Mon enfant a marché à 2 ans et j’ai survécu

Deux de mes filles ont marché à environ deux ans. Et la troisième est bien partie pour suivre le même chemin. Comment ai-je survécu? De l’inquiétude en passant par l’énervement, j’en ai finalement pris mon parti et appris à y voir des avantages. Si, si. Tu vas voir.

Pourquoi c’est inquiétant?

Quand tu lis le carnet de santé de tes enfants, tu découvres que des gens magnanimes ont défini une fourchette assez large (9-18 mois, voire 20 mois dans certains départements), pour que des parents perdants au jeu de la génétique de la marche s’inquiètent et culpabilisent le moins possible. 9-20 mois, c’est laaaaaarge. Du coup, quand tu sors de cette fourchette déjà bien laaaaaarge, tu te sens…anormal. Bah oui, deux ans, c’est hors graphique, hors statistiques, hors carnet de santé.

Lorsque tu tentes de lire des témoignages sur internet pour te rassurer, tu te sens tout aussi hors normes. En effet, on y voit des gens s’inquiéter de façon inappropriée, presque attendrissante, à côté de ton cas désespéré, à propos d’enfants ne marchant pas à 16, 17 ou grand maximum 18 mois. Des âges auxquels tu te serais senti(e) béni(e) si tes enfants avaient daigné se déplacer sur leurs pieds.

Même le pédiatre finira par s’interroger, après t’avoir soutenu pendant des mois que mais nooooooooooooon, tout est normal, il faut lui laisser le temps. Aux deux ans de la cadette, il te regardera avec un air à la fois compatissant et soucieux, réfléchissant sérieusement à prescrire des examens complémentaires. Au cas où, bien entendu.

Pourquoi c’est énervant?

Tu compares malgré toi. Dans les livres qui disent tout bien comment on fait, il est écrit qu’on ne doit comparer un enfant qu’avec lui-même. Certes. C’est très positivo-bienveillant. Mais quand les bambins nés à la même période que le tien courent déjà partout depuis six mois, alors que ton chérubin se traîne encore péniblement sur les fesses…la tentation est trop forte. Tu compares de façon ignominieuse. Avec les frères et sœurs, les cousins, les copains. Avec n’importe quel môme d’âge équivalent.

Bien-sûr qu’il progresse, ton enfant. Regarde, il y a quatre mois, il ne savait pas se mettre sur les genoux et aujourd’hui, il arrive parfois à se hisser sur les pieds. Mais voilà. A côté des progrès manifestes et ostensiblement éclatants des autres enfants, ceux de ton bébé paraissent bien ternes, et il te fait d’ailleurs penser au coureur d’athlétisme d’une nation inconnue, celui qui finit toujours bon dernier mais termine quand-même la course dans l’indifférence générale.

Tout le monde tente de te rassurer: Le mien a marché à 18 mois (ce qui te paraît aujourd’hui encore incroyablement et injustement tôt). T’as marché à quel âge? 16 mois? Bah voilà, c’est héréditaire! (mais tu RÊVERAIS que tes bambins aient pu marcher à 16 mois – rêver à posteriori est donc possible). On ne peut pas tout faire en même temps: parler et marcher, adage dont tu sais qu’il est scientifiquement et atrocement faux, puisque tes amies ou tes collègues ont des marmots qui ont marché ET, comble de l’affront, parlé à 13 mois.

Tu passes de nombreux mois à regarder tes enfants se traîner par terre au parc. Se hisser péniblement sur des marches minuscules alors que les autres bambins les enjambent deux par deux. Tu subis les regards apitoyés des autres parents sur ta grande, déjà immense mais incapable de tenir sur ses pieds. Tu vis des situations ubuesques où tu dois soulever et tirer ta progéniture alors que des enfants trois fois moins hauts qu’elle lui passent littéralement sur le corps.

Ah, j’ai oublié. Ça te défonce le dos et le périnée. Va te farcir douze kilos à arracher du sol pendant de très, très longs mois.

Pourquoi finalement, c’est pas grave?

En réalité, dans la très grande majorité des cas, sauf diagnostic médical contraire, ton enfant est NORMAL. Cette phase récalcitrante ne prédit en rien ses difficultés futures, ou une maladie grave. Il est juste un peu paresseux, il aime le confort de son postérieur molletonné, ou alors il est peureux, il ne veut se lâcher que lorsqu’il sera certain de ne jamais pouvoir tomber ou dévier d’un demi-centimètre.

Quoique tu fasses, quelle que soit ta technique de stimulation, de sollicitation, de détournement, ta volonté de ne pas refaire les mêmes erreurs (Lesquelles? Tu n’en sais trop rien mais pour sûr, tu ne les referas pas), ton enfant sera le décisionnaire final. Console-toi en te disant que tout comme un adulte se promène sans couche et sans tétine, ton enfant ne pourra décemment pas se traîner sur ses fesses ou ses genoux sa vie durant.

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Pourquoi ça peut même être avantageux?

Tes risques de crises cardiaques diminuent drastiquement. Tu peux même t’offrir le luxe de détourner le regard de ta progéniture au parc. Nonchalamment. Presque par coquetterie malsaine.

En effet, le mot casse-cou ne fait pas partie de ton vocabulaire. Ton enfant sait étudier les dangers potentiels de son environnement avec plus d’attention et de minutie qu’une assistante maternelle en évaluation PMI.

Quand tes amis courent comme des dératés après leurs bébés-cow-boys, tu sirotes tranquillement ton cocktail en jetant de temps en temps, parce qu’il le faut bien, un regard à ton enfant qui n’aura bougé que d’une dizaine de centimètres dans le même laps de temps. Tu peux vraiment avoir le sentiment que le monde s’agite inutilement autour de toi.

Et quand, ENFIN, ton enfant sera décidé à marcher et que tu le hurleras sur tous les toits comme s’il s’agissait de l’exploit du siècle, tu ne redouteras pas les mauvaises chutes, les bobos, les risques de trébucher. Car ton enfant restera, même debout, égal à lui-même: livré avec un radar reposant intégré.

Et chez toi, l’acquisition de la marche, c’était à quel âge? Comment l’as-tu vécue?

Crédit photos: Pixabay

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137 réflexions sur “Mon enfant a marché à 2 ans et j’ai survécu

  1. Bonjour, ma petite a commencé a faire ses premiers pas a 25mois. Elle a été diagnostiqué hyperlaxe lors de la visite avec le neuropédiatre deux semaines avant ses 2ans.il me disait qu’il n’y avait rien d’inquiétant ,qu’il avait déjà vu des enfants marcher a 28mois et que je devais être patiente. Et il avait raison, 1 semaine après ses 25 mois elle a fait ses deux premiers pas toute seule. Certes ses pas n’étaient pas du tout sur au début mais plus les semaines passent plus elle progresse. Elle fait 6 pas seules maintenant et ça fait deux semaines.ça fait tout drôle d’avoir un enfant qui a été propre avant de marcher ! Mais comme on dit chaque enfant est unique

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour votre témoignage, j’ai la sensation que les enfants marcheurs tardifs sont de plus en plus nombreux, que les pédiatres en prennent conscience et que les discours sont de moins en moins alarmistes. Il faudrait adapter les carnets de santé qui donnent encore la fourchette « 9/20 mois ».

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