Tout ce que mon projet de reconversion m’a appris

Suite à plusieurs mois de préparation, je suis passée à la casserole après avoir consciencieusement enchaîné vingt-deux respirations abdominales dans la salle d’attente d’un centre d’examen, et joué mon potentiel avenir professionnel. Durant toute cette année, j’ai entendu plusieurs fois des gens me manifester leur admiration quant à mon courage, en disant qu’ils seraient incapables de reprendre des études ou de se remettre dans les révisions. Comme je les comprends. Et pourtant. Sans même connaître les résultats de mon investissement, je sais que la préparation de ma reconversion m’a beaucoup apporté sur le plan personnel.

Un élargissement de mon champ de connaissances

Quand on se spécialise dans un domaine, on se rend très facilement compte à quel point on est une bouse dans les autres qui n’ont rien à voir. J’ai dû (re)mettre à niveau mes connaissances dans des matières totalement différentes de mon métier initial. Je me suis rendu compte de toute l’étendue de mon ignorance crasse, sur des sujets pourtant connus ou d’actualité. Je me suis même forgé des opinions sur des thèmes brûlants, de quoi me la péter en société ou mettre de l’ambiance dans les dîners, voire répondre aux commentaires putaclic de Samantha ou de Roger sur Facebook.

Réviser en étant maman, c’est possible

Certes, je ne glande officiellement rien de mes journées, et ça pèse dans la balance. Je suis censée avoir un boulevard chaque jour pour regarder Netflix me plonger dans mes bouquins. Mais en vrai, au quotidien, j’ai quand-même une petite de deux ans à occuper, des repas de feignasse à préparer, un semblant de ménage à faire, il ne reste donc qu’une toute petite fenêtre. Des petites fenêtres. Pendant les siestes. En soirée. Pendant les vacances, en confiant la progéniture au conjoint ou aux grands-parents. Il faut de l’organisation. Mais, tu l’auras deviné, il faut surtout du relais. Et de l’abnégation, du dépassement de soi, une force de caractère digne d’un moine tibétain quand tu vois tout le monde en train de vaquer le plus librement du monde à ses occupations, alors que tu te tapes pour la 32ème fois des notions de ressources humaines à potasser.

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Etudier après une longue période d’interruption, ça se fait

Bûcher à trente-cinq ans, après douze années sur le terrain, trois accouchements dont un qui m’a certainement cramé des milliers de neurones, c’est possible . Et ça m’a rassurée. Parce que je me suis rendu compte que mon cerveau n’avait heureusement rien perdu de sa plasticité. Je suis certaine que tu n’en doutais pas. Sinon, tu ne serais pas là, tout simplement. Eh oui, je suis toujours dans le mouv’, toujours badass, capable de mémoriser, de restituer, d’analyser et de synthétiser. Malgré le poids des t’as fait tes devoirs, elle est où ta culotte, remonte des manches quand tu te laves les mains, t’as sorti la poubelle, pourquoi je trouve pas le bip du garage, et pense aux pastilles pour le lave-vaisselle, mon cerveau peut encore s’élargir pour réussir à intégrer de la théorie et des connaissances. Alzheimer est loin, c’est moi qui te l’dis.

Revival cathartique

La dernière préparation d’un concours m’avait (un peu) traumatisée. J’en ai gardé un souvenir d’une année atroce, transformée en ermite, enchaînant crises existentielles, pleurs et moments d’euphorie, suçant le sang de tous mes proches, transformée en une espèce de blatte savante coincée dans une chambre, comme dans La Métamorphose de Kafka, ce livre que je hais tant. J’ai opéré un revival cathartique. J’ai revécu tout ça, mais de façon adoucie. Moins de connaissances à engranger. Moins d’enjeu(x) en cas d’échec. Impression de sacrifice bien moindre. Il faut dire aussi que la vie familiale a le don d’arracher le moindre individu à ses convulsions métaphysiques égocentriques. La maison, faut bien qu’elle tourne. Les nez, faut bien qu’ils soient mouchés. Les angoisses, faut bien qu’elles soient apaisées, et les petits pieds chaussés. Ça s’appelle se décentrer. Et en l’occurence, c’est salutaire.

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Un exemple pour mes enfants

Je n’en ai pas pris conscience tout de suite. Mais c’est un fait: mes filles m’ont beaucoup observée cette année. Quand j’ai voulu leur expliquer ma démarche avec des mots accessibles, ce sont le droit de se tromper, avoir envie d’autre chose, faire le maximum pour y arriver qui me sont venus. Quand j’ai douté, je leur ai dit que les incertitudes, le découragement arrivent à tout le monde et qu’on a le droit d’en avoir marre. Quand j’ai réussi, je leur ai prouvé que le travail est souvent récompensé. Quand j’ai dû les rassurer, je leur ai dit qu’une nouvelle ère s’ouvrirait peut-être, différente, pas en mieux ou en moins, juste nouvelle, que la vie c’est fait de ça, de choix, de renoncements, d’ajustements et de projections. Qu’on ne peut pas savoir à l’avance si ça en vaut la peine, mais qu’il faut tenter, parce que si on n’essaie pas, il ne se passe jamais rien, et on finit par se rabougrir.

Des proches, ça soutient. Grave.

Tenter de me reconvertir m’a fait (re)prendre conscience de la présence et de la préciosité de mon incroyable réseau personnel, digne du clan Kardashian, les millions en moins. Mes proches ont compris et ont soutenu ma démarche, même si au premier abord, elle pouvait sembler aller à contre-courant de toute logique. Ils se sont tenus au courant de mes doutes, de mes avancées, ont stressé avec moi dans l’attente des résultats, m’ont serrée dans leurs bras, m’ont communiqué leur joie ou leur fierté, m’ont aidé à préparer, à remanier, à relire, à corriger, à répéter. Bref, je les ai bien fait suer. Mais surtout, ils n’ont eu de cesse de me renouveler leur confiance, leur admiration et leur foi en mes capacités. C’est beau, hein? Peut-être qu’un jour, je vais finir par croire qu’ils ont eu raison de le faire.

Je ne perds jamais: soit je réussis, soit j’apprends. C’est du Dalaï Lama de Nelson Mandela bien-sûr, ça m’apprendra à faire ma crâneuse (merci Cha!), et en double ignare, je n’en savais strictement rien avant que ma copine Karine, bien plus cultivée que moi, me brandisse cette maxime magnifique et tout à fait opportune. Grâce à elle, je tape désormais très haut côté références. J’en profite pour t’avouer un secret, comme ça, là: dans mes études, je n’ai jamais connu l’échec. Je prie donc pour avoir la chance de réussir, et dans le cas inverse, la sagesse d’en sortir grandie. Amen.

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40 réflexions sur “Tout ce que mon projet de reconversion m’a appris

  1. Quelle douce période cette reconversion, pour l’avoir vécue en tant que conjoint, je comprends tellement tout ce que tu dis dans cet article. En tous cas tu ne retiens que le bon côté des choses, même sans avoir les résultats tu sais que tu es capable de le faire, bravo 💪🏻.

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  2. Je suis sûre que tu as réussi ton examen et j’attends avec impatience les résultats car je sais qu’ils te mèneront vers un job passionnant. Concernant ton abnégation et ta capacité de travail, je n’en ai jamais douté non plus. Tu es une fille brillante, intelligente et pugnace, autrement dit, tu possèdes les qualités essentielles de la réussite.
    A présent, repose-toi et prends soin de toi 🙂

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    1. Merci beaucoup pour tes encouragements. Je suis moins confiante que toi. C’était hard, je ne m’attendais pas à ça, j’ai trouvé cet oral beaucoup moins consensuel que celui pour mon actuel métier. Mais: j’y crois encooooooooooore 😀

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  3. Je me souviens que dans ma promo de master 2, beaucoup avait 50 ans et étaient en reconversion ! Certains me disaient avoir des difficultés à rester sur une chaise pendant 8h de manière passive ou de devoir à nouveau apprendre  » par coeur » mais n’empêche que c’était les camarades les plus enrichissants que j’ai eu !
    Line de https://la-parenthese-psy.com/

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    1. Merci pour votre retour! J’ai encore plus d’admiration pour les gens qui se reconvertissent ou passent des concours après toutes ces années dans autre carrière. J’ai toujours lu qu’il vaut mieux se lancer après 10 à 15 ans d’exercice dans l’ancien poste. Je fantasme à l’idée de me retrouver assise à prendre des notes, comme au bon vieux temps 😍

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  4. Brillante, intelligente, pugnace : Cécilia m’a volé tous les adjectifs auxquels je pensais pour toi. Elle m’énerve.
    Bon sinon tu sais ce que je pense : oui ça a été éprouvant mais garde confiance, je suis certaine que tu étais au-dessus du lot ! Et bravo pour ton courage, personnellement je suis désormais incapable de potasser comme une lycéenne. Je t’en admire d’autant !

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    1. T’as oublié chiante 😂
      Merci beaucoup et merci aussi pour tes mots par sms, ils me trottent dans la tête et on dirait bien qu’ils commencent à s’y enfoncer doucement 😉
      Je ne sais pas s’il s’agit de courage ou d’énergie, celle qui sait qu’il est impossible de continuer comme avant!

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    1. Il est surprenant et indispensable. Ce sont les proches qui nous reboostent en cas de doutes, de découragement, d’échec aussi. Tu as raison, ce type de projet montre qu’on a comme une armure de coton pour protéger des chocs 😉
      Et merci pour tes encouragements!

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  5. Bon courage pour les résultats !! Quel concours c’est si c’est pas indiscret? Je trouve ton blogue très sympa et ton style d’écriture plus que bien et rigolo! Je suis également en congé parental et pense à passer un concours administratif l’année prochaine… au plaisir de te lire!

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    1. C’est pour bosser pour le développement durable, si tu veux en savoir plus n’hésite pas à me contacter par mail, je me ferai un plaisir de de renseigner plus avant, surtout si tu as ce projet! Merci beaucoup pour ton retour en tout cas, j’apprécie quand les lecteurs laissent une petite trace de leur passage! À bientôt!

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      1. je t’ai envoyé un mail hier soir je ne sais pas si tu l’as reçu c’est de la part de mimilie j’ai pas mis d’objet…
        Bonne journée! Je vais lire ton nouvel article! 😉

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  6. Je ne perds jamais: soit je réussis, soit j’apprends…c’est ce qui est affiché dans ma classe, mais ici, il est signé Nelson Mandela 😉 Dans l’enseignement depuis presque 10 ans : une vocation au début, mais aujourd’hui de la lassitude. Alors, depuis quelques temps, je demande une mutation… en espérant que le changement de murs me permette de retrouver la motivation du début. Cette année, tout particulièrement, je songe à une reconversion, mais quoi faire?! J’y réfléchis, trouve quelques pistes mais ne parviens toujours pas à me lancer…un jour peut-être! En tout cas, je te félicite pour cette pugnacité et ce travail accompli! Plein de bonnes choses pour la suite…

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    1. 😂😂😂 Nan, pas possible!!? J’ai télescopé mon moine tibétain avec la citation de Mandela, et des centaines de personnes l’ont lu? LA TE-HON 😂
      Bon, c’est la deuxième partie de ton commentaire qui est tout de même à commenter 😉
      La mutation, j’ai essayé. Avec le résultat désastreux qu’on connaît. Je suis pratiquement certaine que ça ne résout rien, mais ça a le mérite de faire gagner du temps pour trouver des solutions, car il y en a. Je te conseille de te rapprocher de ta DRH (car tu as une DRH, incroyable, non?) pour faire un premier point, ça t’aidera peut-être à y voir plus clair 😊
      Et merci pour tes encouragements, m’en vais corriger ma bourde 🤓

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    1. Merci beaucoup pour ton retour qui me touche! Pour des raisons perso je préfère ne pas trop en dire sur cet espace public, mais ce qui est certain, c’est que ce blog continuera à vivre, malgré mon changement de vie!

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  7. Ahhhh ! J’avais oublié de commenter ici ! Entre temps, tu as annoncé la bonne nouvelle ! Encore bravo et félicitations ! J’ai dû reprendre mes études quand je suis arrivée en Allemagne et ai fait un M2 par télé-enseignement avec la France en un an… sauf que moi, je n’avais pas d’enfant à l’époque. J’imagine la montagne de travail que tu as eu pour préparer des concours aussi exigeants tout en t’occupant de tes filles ! Chapeau bas !

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    1. Merci Catherine, je n’ai pas eu la sensation de crouler sous le travail comme pour le précédent concours, ce qui a été le plus difficile c’est de tenir sur la durée, de maintenir la motivation, alors que la vie familiale m’appelait régulièrement!

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