    A propos de lit sans barreaux, tu sais qu’il est arrivé une mésaventure à la fille de Cécilia dans le même contexte ? elle est tombée du lit pendant la nuit, paf, les dents du haut 😦
    le sucre : damned, sacrebleu, je fais la même constatation que toi ! j’ai réduit les apéros, mangé moins de magnums en cachette, et ouf : le petit coussinet qui ornait mon ventre se résorbe. Tu sais, quand on approche de 40 ans (gniark gniark), le corps te montre quand même que la roue tourne. J’ai même décidé de me mettre à la course à pieds (un jour) (en commençant modestement) (avec mon mec le samedi) (faudra que je m’achète des baskets, j’en ai pas), comme Lexie. la marque de la 40aine, te dis-je !

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    1. J’assume totalement, je suis pas écolo, quoique nous n’y sommes pas allés en avion, ni en paquebot.
      Je n’ai pas lu pendant ma détox. J’étais pas en détox d’abord, j’étais en dépression. Toutes mes pensées focalisées sur mon précieux et son sauvetage. Impossible de me concentrer sur un bouquin.
      J’ai pas vu passer la mésaventure de V. Je vais doubler le drap de deux personnes et le faire remonter jusqu’à ses narines. Je crois que je vais même faire un noeud sous le matelas avec les deux bouts 😀
      Tu crois que je n’ai pas vu les petites piques totalement indignes que tu m’as lancées? Je te signale que je n’approche pas du tout des 40 ans, je m’éloigne des 30 pour atteindre la plateforme centrale, ça n’a absolument rien à voir! D’ailleurs, avec mon régime réduit en sucre, je vais encore capitaliser de la jeunesse, gniark gniark!
      La course à pied, je peux plus depuis que mon utérus s’est fait la malle après ma 3ème grossesse. Ca m’arrange. Mais je t’admire. Vraiment. File t’acheter tes baskets, maintenant.

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  7. Comme l’a dit Marie précédemment, ma Louloutte s’est salement amochée les dents en tombant de son lit en dormant. C’est de notre faute, nous n’avions pas suffisamment sécurisé les deux lits simples du mobil-home, seulement rapprochés. Ce n’était pour autant pas une première mais à croire qu’elle bouge davantage la nuit qu’auparavant. Bref, verdict dans 10 jours pour savoir si les dents sont encore vivantes car l’impact a été si fort qu’elles se sont déplacées.
    Sinon, je compatis pour ton téléphone. Je sais ce qu’on ressent lorsqu’on perd le sien (ou qu’on vous le vole !!!).
    Et bravo pour le sucre ! J’essaie également de réduire et c’est pas simple. Faut absolument que je me remette au sport et je suis présentement en pleine recherche d’une activité à proximité de mon domicile. Croisons les doigts pour que je trouve basket à mon pied et bouée ventrale à jeter !
    Bon retour dans la blogosphère 🙂

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    1. La pauvre, je croise les doigts pour vous qu’il n’y aura rien d’important au niveau des dents, on en a vu de « belles » dans mon ancien métier, si c’est vraiment grave la gencive noircit, j’espère que vous n’en êtes pas là!
      Pour le sport tu as des idées ou des envies particulières? Bon courage pour le retour à la normale après les vacances 😉

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    1. Et bien il semble que chez moi ce soit l’inverse…quoique…En tout cas, je tiens toujours sur le sucre à l’heure où j’écris ces mots et je dirais même que plus les jours passent, moins c’est compliqué!

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