Bloguer, est-ce évoluer ou mourir?

L’heure est grave. Comme tu le vois, en ce moment, des titres dramatiques me viennent, reflets des questions absolument essentielles à l’humanité qui me taraudent. Je ne pouvais pas ne pas te partager le fruit de mes intenses réflexions. Et puis, je fais d’une pierre deux coups: en parlant finitude possible de mon projet, je le fais vivre encore, tant qu’à faire.

En ce moment, la blogo est un peu morne. Ou plutôt, ma blogo est un peu morne. Celle que je suis depuis mes débuts. Il faut bien l’avouer: certaines de mes collègues ont dépeuplé la place depuis quelques semaines voire depuis quelques mois: moins d’articles, moins d’assiduité, moins de commentaires. Le cercle autour duquel j’avais construit mes premières interactions ne s’est pas amenuisé, il s’est éclaté en autant de trainées qui sont encore perceptibles, qu’on peut encore suivre à l’oeil sur d’autres médias.

Je ne compte plus les blogueuses maternité qui ont déserté leurs sites pour d’autres moyens de communication: Instagram principalement, mais aussi Twitter, leur propre site professionnel, voire, pour les plus classes d’entre elles, les bons vieux bouquins écrits de leurs mains.

Et je me demande si ce n’est pas la finalité d’un blog, de mourir, ou de mourir à petit feu. Il y a celles qui annoncent clairement clôturer leur projet. Et il y a celles qui le délaissent, peu à peu, en ralentissant le rythme des publications, et le blog finit par devenir une vitrine, une relique, encore bien référencée par Google, comme un monument connu mais désert qu’on arpente, sentant que la vie a vibré entre les lignes, sachant que des choses ont eu lieu, se sont dites dans cet espace qui doit désormais laisser la place à de nouvelles constructions.

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Je ne suis pas n’importe qui, dans cette histoire. Je suis celle qui est de l’autre côté de l’écran. Celle qui tient à jour ses brouillons, qui se demande ce qu’elle pourra bien raconter après le prochain article publié, si ça vaut vraiment le coup de se pencher sur ce sujet, si les lecteurs ne vont pas se lasser et d’ailleurs, de quoi ont-ils envie ces lecteurs? De rire? De sourire? De vibrer? De pleurer? D’être surpris? De réfléchir? Car je ne me leurre pas: je sais bien que mon blog n’est pas comme un livre que tu aurais choisi dans une bibliothèque, attiré(e) par la couverture, conquis(e) par le résumé de la quatrième de couverture. Mon blog c’est de la matière vivante, mouvante et changeante, qui te prend parfois au dépourvu, qui s’impose à toi au détour d’une notification, alors que tu as tout sauf envie de le lire, dont le dernier sujet ne t’intéresse absolument pas alors que pourtant, tu avais vachement bien accroché avec le précédent.

Parfois, je regarde mes quelques 460 abonnés, et je me dis que c’est incroyable de les avoir arrachés à l’immensité et à l’instantanéité d’internet. D’avoir réussi à retenir certains promeneurs, non parce qu’ils me connaissent, non parce qu’ils ont de l’affection pour moi, mais parce que ce que j’ai écrit, ce qui a jailli de mon esprit les a touchés. Pas une fois. Pas deux fois. Non, ils se sont suffisamment reconnus dans mes sujets et la manière de les aborder pour décider de s’abonner et de me suivre comme on suivrait le parcours d’un sportif débutant, s’attendrissant de ses bévues, applaudissant ses premiers succès.

Je ne suis pas une blogueuse mode ou beauté dont le contenu est garanti par les achats et les tests qu’elle effectue. Ni même une blogueuse culture qui aurait la certitude de pouvoir puiser son eau dans un réservoir infini qui s’auto-renouvelle. Je dois trouver mes sujets seule. Et comme certains sont éculés! Comme certains sont vus et revus! A tel point que parfois, les thèmes sur lesquels je souhaite écrire s’effritent tout seuls, tant ils ont circulé de mains en mains, tant ils ont été décortiqués, passés à la lumière, chiffonnés et dépliés, ils ont été vidés de leur substance, pompés, par elle, par lui, par moi, par eux, par nous.

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Parfois, je me retiens d’écrire au sujet de mon blog. De faire ce que je pourrais pompeusement appeler du métablogging, comme je faisais de la métalinguistique, il y a 15 ans. Je me dis que ça n’intéresse que les blogueurs, ces questions torturées sur la création. Et puis non. Ça concerne nous tous ici présents. Parce que si l’on ne réfléchit plus à ces questions, qui le fera? Qui prendra le relais pour chercher, améliorer, peaufiner ce média en perpétuel devenir? Qu’on l’ait voulu ou non, le blogging est devenu un espace de création totalement à part et j’en suis convaincue aujourd’hui, de plus en plus convaincue. Un espèce d’entre-deux, coincé entre le tout-tout-de-suite des réseaux et les projets plus fouillés et aboutis de rédaction et d’édition. C’est ce qui fait sa force, sa faiblesse et son charme. Sa force, c’est d’être un lien puissant, instantané d’échange et de partage. Sa faiblesse, de manquer de perspective, de vision à long terme. Son charme, d’évoluer sous les yeux de son créateur et de ses lecteurs.

Je redoute comme une sentence implacable le jour où tout aura été dit, écrit, traité, le jour où plus aucun mot ne viendra, ou plutôt, le jour où les mots se coucheront, mornes, désincarnés, désenchantés sur le clavier. Je sais que je ne déciderai pas de ce moment. Il s’imposera à moi, impérieux, évident, limpide, cruel, il me montrera du doigt en me disant c’est fini pour toi, ton temps est révolu, tu as eu ton heure de gloire, ça fait bien longtemps que tu cours après des chimères.

Parfois, quand mon blog a l’air de m’attendre, un peu agressif, me sollicitant sans rien dire, je l’implore de me laisser encore des choses à lui raconter, à te raconter. Et ça tombe bien. Parce que l’obtention de mon concours a débloqué quelque chose. Pour la première fois, je vais t’écrire autre chose que des articles. Les semaines qui viennent, je vais t’écrire une sorte de nouvelle. Oui, une sorte, je n’ose pas employer ce terme sans précaution, que veux-tu, le fameux syndrome de l’imposteur. Je vais t’écrire une petite histoire. En plusieurs parties. J’ai peur, tu penses bien. Que ce soit nul. Que ce soit ridicule. Que ce soit inintéressant.

Mais après tout, je suis folle. Folle de ce blog. Je l’aime d’amour. Alors il mérite bien que je prenne quelques risques pour lui et pour toi. On se retrouve très vite pour lui ouvrir une nouvelle page…

ma vie de maman (17)

 

 


49 réflexions sur “Bloguer, est-ce évoluer ou mourir?

  1. Malheureusement beaucoup de blogs se meurent 😞 En ce moment je fais une pause de la blogo également — un déménagement et la peur que mes sujets ne plaisent plus. Je me met beaucoup de pression pour rien finalement. Beaucoup de personnes font de leurs réseaux sociaux des blogs maintenant. Pour ma part, mon Instagram reste un réseau secondaire par rapport à mon blog. Je suis passionnée par l’écriture et je me vois mal ne plus bloguer… ☺️

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    1. Tout à fait, il y a eu un véritable glissement, ça se voit surtout sur Insta je trouve, qui devient chez certains du blogging à la sauce réseaux sociaux…C’est peut-être une évolution naturelle…ou alors le blogging continuera son bout de route quoiqu’il arrive, je l’espère pour nous, car aucun autre média n’offre ces potentialités d’écriture!

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      1. Je suis tellement d’accord ! Pour moi il y a une énorme différence entre bloguer 100 lignes sous une photo Instagram et écrire un billet complet de test produits. Mais bon, je suis peut être un peu vieux jeu ? Pour moi celles ou ceux qui font ça sont des influenceurs, pas des blogueurs ☺️

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  2. Je viens de te laisser un long commentaire et visiblement tout est passé à la trappe (pas du tout le genre de chose qui m’énerve ^^). En bref, je disais bravo pour le renouvellement du genre, c’est chouette et j’ai hâte de découvrir ça ! Pour le reste je suis bien d’accord avec toi, et même si en ce moment le temps me fait cruellement défaut, je compte bien revenir rapidement !

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  3. Je ne me suis encore jamais vraiment posé la question. Par contre je me suis déjà dit « je ne me vois pas bloguer encore à 50 ans ». Mais peut être que si, finalement. Et d’ailleurs pourquoi pas ? C’est une façon de se raconter, de partager. C’est surtout le plaisir d’ecrire, avant tout. Moi je continuerai à te lire, pour autant que je sois avertis de tes articles 😉 alors n’hésite pas à déjouer l’algorithme et a claironné tes publications 🙂 belle journée !

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    1. Je suis quasiment certaine que j’aurai abandonné dans 15 ans. Mais peut-être abandonné pour autre chose. Ou alors je ne ressentirai plus ce besoin d’écrire, il aura été remplacé par autre chose? Tu as raison: laissons-nous porter et profitons tant que l’envie est là et que la plume suit! Je claironnerai tant que je peux 🙂

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  4. La question devrait peut-être être poser dans l’autre sens. Est-ce que tu aimes écrire des articles ? Est-ce que cela te fait vibrer de t’occuper de ton blog ? Le fais-tu par passion ou par pression des lecteurs ?

    Pour moi la réponse est simple m’occuper de ce petit site qui est une partie de moi et de mon univers c’est ma passion. Alors qu’il y a 500 visites en une journée ou 6 peu importe comme cela peut parfois m’arriver cela n’a pas vraiment d’importance. Je prends plaisir à travailler dessus et si certains articles s’essoufflent un peu ou qu’il y ait des périodes creuses ce n’est pas grave. Un blog doit apporter autant à sa créatrice qu’à ses lecteurs 🙂 À très bientôt ❤ belle journée

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    1. Je me suis régulièrement posé la question dans l’autre sens, et j’en ai même fait des articles! J’en ai conclu que le plaisir d’écrire est indissociable de l’intérêt des lecteurs, il ne se suffit pas, sans quoi j’écrirais un simple journal intime. Je recherche un écho, et c’est ce que permet le blogging. Je te rejoins dans le fait qu’il ne faille pas se mettre de pression, d’ailleurs plus le temps passe et moins je m’en mets 😀

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  5. Ton article fait écho à ce je pense déjà en tant que bébé bloggeuse.
    Pourquoi commence-t-on ? A qui je m’adresse ? En fait je m’exprime mais je ne sais pas écrire ? Ce sujet là m’intéresse mais je le mets de côté car je pense que ça n’intéresse que moi..
    Je suis impatiente de lire ta « saga ».
    Merci pour tous ces partages

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    1. Merci pour ton retour, de mon côté j’ai commencé sans trop me poser de questions parce que j’avais déjà plusieurs années de blogging en dilettante derrière moi, mais ces questions, tu as raison, elles finissent toujours par resurgir à un moment ou à une autre!

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  6. Moi aussi les copines blogueuses me manquent. Je regrette les anciennes, mais il semble que comme l’amour, le blog dure 3 ans. (la meuf en mode dépressif, avec ce brouillard de Toussaint)
    Bref, je partage à 100% ce que tu ressens. Et je crois aussi que le blogging n’est pas destiné à durer, mais à aboutir sur… Comme Virginie, Agnès pour les exemples les plus motivants 😊

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    1. Hier, j’ai commenté l’excellent article d’une blogueuse (beauté, mais quand-même) qui écrit depuis 10 ans. Son article était d’une telle qualité! Elle m’a reboostée, elle montre que c’est encore possible de faire ça avec coeur et investissement après tant d’années!
      Mais c’est un blogging particulier…je sens que nos sujets à nous vont devenir plus délicats au fur et à mesure que nos enfants vont grandir…j’espère qu’on trouvera le déclic pour évoluer comme l’ont fait nos modèles!

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      1. c’est qui cette blogueuse beauté que je ne connais point ?
        mais oui tu as raison, tu as sans doute remarqué que je ne parle pas des grands. Des anecdotes de petit, c’est anodin, des histoires d’ado, c’est autre chose et cela mérite d’être préservé et respecté. Nous sommes condamnées à évoluer !

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      2. Beauty and Gibberish. Elle est belle en plus, une beauté surannée, elle est très blanche de peau, bref, je m’identifie un peu à elle, j’aime son univers.
        Condamnées à évoluer? J’avais d’abord intitulé mon article: un blog est-il condamné à mourir? 😉

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  7. Tu as tellement bien résumé… parfois moi aussi je me questionne en constatant que cette blogo des débuts qui nous a tellement emballées est un peu morte aujourd’hui… heureusement je garde encore le goût d’écrire, et de lire fidèlement les blogs qui comme le tien savent toujours retenir mon intérêt. J’ai parfois le sentiment d’être un peu la seule à garder cette enthousiasme, mais au fond peu importe tant que ça me plaît à moi… j’espère que tu nous feras lire les textes de ta nouvelle! c’est aussi une idée que j’avais eue, d’écrire une histoire sous forme de feuilleton sur le blog… mais j’avoue que je n’ai pas trouvé l’inspiration pour le faire! Hate de te lire!

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    1. Ce qui est compliqué je trouve dans ce contexte, c’est de garder un oeil sur les petits nouveaux qui émergent, je ne sais absolument pas dire s’il s’agit d’un enchâssement ou d’une véritable raréfaction des blogs de qualité. Je reconnais que je m’ouvre assez peu à ce qui ce fait de nouveau, je reste cantonnée à mon petit univers, c’est sûrement une erreur. Tu es l’une des rares qui continue à écrire avec autant de régularité et d’enthousiasme (et je t’assure, ça se ressent!). J’espère que mes lecteurs me suivront dans ce virage temporaire…dans tous les cas, j’ai pris un immense plaisir à le négocier!

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  8. J’avoue faire le même constat que toi ces derniers mois. Certains blogs que je suivais depuis le début de ma propre aventure bloguesque sont en pause longue durée au point que j’envisage leur mort imminente. A moins qu’ils ne décèdent paisiblement sans que personne ne s’en aperçoive… Wait and see comme on dit.

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    1. Tu fais partie des irréductibles Cécilia, avec Picou, et j’admire ta régularité, d’autant plus depuis ton 2ème bébé! Peut-être sommes nous arrivées à un carrefour; je suis certaine qu’une partie des blogs en pause reprendront, mais une partie seulement.

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  9. Je comprends ton ressenti. Je l’avais eu à l’époque de mon tout premier blog qui était en fait un skyblog. Ca date. Et mes « repères » clôturaient leur blog les uns après les autres. Le mieux, c’est de partir à la recherche de nouveaux coups de coeur, de temps à autres, histoire de s’enrichir toujours plus.

    En tout cas je t’encourage à publier tes petites histoires, sans peur ! ^^

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  10. Ah, mais je plaide coupable … j’ai délaissé la blogosphère ces dernières semaines, mais je continue de lire des blogs très régulièrement… ce n’est pas une question de temps, je n’en ai pas moins qu’avant, mais la petite flamme a un peu disparu tout comme la petite boule au bide quand j’appuyais sur « publier ». Je laisse mon blog ouvert, comme une vitrine effectivement et je ne m’interdit rien. L’envie reviendra sûrement, mais pour le moment, je n’ai pas envie de me forcer 😉

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  11. Très heureuse de lire qu’à la fin tu as trouvé une super idée pour rebooster ton blog et lui donner une nouvelle impulsion ! Car je me disais tout le long qu’il n’y a pas de raison d’arrêter ce qu’on aime faire, quand on sait écrire aussi bien que toi c’est normal de toujours avoir quelque à dire ! Mais ton questionnement est quand même très intéressant… Un blog ça représente beaucoup, c’est une vraie page de sa vie, à mon avis les gens qui s’arrêtent n’ont plus l’inspiration. Et puis je pense que même si tu as perdu quelques personnes avec qui tu partageais beaucoup, il te reste une belle communauté qui fait vivre ce blog et qui pourra te donner envie de poursuivre ! Hâte de revenir. Bises 🙂

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    1. Je ne compte pas abandonner les articles traditionnels pour autant, mais mener ce projet de façon « intercalée », y revenir de temps en temps, quand j’aurai l’inspiration. L’idée s’est imposée toute seule: je voulais rédiger un bête article et c’est venu en flots, alors je me suis laissée aller…Et je suis d’accord avec toi: un blog, quand on s’y tient et qu’on y tient, c’est vraiment une partie de soi, et c’est normal que la relation avec lui soit faite de fluctuations, de je t’aime/je ne t’aime plus! Les personnes que je suivais, je suis encore en contact avec elles, de manière plus sporadique, mais on se guette toutes du coin de l’oeil, finalement 😉

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    1. J’essaie, je vois si ça mord, si le sujet intéresse, et puis je continuerai ou pas en fonction de ça! En tout cas, on me lit plus depuis FB et HC avec ce type d’article que d’habitude (ou alors c’est le titre qui attire?)!

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  12. Coupable ici… j’ai beaucoup posté pendant 20 mois… il y a eu des pauses liés à des souci de vie. Il y a surtout ce blog qui a déjà abordé énormément de sujets et ne souhaite pas tourner en rond.
    Alors je continue parce que j’aime écrire, mais j’ai beaucoup (trop) relaché la pression avec un nombre d’article en objectif nettement inférieur à celui des 2 précédentes années.
    Quand à investir les RS pour chopper des followers ? Cela n’a jamais été mon objectf. Mon objectif, c’est d’écrire 🙂
    Belle mutation !

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