Il FAUT que tu essayes

 

Presque tous les soirs, à ce moment précis, indéfini, imperceptible, où je passe plus ou moins lentement de l’état de veille au sommeil, je suis assaillie par une armada de pensées inconscientes qui font brusquement surface. Elles m’assaillent, comme une nuée de volatiles qui tournoieraient au dessus de mon visage, et, à demi endormie, j’arrive pourtant à les considérer, parfois même à les analyser.

Mon inconscient me dit que je vais regretter.

Que jamais je ne devrais me reconvertir alors que mes enfants sont si petits. Que ce n’est qu’un travail, que je peux bien tenir, qu’aucun emploi ne vaut que je sacrifie mon temps libre et mes enfants à mes aspirations personnelles. Que ce sera peut-être pire, que moi, l’éternelle insatisfaite, ne serai de toute façon comblée nulle part, et certainement pas ailleurs. Que je travaillerai plus, que je verrai moins mes enfants, est-ce vraiment ça que je veux? Est-ce vraiment ça, ma recette de l’épanouissement? Ne puis-je pas tout simplement serrer les dents, faire que la vie passe en concentrant ailleurs mes efforts et mes projets, ne puis-je pas continuer à faire ce que j’ai déjà fait tant d’années, sans que ce soit horrible, sans que ça me ronge ni me déprime, mais en m’éteignant juste chaque jour un petit peu?

Quand je me lève, j’ai presque tout oublié de ces pensées assaillantes, de ces pensées qui remettent en cause des choix qu’on pensait réfléchis, pesés puis décidés depuis des années.

Mais ma pauvre, regarde-toi! Depuis combien de temps ne te sens-tu plus à ta place? Depuis combien de temps en parles-tu autour de toi? Tu as bassiné ta psy avec ton boulot, loin, mais pas si loin au final, de la raison qui t’avais amenée chez elle. Tu as chialé. Rêvé. Projeté. Espéré. Et ce métier, si peu considéré, soudain, tu as peur d’en perdre le prestige du titre, tu as peur de lui substituer une fonction qui passionnerait moins les foules, une fonction sur laquelle personne n’aurait d’avis, une fonction qui ne déclencherait aucune réaction, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Dis-le, mais oui, avoue-le toi, tu as peur d’avoir honte. Honte de faire encore moins bien, encore moins glorieux, tu as peur de faire plat, de faire insignifiant.

C’est parce que tu vas franchir la dernière marche. Mais oui, c’est ça. Tu sens que tout va bientôt basculer, tu sens que tu approches de ce moment en suspension, comme un souffle dans l’air, un oiseau qui planerait avant de décider de piquer ou de continuer à battre des ailes, ce moment qui te fera passer de l’autre côté, ce moment qui réalisera des mois et des années de prises de conscience, de lamentations, de décisions, de déceptions, d’hésitations, de combativité.

Tu sais quoi? N’aie pas peur. Cet inconscient, tu le connais, c’est lui qui vient placer toujours les mêmes personnes dans tes rêves, ceux avec qui des choses sont en suspens, avec qui des discussions ont avorté, des projections n’ont pas été clarifiées. Cet inconscient, tu le connais, il t’aidera à prendre la bonne décision. D’ailleurs, tu l’as déjà prise.

Car, même après avoir franchi la ligne, la vie te permettra de regarder une dernière fois en arrière, avant de tourner le dos pour de bon à une décennie d’un métier qui t’a tellement définie socialement et personnellement. Tu n’as rien à perdre. N’aie pas peur de sacrifier tes enfants dans l’histoire. Personne n’a jamais décidé que c’était à toi que devaient échoir tous les moments libres en leur compagnie. Tu as le droit de t’en affranchir. Tu as le droit d’essayer.

Il FAUT que tu essayes.

34 commentaires sur “Il FAUT que tu essayes

Ajouter un commentaire

  1. Très bel article Et comme je te comprends ! La reconversion est loin d’être facile et le doute un compagnon de route Je suis cependant moins à l’aise avec ton « il faut » J’ai tendance à ne plus lui laisser de place dans ma vie Je sais que me contraindre ne m’aide pas Je l’ai remplacé aujourd’hui par « J’ai envie » et pour moi ça change tout Bon courage et oui, en écoutant ton coeur, tu as pris la bonne décision 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ton commentaire Emeline! Je doute en effet, à chaque instant, mais le fait d’avoir commencé les révisions et d’être dans le concret m’aide! Quant au « il faut », il me le faut justement 😉 J’ai besoin de me reconvertir. Et si je m’écoutais, je lâcherais peut être l’affaire. Alors je m’enjoins à poursuivre mes efforts!

      J'aime

  2. Mais oui, il faut essayer, tu n’auras pas de regrets car tu auras tenté. Au bout de notre vie, ce qui nous reste, ce n’est pas le boulot, mais le reste…Alors mise tout là dessus, le reste tu arriveras à le gérer, que ce soit mieux ou moins bien qu’avant. Tu rebondiras et trouvera ton chemin, même si c’est plus long… Et puis si tu dois ronger ton frein…Tu pourras aussi le faire avec cette nouvelle voie, en dernier recours, ou en tenter encore une autre…rien n’est inscrit dans le marbre!

    Aimé par 1 personne

    1. Je le sais, et depuis que j’ai envisagé ce changement on peut dire que plus grand chose ne me fait peur…je sais que je pourrai recommencer, bifurquer…et comme tu le dis, l’essentiel n’est pas là et je l’ai toujours à l’esprit.

      J'aime

  3. Je comprends tellement tes mots et tes questionnements car je suis dans la même situation ! Et je suis moi aussi arrivée à la même conclusion : il faut essayer ! Aucune garantie, aucun filet de sécurité, juste le courage de sauter le pas et de faire tout pour que çà marche ! Il faut qu’on essaie !!!

    Aimé par 1 personne

  4. Tout ce que tu écris me parle beaucoup ces temps-ci… J’espère que tu finiras par trouver ce qui te rendra heureuse en tant que personne et en tant que maman. Ce n’est pas une décision facile à prendre. Je doute aussi régulièrement… Mais pour l’instant, je me dis que je ne risque rien et que je peux toujours revenir en arrière.
    Bon courage!

    Aimé par 1 personne

    1. Je me doute que tu dois être dans les mêmes interrogations. Beaucoup d’énergie et de temps pour un résultat incertain. J’ai les mêmes sécurités que toi mais je suis de ceux qui, une fois sur la route, ne se retournent plus…
      Bon courage à toi aussi!

      J'aime

  5. Il me semble que ce n’est pas la 1ere fois que je te dis ça mais : « t’as pas été formée en hypnose toi? » ^^
    Laisse ton inconscient parler librement et parle librement à ton inconscient pour qu’il te libère de ce dont il est bon de se libérer librement.

    Et merci! Car je réfléchis moi aussi à certaines choses qui se feront…ou pas…mais qui valent la peine d’être réfléchies et peut être osées et essayées.

    Bisous

    Aimé par 1 personne

    1. Bah ce fameux inconscient m’a littéralement torturée pendant toutes nos vacances à Majorque. Pourquoi précisément là, alors que tous les ingrédients étaient réunis pour que je lâche prise? Je ne sais pas, mais effectivement, il semble avoir fait son travail de ménage: après des nuits de cauchemars et de prises de tête, je suis lancée…jusqu’à la prochaine crise? 😄
      Mais, mais, mais!!! Tu réfléchis à quoi???? Dis moi tout par sms!!

      J'aime

  6. De toute façon, c’est en osant qu’on sait vers quoi aller et oui, bien sûr, tu as le droit d’essayer, de te tromper, de réessayer etc. ! Tout réussit à ceux qui osent. Et tu ne dois rien à personne, l’opinion des autres – en tant que cercle élargi – n’a pas d’importance dans cette décision. Il n’y a que toi et ta famille qui puissiez dire ce qui vous convient au quotidien.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Ariane, oser n’est pas le problème, mais tu as raison: le regard des autres a pesé dans mes choix, mais je m’en suis affranchie. J’ai le soutien total de mon mari qui m’a beaucoup aidée à définir ce que je voulais et surtout, ce que je ne voulais pas, espérons qu’au final, mon choix rejaillisse sur toute la famille positivement.

      J'aime

    1. Je pense qu’il faut passer un cap. Tu n’en es qu’au début de ton cheminement, le mien est le résultat de plusieurs années de recherches et de réflexion, d’échanges avec mes proches, de personnes ayant franchi le pas. Et tu vois, malgré tout, la torture mentale peut revenir, sournoise. Rassemble un maximum d’informations, de témoignages, laisse mûrir aussi, ce genre de choix a besoin d’être décanté. Bon courage!

      J'aime

  7. Tu sais j’ai envie de te dire, que rien est irrémédiable. Au pire si vraiment tu regrettes ta décision, tu pourras toujours repasser le concours pour redevenir enseignante. Tu es tellement brillante que tu n’auras aucune difficulté à le réussir. N’ai peur de rien, tu mérite de te sentir
    libre.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ton commentaire Frau, je sais que je ne regretterai pas et que si je franchis définitivement le pas, et qu’au final ça ne me convient pas, je ne redeviendrai pas enseignante. Je n’aurai aucun regret car je sais que je ne peux pas continuer. J’aurais tenté, tu as raison, je n’ai pas à avoir peur, mais les doutes sont quotidien, non seulement sur mon choix mais sur mes capacités à y arriver.

      J'aime

  8. mon dieu ce que ça me parle. bien sur je l’ai vécu ( et pour être honnête je le vis encore) . je ne suis pas sure que ça soit ton inconscient. c’est juste la petite voix de la peur, qui est là pour nous faire flipper. mais plus on éclaircit le chemin, plus on se renseigne, plus on agit, moins elle a des arguments pour nous causer au creux de l’oreille. et puis ca me parle aussi, parce qu’il y a quelques jours sur instagram, j’ai lancé un appel à témoignages, pour les personnes qui se posent des questions sur leur vie professionnelle. parce que ce sont les personnes avec ce type de problématique que je veux aider. je leur ai demandé de répondre à quelques questions, et en échange, je leur faisais bénéficier d’une séance découverte… mais j’dis ça, j’dis rien, hein…..

    Aimé par 1 personne

    1. Je confirme… J’ai passé une heure très intéressante au téléphone avec Sophie (aka Maman délire).
      Tout d’abord, bonsoir, c’est la première fois que je commente un de tes articles. Ton article me parle beaucoup, je suis aussi assaillie par des idées de reconversion mais elles sont vagues et se heurtent à un quotidien chargé. La pression sociale est forte dans tous les cas, j’espère que tu t’épanouiras dans ta nouvelle voie.
      Alors, bon courage à toi !
      Catherine

      Aimé par 2 personnes

      1. Merci pour ton commentaire! Le contexte est le même ici, même si je suis en congé parental, je me reconvertis par mes propres moyens au milieu de 3 enfants de moins de 8 ans et un quotidien évidemment chargé! La pression est forte effectivement mais quand la motivation est là les difficultés s’aplanissent! Je te souhaite plein de bonnes choses pour la suite!

        J'aime

    2. C’est exactement ce que je ressens. Cet article, je l’ai écrit cet été, depuis, je suis rentrée dans le vif du sujet, passerai déjà une épreuve en novembre pour m’entraîner, rédige des CV, des lettres de motivation et du coup, j’agis, je suis dans le concret et la peur s’éloigne. La peur d’avoir fait le mauvais choix. Mais la peur de rater, d’être nulle, elle, est toujours bien présenté…J’ai pas insta, je peux avoir accès à tes questions pour voir où j’en suis dans mon cheminement? Merci de me l’avoir proposé sans rien dire 😉

      Aimé par 1 personne

    1. Que de doutes, n’est-ce pas? Et que de blogueuses en voie de reconversion! PRGR m’a dit hier que tu cherchais à valoriser au maximum tes compétences de blogueuse dans ta reconversion, si je peux bosser dans la culture j’essaierai de créer une vitrine de ce que je sais faire. Elle est de bon conseil cette Marie!

      Aimé par 3 personnes

  9. ahah! moi je suis encore de l’autre côté. Je n’ai pas basculé dans le changement,mais si je suis honnête je sais que ce que je fais aujourd’hui, ne pourra pas me convenir toute ma vie. Pour le moment, je m’y épanouis. Je ne pensais pas autant d’ailleurs,je m’en suis rendu compte à mon retour après mon congé parental. J’étais heureuse d’y retourner. Vraiment. Mais je sais pertinent que les points négatifs que j’entrapercçois aujourd’hui me feront partir à un moment ou autre. Cet inconscient est plutôt sain moi je trouve.Ok il nous torture mais imagine-toi faire tout nos choix sans lui… Je pense que c’est une étape nécessaire à l’acceptation de tout le reste. Tu as fait ton choix en pleine conscience, maintenant Let’s Go!!

    Aimé par 1 personne

    1. Ravie de te lire, Lucie 😊
      Je suis étonnée de lire tes mots car je ne t’imaginais pas regarder vers d’autres horizons, même si le fait que tu t’y épanouisses encore fait que l’horizon est très très lointain. À vrai dire, et je trouve ça plutôt inquiétant, je crois qu’une très grande majorité des gens qui font notre métier voudraient en changer, quelque soient les raisons, que ce soit une vague envie ou un véritable projet. En tout cas autour de moi c’est assez général comme sentiment. J’ai appris cette semaine que nous étions payés 30% de moins que les cadres à statut équivalent. 30%. Une claque de plus. Je crois entrevoir les raisons que tu cites. Elles ont germé peu à peu dans mon esprit, et un événement les a définitivement fait éclore. Je pense qu’on est très peu à franchir le pas, mais l’avenir accentuera peut-être la tendance.

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :