Une séparation (1)

L’idée de toi a germé sur les ruines d’un renoncement. C’est ça. J’aimerais dire que notre rencontre a été un coup de foudre, une évidence, la légendaire jonction de deux âmes faites l’une pour l’autre, mais il n’en est rien. J’ai renoncé, puis je t’ai trouvé.

Voilà plusieurs années que j’étais enfermée dans une relation complexe, exigeante, poussée, presque passionnelle avec L. Intellectuellement, il me comblait. Physiquement, il m’épuisait. Je m’étais laissée entraîner par les sensations grisantes sur lesquelles je surfais à ses côtés: perfection, acuité, supériorité. J’étouffais. Peu à peu, je me recroquevillais sur moi-même. Au début, je ne m’en étais pas aperçue. J’accomplissais des gestes par automatisme, même mes pensées semblaient régies par le rouage d’une machine qui savait toujours comment réagir et quoi dire, en toute occasion. Je ne savais pas vraiment où aller. Je suivais le chemin, sans grande conviction, il y avait bien une flamme, mais était-ce suffisant, cette flamme? L. devenait peu à peu implacable, froid, méthodique, réclamait de moi ce que je savais faire le mieux, alimenter cette relation, la faire fonctionner, parfaitement fonctionner même.

J’ai pris ma décision en une journée. L. était là, face à moi. Il était assez proche pour que mon regard soit automatiquement capté, et assez loin pour que je puisse percevoir le décor et les bruits alentour, ça lui faisait un écrin, son écrin habituel. Il parlait encore une fois de cette question qu’il adorait, qu’il maîtrisait et il la décortiquait. Il était calme, posé, il n’avait pas besoin d’emphase, il savait que son autorité tirait sa substance du sujet. J’aimais ça, son expertise, et tout à coup ça m’est apparu comme une évidence, comme une révélation mystique: je ne pouvais plus, je ne voulais plus me laisser emprisonner dans ce concubinage tourné sur lui-même, qui se nourrissait comme un cannibale de sa propre chair. L. continuait de parler, je le voyais bien, ses lèvres bougeaient, mais elles bougeaient sans qu’aucun son ne soit proféré ni me parvienne. Le lien s’était rompu. Comme ça. En l’espace de quoi, trente secondes? Une minute? C’était fini.

Je l’ai quitté. Mes proches n’ont pas compris. L. était le partenaire idéal, il me correspondait, je lui correspondais, il était ce que j’avais toujours aimé et recherché, notre connexion coulait de source.

Bien-sûr qu’on te soutient dans ta décision. Mais avoue qu’elle manque de logique. Tu mérites quelqu’un comme L. On le sait tous, chérie. Tu le disais toi-même il n’y a pas encore si longtemps: il te nourrit, il fait croître tes potentialités comme personne. Réfléchis bien, c’est un choix lourd de conséquences, tu pourras difficilement revenir en arrière.

Quelques mois ont passé. Ma détermination, qui paraissait il y a peu de temps encore comme une lubie, un affront soudain et incompréhensible, avait fini s’imposer dans l’esprit de ma famille et de mes amis. La rupture avait été actée. Le souvenir de L. s’était effacé, peu à peu, il était devenu une promesse avortée, une chimère à laquelle on avait tous cru un temps mais qui aujourd’hui, semblait vidée de substance. On s’était tous convaincus que c’était mieux comme ça. Après tout, j’étais sûre de moi, je savais ce que je voulais, et surtout ce que je ne voulais plus, je le disais, je le clamais même, pour achever de convaincre mon entourage, et peut-être mon fort intérieur aussi.

C’est sur ces décombres que tu as déboulé dans ma vie. C’est bizarre, je n’avais jamais pensé à toi auparavant, je ne t’avais jamais convoqué ni matérialisé en esprit, mais les mois précédant ton arrivée, je m’étais figuré l’image idéalisée et possible d’une relation simple, moins vorace, moins intransigeante, moins exclusive, une relation plus ouverte aux autres et au monde, qui exigerait moins de mon cerveau, il faut dire qu’il avait besoin de repos, et de renouveau.

J’ai dû te conquérir. Patiemment. Obstinément. Je ne m’y attendais pas, je ne pensais pas que tu me résisterais, que tu te tiendrais tout là-haut en apparence inaccessible, arrogant,  fidèle à la réputation qui était la tienne, cette réputation qui m’avait dévorée. Quand tu m’as enfin ouvert les bras, ce fut avec une telle chaleur, un tel adoubement, m’englobant toute entière, que j’ai cru à tort que c’était là la preuve que je ne m’étais pas trompée. Comment pouvais-je me tromper, alors que le monde entier semblait conspirer à notre union? Comment pouvais-je me tromper, alors que ma fortune paraissait totale, écrasante et évidente?

A suivre…

ma vie de maman


49 réflexions sur “Une séparation (1)

      1. Oh t’es chou ! Je te soutient à 200%. Tu manques visiblement de confiance. Tu commences doucement mais tu as une si belle plume qu’on finira par t’obliger à proposer quelque chose de bien conséquent à un moment ou à un autre ! ^^ :*

        Aimé par 1 personne

  1. ok ok je suis bonne joueuse, je t’envoie mon hip par sms. T’as de la chance d’avoir une Amie comme moi (pas une amie, non un Amie!). J’espère que tu t’en rends compte ^^

    Aimé par 1 personne

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