Quand il n’y en a que pour le papa

Heureusement que mes filles aînées n’ont pas illustré à la perfection l’adage: « fille à son papa ». Sinon, je me serais retrouvée bien seule, isolée et recluse dans notre maison. Parce que pour notre petite dernière, PAPA est une sorte de réincarnation de Dieu, mélangé à un sportif de haut niveau, doublé d’un intellectuel patenté, non dénué bien-sûr d’une tendresse et d’une psychologie exemplaires.

ATTENTION: Article hautement ironique. Si tu n’as pas d’humour mais de la rage stérile à revendre, tu peux passer ton chemin.

Mes deux grandes (bénies soient-elles) ont toujours été très proches de moi, très câlines, confidentes, et ce, dès leur plus jeune âge. Normal, pensais-je naïvement. Elles ont toujours eu tendance à me réclamer davantage que leur père, même si ce dernier vous affirmerait évidemment et très hypocritement le contraire. Phénomène que j’ai toujours très bien vécu, tu t’en doutes. Trop bien vécu peut-être, comme un acquis social pour lequel je n’aurais jamais eu à batailler.

Ce cadre posé, tu comprendras que je sois totalement choquée, perdue, que dis-je, naufragée, depuis que ma dernière n’a qu’un seul mot à la bouche: PAPA.

Prononcé sur tous les tons, variations et modulations possibles et imaginables: Papaaaaaaa! Papa? Pa.pa. Papapapapapapa. Papa!!!

Au lever: papa?

Une porte qui claque: papa?

Le téléphone qui sonne: papa?

A 15h38: papa?

Au milieu d’un repas: papa?

Pour rien: papa?

En me regardant: papa? (Mais nan, à la fin!! Tu vois pas que c’est moi, là, TA MERE??!)

A 19h12: papa?

Un vrai petit caneton.

Bon, j’ai bien compris que je n’étais pas la priorité de cette petite ingrate. Quand je pense à quel point j’ai morflé pour accoucher, je me dis qu’elle serait bien capable de me renier à 20 ans pour un décérébré en mal de virilité.

Elle sait très bien dire Maman, cette scélérate. C’est d’ailleurs la première parole qu’elle a prononcée, mais il s’agissait d’une justice éphémère. Aujourd’hui, le peu de fois où elle articule le sésame mot, c’est sur un ton plaintif, quand elle a besoin de moi ou que je suis en train de mettre la 7ème cuillère de poudre dans le biberon. Voilà à quoi j’en suis réduite. Une pourvoyeuse de premières nécessités.

Mon mari, lui, jubile. Son trophée dans les bras, il arbore un sourire à la fois satisfait, narquois et faussement compatissant. Surtout quand elle refuse d’aller dans mon giron  et se plaque contre lui, comme si j’étais la réincarnation d’une vieille sorcière dévorant les enfants.

Toutefois, je mentirais si j’omettais de te dire qu’elle tire parfois sur mon pantalon pour réclamer un câlin, et qu’il lui arrive même de pleurer à l’occasion quand je disparais de son champ de vision. Mais tu en conviendras, ces tièdes démonstrations n’ont rien à voir avec la vénération quasi névrotique qu’elle voue à son père. La preuve, dans la journée, elle s’arrête régulièrement pour regarder dévotement la photo de son géniteur, en poussant force cris de désespoir.

Pour être tout à fait honnête avec toi, je le vis mal. Oui. Merde, c’est MOI qui ai accouché, c’est MOI qui l’ai mise au monde dans la douleur, c’est MOI qui ai eu le périnée défoncé pendant des mois, c’est MOI qui suis censée avoir ad vitam aeternam 9 mois d’avance comptant triple sur mon mari…non?

Et toi, es-tu ou as-tu été rélégué(e) au rôle de figurant parental (celui qu’on voit toujours furtivement, muet, ou de dos, ou en partie) dans le foyer? Comment le vis-tu ou l’as-tu vécu?

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36 commentaires sur “Quand il n’y en a que pour le papa

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  1. Tu sais quoi, ton article me fait un bien fou, je me sens beaucoup moins seule ! Je me suis reconnue – ou je l’aie reconnue – dans chaque ligne écrite. Le matin, quand je la lève, elle pleure et gémit : « Papaaaaaaa ». Si elle entend un bruit en bas prouvant la présence du héros, une note d’espoir surgit dans sa voix : « Papa ? ». Dès qu’il apparaît dans son champ de vision, le monde s’éclaire. Quand je la prends dans mes bras et qu’elle cherche à s’en échapper comme si j’étais une vieille sorcière pour se réfugier dans les bras du sauveur, mon coeur se serre. Moi aussi, je le vis mal ! Naïvement, je pensais que, m’en occupant à 90%, elle me vénèrerait comme sa soeur. Que nenni. C’est dur, dur, dur et ça dure, dure, dure… Un an au moins déjà, je ne compte plus les mois. Au début, j’avais de l’espoir. Maintenant, je me suis résignée. Mais tout de même, pendant ces vacances où je me suis occupée d’elle pendant quinze jours, le temps que son héros – pourtant présent – bricolait sans la regarder, j’ai senti le vent tourner. Avant hier, elle a refusé ses bras tendus pour exiger de moi un câlin. Soulagement ! Et prière : faites que ça dure ! En attendant, héroïnes de l’ombre, serrons-nous les coudes !

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    1. Je t’avoue que lorsque tu m’en parlais, j’entrevoyais ce que ça pouvait avoir de frustrant, mais sans en saisir toute la portée…Au début, on s’en amuse, mais après, ça devient vite énervant, surtout quand tu t’en occupes toute la journée et qu’elle passe son temps à réclamer le conjoint! Et le pire: quand il rentre!!! Le Messie débarque, toi tu as l’impression d’être transparente, et que toutes tes attentions, tes soins de la journée ne comptent pour rien! Une ingrate, te dis-je 🙂

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  2. Oh la la tu m’as bien fait rire avec ta description 🙂 Je n’ai pas ce problème à la maison car ma Louloutte de deux ans a tendance à être clairement plus dans mes jupons que dans ceux de son père (heureusement qu’il n’en porte pas, de jupons hein 😉 )
    Le mot magique ici c’est « maman » et j’en profite car je sais que la crise œdipienne à venir me fera reléguer au second plan…

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    1. C’était le but 😉
      Tu sais mes deux grandes ont toujours été plus dans mes jupes et ça n’a jamais changé, pour moi elles n’ont pas fait de crise oedipienne, ou alors si mini qu’on ne s’en est pas rendu compte…alors tout n’est pas perdu pour toi!

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  3. Ah, ce papa évidemment, il a une aura particulière…mais j’ai de la chance mes nénettes ne sont pas exclusives, avec elles c’est bisous, calins et mots doux généralisés donc j’ai aussi mon quota, ouf!

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    1. Mes grandes ont toujours été comme tes filles, c’est une première pour moi! Ca prouve que l’adage populaire « Les filles sont plus proches de leur papa et les garçons de leur maman » est loin d’être vrai!

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  4. Alors, je ne sais pas si ça va te rassurer mais j’ai cru me voir dans cet article ! (Y compris les « Mais merde, c’est moi qui ai cru mourir de douleur en accouchant ! »)
    Je note toutefois qu’à minuit, c’est MOI qu’elle réveille. Non content d’être adulé, son père a le droit de dormir lui en plus !

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  5. Ma fille a 3 ans et c’est toujours autant papa ! Il n’y a que papa qui existe ! D’ailleurs, elle n’a dit « Maman » qu’à 21 mois…
    J’ai eu beaucoup de mal à l’accepter surtout que c’est mon premier enfant.
    Personne ne nous a jamais dit que votre enfant pouvait préférer le papa à la maman… cela a été dur de l’accepter mais je commence à m’y faire.
    J’espère juste que la deuxième de 2 mois ne fera pas la même chose !

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    1. C’est fou, je me demande ce qui se joue pour que ça puisse être autant déséquilibré! Je pense que l’accepter est effectivement obligatoire, il faut se dire que ça ne présage pas forcément des relations futures, et que ça peut basculer à d’autres âges!

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  6. C’est marrant ça! Je suis plutôt du style à leur dire : « mais vous avez un père vous savez ». Mamannnnnn? Maman! Maman. MAAAAMAAAAANNN!!!!!! Ben moi, parfois, je n’en peux plus.

    Après ils courent toujours vers leur père quand ils rentrent du boulot alors que moi ils font limite la gueule quand je vais les chercher à la garderie. Autant je vis mal la fin de la phrase, autant je suis aussi contente du début.

    Bref, je n’ai jamais eu de complexe d’oedipe marqué à la maison donc je n’en ai pas souffert plus que ça.

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    1. Avec les grandes j’ai tendance à avoir les mêmes phrases que toi, même si les périodes ventouses ont été fluctuantes. Et je crois que tu es la star du foyer quand tu rentres plus tard. C’est comme ça. Tu es celle ou celui qu’on attend, ça donne tout de suite du cachet 😄
      Ici non plus pas de complexe particulier alors je vais guetter et surveiller de près les ressorts psy de la dernière 😉

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      1. Cela dit, en y réfléchissant un peu plus, il me semble qu’on a eu un petit complexe d’oedipe inversé ici dans le sens où Yann réclamait son père, surtout quand il n’était pas là. Ca avait le don de m’agacer non pas parce que ça me blessait mais surtout parce qu’il était buté et que son papa n’était pas là et donc rien n’avançait et que ça finissait en cri (oui, je crie) ou en abandon (« ben puisque c’est comme ça débrouille toi tout seul! » Eh oui… et je suis psy! Comme quoi les cordonnier sont les plus mal chaussés). Mais ça c’était à la douce période des 2-3 ans.

        Cela dit, si le parent opposé « rejeté » sait marquer sa place parfois et si le parents adulé sait lui aussi mettre des limites à l’amour filial (il vaut mieux d’ailleurs) alors pas de soucis à craindre. Et puis ça passera. A l’adolescence, on sera tous et toutes des C.NS…

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      2. Ta description me fait rire…ici, dès je fais ma méchante, elles réclament leur père comme si je les séquestrais et les torturais dans une cave! Et moi aussi les « papaaaaaaaaaaa » meuglés plus que dits, m’énervent prodigieusement parce que…bah ils servent à rien!
        Et je te rejoins totalement sur le dernier paragraphe: c’est à nous, en tant que parents particulièrement intelligents 😎 de ne pas faire le jeu aveugle de notre progéniture.
        Et quant à ta conclusion, je crois que personne, en ce bas monde, ne la contredira 😄

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  7. Alors ici le concept a été identique pour mes 2 garçons. Le second a quasi 4ans et ça perdure! Et c’est encore pire pendant les vacances lorsque ô fait rare, le papa partage pleinement leur quotidien. Sur ces périodes d’exclusivité complète, jai choisi sournoisement d’en prendre mon parti et de lui déléguer avec plaisir la gestion des crises d’opposition, nettoyage stercorale ou autre mouchage de nez « vas-y toi, avec moi de toute façon y’aura pas moyen » 🤗
    Pour te rassurer (quoique…) pour le grand ça s’est estompé (inversé) vers 5ans. Et maintenant il répète plusieurs fois par mois: j’aime bien papa, mais je préfère maman! Et ceci sans gêne… À 6ans passés je pensais que certain filtre se mettait en place. Apparemment non!
    Faites des gosses!!

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    1. Ah, mais tu as tout à fait raison Sib! Après tout, il n’y a pas de raison pour que les papas n’aient que les bons côtés et qu’en plus d’être les figurantes muettes et coupées au montage, on soit en plus les tortionnaires de service!
      Et je pense aussi que la roue peut tourner! On peut dire qu’avec les remarques très diplomates de ton fils, tu tiens ta revanche! 😜

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  8. Ici ils sont TOUS sur mon dos et j’avoue que parfois j’aimerais bien qu’ils se tournent un peu vers leur géniteur !!! 😀
    Après j’ai trois petits gars et une fille donc ça joue peut-être aussi… Mais je rêve qu’un jour, juste une fois, ils demande leur père pour boire/manger/jouer/essuyer les fesses/pleurer/vomir… fais ton choix 😉

    Ceci dit, je comprends également votre frustration.
    Et je sais qu’avec tout ça, si un seul des quatre avaient prononcé « Papa » avant « Maman », je pense que je l’aurais eu un peu en travers 😀

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    1. C’est clair qu’ici, le « maman » a été le premier de rigueur pour les 3 et je l’ai très bien accepté 😄
      Il faut un juste milieu, c’est certain, ici les filles savent que papa sait aussi bien faire que maman (bourrage de crâne), mais si, alors je dirais que c’est du 65/35 (bourrage de crâne pas suffisamment efficace, et surtout, mari moins présent). Mais cette quasi exclusivité réservée à mon mari, je n’ai pas l’habitude! Je comprends que de ton côté, tu aies besoin d’air, ça m’arrive -souvent- avec les aînées!

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  9. Ici c’est le papa qui a été figurant pendant un long moment. Ca a été très difficile pour lui mais pour moi aussi… Cela me fendait le cœur… Les choses se sont rééquilibrées depuis, heureusement pour nous. J’espère que ça passera également chez vous mais je suis certaine que ce n’est pas pour ça qu’elle t’aime moins 🙂

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    1. Je me demande si en très bas-âgé il n’y a pas systématiquement un parent qui est privilégié. Les tout-petits ont un côté exclusif qui s’y prête en tout cas! Heureusement que ça s’équilibre par la suite, autant pour les parents que pour l’enfant! J’attends mon tour patiemment 😉

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  10. En ce qui nous concerne, à la maison David m’appelle Dieu. Selon lui je suis le Dieu d’Adèle 😀. C’est sur moi qu’elle va se jeter quand je rentre, quand elle aura un chagrin, quand je passerai devant elle…c’est aussi moi qu’elle va chercher constamment du regard lorsqu’il y a du monde. C’est aussi moi qu’elle va accompagner aux toilettes parce que non, Dieu ne peut pas aller aux toilettes seule….😋
    Et pourtant c’est aussi moi qu’elle appelle papa. Parce que maman c’est trop long ou trop dur ou ça fait pas assez divin. Va savoir. Et pourtant elle sait le dire. Avec Adèle je sens que je joue un rôle différent d’avec Louise. Louise était plus autonome. Elle n’avait pas fait de « choix ». Adèle a besoin de repères. Et d’ un en particulier. Elle m’a choisie moi parce qu’entre elle et moi il y a cette fusion, ce réconfort, ce truc différent qui fait qu’elle ne peut pas faire sans moi pour l’instant. Ou si elle le fait c’est parce qu’on lui aura imposé et elle s’en accommodera mais difficilement. Alors oui des fois c’est fatigant mais je me dis que le vent peut tourner. Les câlins faits à papa sont de plus en plus fréquents. Alors j’en profite. ŒDIPE N’EST JAMAIS LOIN. 😘

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    1. J’ai souri en lisant ta description! Quelle chance ce doit être de se sentir si indispensable, si exceptionnelle, si divine 😂
      Tu as raison d’en profiter, un jour tu ne seras sûrement plus qu’un demi-dieu, et à son adolescence, c’est certain, une vulgaire mortelle! 😂

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  11. OUFFFFF! Merci pour cet article ironique et sarcastique qui remet un peu de baume au coeur quand on se sent tout triste et tout rejeté par son petit canard. Je l’ai montré à mon conjoint, et je vais l’accrocher sur mon frigo! Pour les moments où ça sera vraiment insupportable! 😉 Je garde l’adresse du blog en tout cas, pour les questions suivantes !

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