Retrouver sa descendance dans un parc de jeux un samedi

J’en suis sûre, tu as tout de suite compris de quoi je voulais parler. Parc de jeux pour enfants. Royal Kids, comme Caval Kids, Parkids, Looping Kids et autres Kids Palace: l’enfer sur terre. Oh, comme ça, à première vue, laisser tes mômes pendant trois heures à d’autres parents à l’occasion d’un anniversaire en intérieur un samedi, ça déclenche en toi de doux soubresauts de plaisir. Mais hélas, tu avais oublié un détail: ton môme, il va falloir le récupérer. Et c’est là que les ennuis commencent.

Le parking

Les flammes du purgatoire se font sentir dès l’extérieur. En effet, les responsables du concept ont prévu un nombre de places de parking inversement proportionnel à la quantité de gamins accueillis dans l’enceinte. Résultat, tu te retrouves à errer dans une zone industrielle inconnue, puis, une fois ta voiture garée, à rejoindre l’entrepôt en slalomant entre les véhicules stationnés aussi proprement qu’à un festival de hard rock.

L’entrée

Tu ne pousses pas les portes, oh non, d’autres condamnés les tiennent déjà pour toi. Ils sont là, à attendre, à faire la queue, mais pour quoi au juste, tu ne le sais guère. Soudain, quelqu’un derrière un comptoir lance « C’est pour l’anniversaire? », et tu t’entends répondre en coeur avec les autres un oui mi-soulagé mi-inquiet. Car on te somme de laisser là, devant des portes battantes laissant entrevoir des bribes visuelles et auditives de l’expiation, ta dignité: il te faut te déchausser. Tu tentes, dans un sursaut mémoriel désespéré, de te souvenir si tu n’as pas revêtu ce matin ta paire fushia à bouclettes avec un nounours sur le côté.

Il est où?

Tu les as poussées, ces portes, laissant ton regard hébété tomber sur des visions horrifiques: les restes d’un goûter d’anniversaire; des flippers manquant de déclencher une crise d’épilepsie chez ta modeste personne; des gens, attablés, qui discutent, personne ne rit vraiment, on sent une tension générale, qui se partage entre la nécessité de se sustenter et de remplir son devoir de surveillance. Car oui, là, au fond, gesticulant sur une construction tentaculaire digne du Mordor, des enfants courent, grimpent, tombent, glissent, cognent, descendent, escaladent, mais surtout des enfants crient. Crient. Crient.

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Tu reprends ton souffle. Tu tentes de te donner une contenance. Il va falloir extraire ton enfant, la chair de ta chair, de cette barbarie. Mais… où est-il, d’ailleurs?

Bah, où qu’c’est qu’il est?

Plein(e) de confiance, tu optes pour la stratégie la plus logique: chercher. Tu arpentes l’espace, comme une âme en peine, écarquillant les yeux à les faire sortir de leurs orbites, pour entrevoir un signe, n’importe quoi qui t’indiquerait que ton enfant est là, vivant: un bout de son tee-shirt. Un morceau de sa coiffure. Un cri, dans le néant. Mais rien. Tu te rabats sur des indices collatéraux. Il faut réfléchir. Ta progéniture est là pour un anniversaire. Il y a donc bien, dans les environs, un visage familier, un parent, un camarade, que tu pourrais reconnaître subrepticement au détour d’un toboggan orange. Rien. Tu complexifies alors ta tactique: tu décides de te focaliser sur une seule couleur de dossard (car oui, dans ce purgatoire, les enfants sont répartis par couleur entre les différentes strates d’anniversaires). Tu scrutes tous les mômes avec un tee-shirt jaune. Tu recommences avec le violet. Le bleu. Le vert. Rien.

Mais c’est pas possible, il est où??!!

L’heure est grave. Il faut absolument prendre une décision forte, courageuse, qui fera basculer le destin: tu décides ne ne plus bouger. Comme un moine en méditation, tu te postes dans un coin visible, attendant que ton môme surgisse, tel le Messie ressuscité, de derrière un pilier rembourré. Tu aperçois, ça et là, d’autres parents qui ont opté pour la même solution que toi. Vous vous regardez du coin de l’oeil, vous encourageant en pensée. Il faut réussir.

Il est où, BORDEL???!!!

Dix minutes sont passées, des mouches se sont collées sur le blanc de ton oeil et tu as des fourmis dans les jambes. Mais toujours pas de trace de ton enfant. Tu décides d’essayer le tout pour le tout, quitte à prendre des risques pour ta propre vie: tu te rapproches des points de friction. Autrement dit, des auto-tamponneuses, des terrains de football et des motos à deux places. Là où il y a des échanges de jetons, de monnaie, de blé, là où il faut attendre son tour et où tu sens des relents d’agressivité, presque de haine entre les individus. Et là, tu le vois. Il déboule de derrière la structure sur une moto, tel un chauffard avec un blouson en cuir à tête de mort. Il ne te remarque pas. Il est échevelé. Suant, transpirant, il beugle et rit comme un fou, et tu sens au fond de toi que le temps presse: bientôt, les dommages cérébraux seront irréversibles.

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Partir. A tout prix.

Tu l’as enfin à peu près récupéré. Entre -temps, tu as échangé les politesses de circonstance avec les bagnards affectés au lieu: j’ai nommé les parents du mouflet qui souffle ses bougies. Exsangue, tu les dévisages comme des survivants de l’abîme, guettant sur leur visage le signe qu’ils sont au bord du gouffre: une larme, un hoquet, un soubresaut. Mais non, ils t’assurent, le visage à la fois morne, décomposé et souriant, que tout s’est très bien passé, que le camarade a été très gâté, et que ce soir tout-le-monde-va-très-bien-dormir-après-une-bonne-douche. Tu te retournes pour annoncer le départ, mais là, horreur et damnation, ton enfant a disparu. Tu sais que tu préfères succomber que de repasser par les étapes précédentes. Mais heureusement, il resurgit, et tu t’entends le prévenir avec une voix blanche, mi-désespérée mi-violente, je te préviens c’est la dernière fois que tu montes sur ce truc la dernière tu m’as bien compris(e) après on y va c’est fini tu diras au revoir et on va partir et je te préviens je ne me répéterai pas quand je te fais signe on s’en va tout de suite tout de suite tu as bien entendu hein. Tu accompagnes ta sommation d’un geste sec et impérial désignant la sortie, pour donner plus de poids à ton ultimatum.

La délivrance

Parvenu(e) dans le sas de l’entrée, tu reconnais une maman d’élève, qui attend son tour pour le prochain embarquement vers le bagne, avec un regard de biche acculée. Pris(e) de pitié, tu lui délivres les précieuses informations qui lui éviteront de longues minutes d’égarement et de souffrance: son môme est en vert pomme. Pas vert sapin, attention. Pomme. Il se situe dans le fond, à droite, entre le foot et les auto-tamponneuses. Puis, tu lui souhaites intérieurement bonne chance, et tu franchis la frontière qui te sépare de l’existence normale retrouvée, t’offrant au passage un choc thermique de quelques vingt-cinq degrés.

Aujourd’hui, tu le sais. Pour l’anniversaire de tes mômes, tu préfèreras transformer ton propre foyer en parc d’attraction plutôt que de passer une après-midi avec huit enfants à gérer dans ce brasier arc-en-ciel.

Have the most wonderful birthday! (1)

28 commentaires sur “Retrouver sa descendance dans un parc de jeux un samedi

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  1. Arrête je me suis vue revivre un cauchemar similaire datant de 3 semaines. On a emmené Louloutte dans ce type de jeux à 16.00 (heure de pointe). L’horreur, l’enfer, le diable, les flammes. J’ai cru mourir, me perdre, que j’allais emplatrer deux-trois mômes. Bref j’ai survécu mais j’ignore encore comment.

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    1. Parents débutants, nous avons nous aussi commis la grossière erreur d’emmener dans cet endroit notre fille, un samedi, jour de pluie. Nous en sommes ressortis avec un choc post-traumatique. En revanche, j’ai testé la solution un mardi à 10h avec une amie, nickel, on a discuté sans surveiller nos enfants, ce qui, il faut bien l’avouer, est le but caché de ce type d’entreprise 😁

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  2. J’ai bien ri en lisant ton article… d’autant plus que mon grand était invité samedi dernier (de 15h à 18h !) à un anniversaire dans une aire de jeux couverte. Exactement ce que tu décris, mis à part les saucisses fournies au goûter, la petite touche allemande probablement.
    Mon fils a adoré : il veut y retourner le plus vite possible, il veut y fêter son anniversaire, il s’est transformé en VRP auprès de ses sœurs, résultat ma moyenne veut absolument y aller…
    Notre solution de survie pour leur faire plaisir : on y va une à deux fois par an mais on choisit un jour ensoleillé et on y va dès l’ouverture. Normalement, c’est encore supportable point de vue décibels.
    Mais c’est certain que olfactivement et auditivement parlant, c’est une vraie torture d’aller chercher son môme à 18h dans ce genre d’endroits ! 😉

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    1. Merci pour ton retour! J’ai adoré la petite touche allemande sous forme de saucisse! Il va absolument falloir que tu fasses diversion avec une piñata géante ou une structure gonflable à domicile, sans quoi je crains que tu ne périsses dans les flammes de l’enfer! Et je te rejoins totalement: le mardi/jeudi à 10h par beau temps, ça remplit parfaitement son rôle!

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  3. Un collègue à mon mari ainsi qu’une amie nous ont parler de ces « parcs à jeux pour nains » et ce que tu décris ressemble pas mal à leur description du lieu (ici Royal Kids). On a pas encore franchi le pas d’y emmener notre fils mais je pense que ça ne va pas tarder, histoire de bien le crever pour qu’il fasse une bonne nuit !. L’anniversaire ce sera l’étape suivante !.

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  4. J’y ai amené mon bonhomme quand il était tout petit. C’était un endroit sombre, avec des appareils vétustes et des gosses qui criaient partout. Je voulais me pendre. Heureusement pour moi, j’ai un môme qui aime pas le bruit (c’est un vieux dans un corps de jeune, que veux-tu?) et jamais il ne me demande d’aller dans des trucs comme ça.

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  5. Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu. Autrement dit, j’ai connu et j’en suis sortie -a peu près- indemne. mais sache mon enfant, que ceci est le niveau 1. Le niveau 2 arrive, en tout cas par chez moi, vers 9/10 ans : nous sommes sur les parties de paint ball, laser game/laser lander / et trampoline park. à chaque fois j’ai laissé le gamin frais et excité au départ, et je l’ai récupéré trempé / exténué et … encore plus excité . On a même organisé cela nous même, il y a 6 mois pour les 10 ans du drôle. Le parent a vraiment un coté masochiste !! !

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    1. Niveau 1 mouahahaha! Tu veux dire que je suis une petite joueuse??! Le niveau 2 est effectivement très prometteur, il faut dire que je suis une fan du laser game, donc si un jour les filles y vont je m’incrusterai dans leur équipe (je te dis ça mais la dernière fois que j’en ai fait un mon périnée était jeune et pimpant!)! Trampoline park, par contre, je t’avoue que ça a des airs de purgatoire ce truc! 😀

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    1. Oh merci Virginie ❤️
      L’anniversaire en soi ne m’a pas dérangé vu que je n’y étais pas 😁 C’est surtout que j’ai mis sans mentir 25 Minutes pour retrouver mon enfant…j’étais totalement en perdition! Je suppose que quand on repère une tête connue on peut s’enfuir plus vite!

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  6. Organiser un anniversaire chez moi me faisait peur, je voulais justement le faire organiser pour moi dans ce genre de lieu. Je me sens tout à coup encore plus rassurée XD. Je vais arrêter de tanner chéri pour y amener les enfants et tenter de souffler une après-midi. Mais la question c’est: comment tu fais pour chercher ton enfant la dedans s’il ne veut pas bouger ?

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    1. Il faut savoir baliser chez soi: ici c’est zéro prise de tête (pas de thème, pas de déco à outrance, pas de gâteau compliqué), et activités calmes (masques, coloriages…). À l’anniversaire de ma cadette ils étaient tellement calmes que j’ai pu passer l’aspi pendant qu’ils étaient là 😂
      Quant à l’idée d’aller chercher son enfant dans la structure…Ça m’a effleurée l’espace d’un instant. Et puis finalement j’ai conclu que je préfèrerais être crucifiée.

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  7. Je n’ai pas encore vécu ça avec Tess, juste avec le centre de loisirs en tant qu’animatrice. Je dois dire que nous étions les seuls donc le volume sonore restait relativement le même que dans notre jolie salle polyvalente nous accueillant quotidiennement 😉
    Mais par contre, je ne savais pas qu’il fallait enlever ses chaussures dès l’entrée… Je ferai attention à mes chaussettes grâce à ton avertissement, le jour où ce sera notre tour…

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    1. Tu me donnes des sueurs froides avec ta combinaison de mots effrayants: centre de loisirs + animatrice + salle polyvalente…j’ai frôlé l’hyperventilation!
      Et si, malheureusement, chez nous on enlève les chaussures…ce n’est pas le cas partout je précise! Mais ça a le mérite de t’enlever toute classe, au cas où il aurait pu t’en rester!

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  8. En lisant ton article, je me suis revue à trampoline park il y a 1 mois. J »ai eu un sentiment de délivrance en sortant. L’heure passée à l’intérieur m’a semblée interminable. Mes enfants ont adoré, moi pas du tout…

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  9. En lisant cet article je me suis transposée la première fois que je suis allée déposée ma fille pour un anniversaire. elle avait quatre ans.. devant tout ce bruit, ces cris, ces enfants qui couraient, elle a eu peur! au final j’ai du rester à l’anniversaire avec elle… en attendant les bougies pour partir.. un bruit horrible!
    Jamais je n’ai organisé les anniversaires là bas: c’est bruyant, et je trouve dangereux (en tout cas pour le parc que les enfants ont fréquenté occasionnellement aux anniversaires).

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    1. Ma dernière expérience remontait à un mardi pendant les vacances de Toussaint, à 10 h, dans un entrepôt quasi vide et avec une super copine pour me tenir compagnie, donc je t’avoue que j’y suis allée naïve et confiante, j’avais oublié ma seule expérience précédente qui ressemblait en tous points à la tienne!
      Pour la dangerosité, c’est vrai qu’ils sont tellement nombreux et excités que les accidents doivent arriver. Mais ce qui m’a le plus refroidie, c’est les pipis dans la structure 😀

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